C’est en lisant les rapports des organisations internationales que l’idée m’est venue. À qui s’adressent ces recommandations? Certainement pas aux Haïtiens eux-mêmes. Et pourtant, ce sont eux qui vivent les conséquences. Ces documents regorgent de constats, de chiffres, de pistes techniques…. mais ils semblent écrits pour des entités extérieures, comme si la solution au problème haïtien ne pouvait venir que de l’international.
Mais cette dynamique ne vient pas uniquement de l’extérieur: le gouvernement haïtien lui-même y participe activement.
Le contrat signé avec Vectus Global, une société militaire privée dirigée par Erik Prince, en est l’illustration. Ce contrat de dix ans, passé sans débat public, confie des fonctions régaliennes à des acteurs étrangers opaques et non redevables. Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique, qui traduit une posture d’attente : laisser pourrir la situation jusqu’à ce qu’une intervention étrangère devienne inévitable. En d’autres termes, une externalisation de la souveraineté elle-même.
Face à cette logique, j’ai ressenti le devoir de produire un document qui parle aux Haïtiens. Un texte qui montre, chiffres à l’appui, que reprendre notre destin en main est non seulement possible, mais urgent.
Le plan endogène: une alternative haïtienne structurée
Un plan national de sécurité sur cinq ans
Ce plan repose sur trois piliers, articulés autour des institutions haïtiennes existantes :
Sécuriser les frontières (Armée)
L’armée haïtienne doit se concentrer sur sa mission la plus stratégique : fermer le robinet des armes. Plus de 80 % des armes utilisées par les gangs viennent de l’étranger, notamment via la frontière dominicaine et les ports secondaires.
Objectifs :
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Renforcer les effectifs militaires : passer de 2 500 à 10 000 soldats en 5 ans
Priorité au renseignement et au contrôle maritime/terrestre : drones, scanners, radars côtiers
Réduction de 70 % des flux d’armes illégales d’ici 5 ans
Neutraliser les gangs (Police nationale)
La Police nationale d’Haïti (PNH) reste l’institution clé pour reprendre le territoire. Mais elle est sous-financée et mal équipée.
Objectifs :
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Doubler les effectifs opérationnels : de 14 000 à 30 000 policiers actifs
Créer des unités spécialisées de contre-insurrection urbaine
Fournir un équipement moderne : véhicules blindés légers, communication sécurisée, gilets pare-balles
Judiciariser et réinsérer
On ne gagnera pas la guerre en tuant tous les bandits. Il faut réduire les incitations à la violence.
Objectifs :
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Mettre en place des tribunaux spéciaux pour les crimes liés aux gangs
Lancer un programme de désarmement et réinsertion :
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Amnistie limitée pour les membres non-criminels de sang
Formation professionnelle et bourses de réinsertion
Réinsertion de 15 000 jeunes en 5 ans
Le nerf de la guerre : un financement endogène
Le budget national de la sécurité tourne autour de 28 milliards de gourdes (~220 M$ USD) pour la police, mais le budget rectificatif 2024-2025 pour la justice atteint désormais 36 Mds HTG (~276 M USD) (Haitilibre.com). Ces montants permettent d’envisager sérieusement la mise en œuvre de ce plan endogène.
Scénario de financement complémentaire
La diaspora haïtienne est estimée à environ 3 millions de personnes dans le monde, mais ce chiffre inclut les enfants, les personnes âgées et les individus sans capacité contributive. En considérant qu’environ 1,5 à 2 millions d’adultes sont potentiellement actifs, une contribution volontaire mensuelle de 10 USD par seulement 500 000 d’entre eux permettrait de mobiliser jusqu’à 60 millions USD par an — soit un montant comparable à plus du quart du budget actuel de la Police nationale d’Haïti.
Tableau de scénarios de financement d’une force de sécurité nationale
Répartition des fonds
Comparaison des financements: Haïti national vs bailleurs internationaux
Analyse
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Autonomie financière: Le plan haïtien propose un financement endogène équivalant ou supérieur aux contributions des principaux bailleurs internationaux, ce qui souligne la capacité de Haïti à financer sa propre sécurité et justice.
