Un monde en bouleverse

Le conflit en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché par des frappes conjointes américano-israéliennes à partir de la fin février 2026, a provoqué des perturbations économiques majeures à l’échelle mondiale.

Dimitri Oriol
05 mars 2026 — Lecture : 4 min.
Un monde en bouleverse

Bombardement de Beyrouth par l'armée israelienne

Le conflit en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché par des frappes conjointes américano-israéliennes à partir de la fin février 2026, a provoqué des perturbations économiques majeures à l’échelle mondiale. Selon des rapports publiés par The Economic Times, les marchés boursiers mondiaux ont enregistré des pertes cumulées de 3,2 billions de dollars au cours des premières 48 heures du conflit, en raison d’une flambée des prix du pétrole (le Brent approchant les 85 dollars le baril) et des craintes liées à une possible perturbation prolongée des approvisionnements énergétiques, notamment via le détroit d’Ormuz.

Ce coin stratégique, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, a été déclaré zone à haut risque, voire effectivement fermé à la navigation commerciale suite aux menaces et aux actions des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), entraînant une suspension des transits par de grands armateurs et une réorientation des routes maritimes vers le cap de Bonne-Espérance.

Les frappes américaines ont mobilisé des bombardiers stratégiques, dont des B-52 Stratofortress et des B-2 Spirit furtifs, ces derniers ayant été employés pour détruire des installations de missiles balistiques iraniennes enterrées et durcies, dans le cadre de l’opération baptisée « Epic Fury ». Ces opérations visent à dégrader les capacités de riposte iraniennes, y compris les défenses antiaériennes et les infrastructures de commandement.

Du côté israélien, les pertes économiques directes et indirectes sont estimées entre 17 et 20 milliards de dollars par le gouverneur de la Banque centrale d’Israël, selon des déclarations relayées dans les médias, incluant des dommages infrastructurels, des interruptions d’activité et des coûts militaires. Ces chiffres, bien que substantiels pour une économie de la taille d’Israël, soulèvent des interrogations sur l’ampleur des coûts supportés par les États-Unis, qui déploient des forces massives (environ 50 000 soldats dans la région) et assument une part prépondérante des opérations aériennes et navales. Les dépenses quotidiennes potentielles du conflit pourraient atteindre plusieurs milliards de dollars, exacerbant les pressions internes pour une résolution rapide.

Malgré l’intensité des bombardements, l’Iran conserve une résilience notable. Sa doctrine militaire, élaborée depuis des décennies en anticipation d’un tel scénario, repose sur un réseau étendu de bases souterraines multi-kilométriques, une décentralisation des forces (missiles antinavires et drones opérés par l’IRGC, la marine, l’armée et les forces aérospatiales) et un maintien d’un rythme soutenu de tirs (dizaines de missiles et centaines de drones par vague). Les attaques iraniennes contre Israël et les bases américaines dans la région se poursuivent, avec une interception limitée par des systèmes de défense antiaérienne qui semblent économisés pour protéger des actifs critiques (aéroports, infrastructures énergétiques, industries militaires).

Téhéran mise sur plusieurs facteurs stratégiques : la conviction que Washington et Tel-Aviv ne peuvent soutenir un conflit prolongé en raison des coûts économiques et politiques ; la capacité à neutraliser une partie significative des bases américaines régionales ; et l’absence d’insurrection interne ou de mouvements de guérilla contre le régime, au contraire renforcé par un sursaut patriotique face à l’agression extérieure. Cette dynamique rappelle paradoxalement la situation ukrainienne face à la Russie, où les coûts croissants pour l’agresseur n’entraînent pas nécessairement une capitulation rapide.

L’impact sur le conflit en Ukraine est déjà perceptible et majoritairement défavorable à Kyiv. La flambée des prix de l’énergie (pétrole et gaz) génère des revenus supplémentaires substantiels pour la Russie, renforçant sa capacité à financer sa guerre d’agression. Parallèlement, un engagement prolongé des États-Unis au Moyen-Orient risque de détourner des ressources militaires critiques : les stocks de munitions de précision et surtout les missiles de défense antiaérienne (notamment Patriot) sont fortement sollicités en Iran et dans le Golfe, ce qui pourrait réduire les livraisons à l’Ukraine et affaiblir ses défenses contre les frappes russes massives. Des analystes soulignent également que l’attention diplomatique et stratégique de Washington, ainsi que celle de certains alliés européens, se déplace vers le Moyen-Orient, diminuant potentiellement l’urgence perçue du soutien à l’Ukraine. Si la production de drones Shahed iraniens, désormais largement localisée en Russie, reste peu affectée à court terme, un effondrement ou une désorganisation durable du régime iranien pourrait, à plus long terme, compliquer les approvisionnements russes en composants dual-use. À court et moyen terme, cependant, le conflit iranien renforce paradoxalement la position de Moscou en Ukraine.

À ce stade (début mars 2026), aucune issue rapide n’apparaît probable ni au Moyen-Orient ni en Europe de l’Est. Les opérations militaires se poursuivent, avec des frappes élargies sur des institutions politiques et sécuritaires iraniennes, tandis que les marchés mondiaux restent sous tension et que le risque d’escalade régionale persiste. Une résolution diplomatique, évoquée par certaines déclarations américaines, demeure hypothétique tant que les objectifs militaires ne sont pas atteints ou que les coûts ne deviennent insoutenables pour les parties impliquées.

Références principales :

• The Economic Times (2026). « Is a recession coming? Why global stock markets are crashing right now as more than $3.2 trillion in market value evaporates… amid the US-Israel-Iran war ».

• Al Jazeera (2026). « How Russia could benefit from the US-Israeli war on Iran ».

• Euronews (2026). « Why the Middle East crisis will have a ‘negligible’ impact on the war in Ukraine ».

• Euromaidan Press (2026). « Washington walked into a quagmire in Iran. That’s bad news for Ukraine ».

• Understanding War / Institute for the Study of War (mises à jour quotidiennes sur le conflit, mars 2026).

• Déclarations du gouverneur de la Banque centrale d’Israël (rapports médiatiques, 2025-2026, ajustés au contexte actuel).

• Wikipédia et Reuters sur la crise du détroit d’Ormuz (2026).

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