Complémentarité: Les financements internationaux peuvent compléter les efforts nationaux, notamment pour des missions spécifiques ou des interventions d'urgence, mais ne doivent pas remplacer les investissements internes.
Souveraineté renforcée: En mobilisant ses propres ressources, Haïti renforce sa souveraineté et sa responsabilité dans la gestion de sa sécurité et de sa justice.
Un contexte de fatigue des bailleurs
Les bailleurs internationaux, déjà sollicités sur plusieurs fronts, montrent des signes clairs de fatigue.
L’ONU rapporte que son appel humanitaire pour Haïti a reçu le plus faible taux de financement de tous les plans en 2025 (Reuters, 12 août 2025).
Cela signifie deux choses:
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Les partenaires n’ont plus confiance dans les dirigeants actuels.
Un mouvement endogène, transparent et crédible changerait totalement la donne.
Effet d’entraînement sur les bailleurs internationaux
Un plan endogène crédible, chiffré et bien structuré montre aux bailleurs que l’État haïtien prend enfin sa sécurité et sa justice en main. Les conséquences attendues :
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Renforcement de la confiance
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Les institutions haïtiennes démontrent leur capacité à gérer efficacement les fonds et les programmes de sécurité.
Les audits publics et la transparence rendent les investissements étrangers moins risqués.
Levier de cofinancement
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Un financement endogène solide sert de signal: « si nous pouvons mobiliser nos ressources internes, votre contribution aura un effet multiplicateur encore plus fort. »
Les bailleurs sont alors incités à augmenter leur soutien, souvent bien au-delà de leur contribution actuelle, car le risque de détournement ou d’inefficacité est réduit.
Effet psychologique et politique
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Montrer que Haïti n’attend pas passivement l’aide étrangère renforce la crédibilité diplomatique.
Cela peut conduire à des engagements pluriannuels plus importants, par exemple en matière d’équipement, formation et soutien technique, car les bailleurs voient un État « acteur » et non un simple bénéficiaire.
Pourquoi ce plan est réaliste
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Base empirique: pays ayant réduit la violence urbaine (Colombie, Salvador, Sierra Leone) ont combiné sécurisation des flux, opérations de police et réinsertion
Capacité d’absorption: la PNH et l’armée existent déjà; il s’agit de les renforcer, pas de les créer
Transparence: fonds de sécurité indépendant, audits publics semestriels
Effet multiplicateur: chaque dollar investi dans la sécurité libère des opportunités économiques (commerce, transport, agriculture)
Comparaison avec le PIB et la moyenne régionale
Le PIB nominal d’Haïti pour 2024 est estimé à 25,22 Mds USD (Banque mondiale).
En prenant en compte les scénarios de financement endogène proposés précédemment (de 318 à 493 millions USD par an, incluant budget base + financement additionnel), cela représente :
Même dans le scénario le plus ambitieux, on reste sous la moyenne régionale de 3 % du PIB.
Souveraineté ou dépendance ?
Être libéré des gangs ne signifie pas seulement retrouver les territoires perdus. Cela veut dire bâtir un système de justice et de sécurité plus solide que celui des années précédant la généralisation des territoires perdus. Et cela commence par reconnaître que nous avons les moyens de financer une partie de cette bataille nous-mêmes. Une contribution de 10 dollars par mois; le prix d’un repas à Montréal ou à Miami; peut transformer radicalement le rapport de force en Haïti.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes:
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Nous dépensons aujourd’hui trop peu.
Nous avons des marges de manœuvre internes.
Les solutions endogènes coûtent moins cher qu’une dépendance permanente à l’international.
Le choix est devant nous: reprendre la main ou externaliser encore davantage notre souveraineté.
Bibliographie sélective
PIB ($ US courants) - Haiti | Data
Haïti : 3,63 milliards de dollars, le montant formel des transferts privés en 2024




