I.-Les inondations aux Cayes: comprendre les causes pour mieux prévenir les catastrophes
Les inondations constituent l’un des phénomènes naturels les plus destructeurs dans le Sud d’Haïti, particulièrement dans la ville des Cayes. Chaque épisode de fortes pluies ou de tempête tropicale ravive les mêmes images: maisons submergées, routes impraticables, terres agricoles détruites et familles déplacées.
Mais ces inondations sont-elles uniquement causées par la pluie? Ou résultent-elles aussi de nos propres actions sur l’environnement ?
C’est à ces questions que s’est intéressée cette étude portant sur le bassin versant de la rivière de l’Islet, l’un des systèmes hydrologiques qui influencent directement la dynamique des crues aux Cayes.
II.-Un bassin versant sous pression
Le bassin versant de la rivière de l’Islet couvre environ 86 kilomètres carrés et s’étend sur les communes de Camp-Perrin, Maniche et Les Cayes. Sa topographie présente des pentes parfois très abruptes, favorisant un écoulement rapide des eaux de pluie vers l’aval.
Cependant, la configuration naturelle du bassin n’est pas l’unique facteur explicatif des inondations. Les activités humaines jouent un rôle central dans l’aggravation du phénomène.
La déforestation massive, notamment pour la production de charbon de bois, réduit la capacité des sols à absorber l’eau. L’agriculture pratiquée sur des pentes fortes, sans structure de conservation des sols, accélère l’érosion. L’extraction de sable et de roches dans le lit de la rivière modifie la stabilité du cours d’eau. Enfin, l’urbanisation anarchique expose directement les habitations aux risques d’inondation.
Ainsi, la rivière transporte davantage de sédiments, son lit se colmate progressivement, et sa capacité d’écoulement diminue. Lors des fortes pluies, l’eau déborde plus rapidement et plus violemment.
III.-Inondation : un phénomène naturel aggravé par l’homme
Les résultats de l’étude démontrent que les inondations dans la région des Cayes résultent d’une combinaison de facteurs naturels et anthropiques.
Les fortes pluies constituent le facteur déclencheur. Toutefois, la dégradation environnementale du bassin versant amplifie considérablement l’intensité et la fréquence des crues.
En d’autres termes, si la pluie ne peut être contrôlée, la gestion des terres, elle, peut être améliorée.
Cette réalité met en lumière l’importance d’une approche intégrée de gestion du bassin versant, qui tienne compte à la fois des caractéristiques physiques du territoire et des pratiques socio-économiques des populations locales.
IV.- Vers un plan de gestion durable
Face à ce constat, l’étude propose un plan de gestion articulé autour de cinq axes principaux :
- Renforcement de la gouvernance environnementale locale
- Promotion de la reforestation et des techniques de conservation des sols
- Encadrement de l’extraction des matériaux dans la rivière
- Amélioration des infrastructures hydrauliques et de drainage
- Développement d’alternatives économiques durables pour réduire la pression sur les ressources naturelles
La sensibilisation communautaire est également un élément clé. La lutte contre les inondations ne peut réussir sans l’implication active des habitants, des autorités locales et des acteurs institutionnels.
V.-Une question de résilience et d’avenir
Les inondations ne sont pas uniquement des catastrophes naturelles ; elles révèlent aussi les fragilités structurelles de notre gestion environnementale.
Dans un contexte de changements climatiques, où les événements extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses, il est urgent d’adopter des stratégies de prévention et de résilience.
La gestion intégrée des bassins versants constitue une voie stratégique pour réduire les risques, protéger les populations et assurer un développement plus durable dans le Sud d’Haïti.
Comprendre les causes des inondations est la première étape. Agir collectivement pour les prévenir doit être la suivante.
VI.- Biographie
Né aux Cayes le 23 août 1990, Jackson Telcy a effectué ses études classiques dans sa ville natale, notamment ses études secondaires au Lycée Philippe Guerrier, de la 7e année à la classe de Philosophie.
Il a poursuivi ses études universitaires à Port-au-Prince, où il a obtenu une licence en Sciences agronomiques, avec une spécialisation en Ressources naturelles et Environnement, à l’Université Épiscopale d’Haïti (promotion 2010-2015). Il a également étudié les Sciences juridiques à l'École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves (promotion 2016-2020).
Ses travaux de recherche portent principalement sur la gestion des bassins versants, la conservation des sols et de l’eau, les risques d’inondation et les stratégies de résilience environnementale. Il s’intéresse particulièrement aux interactions entre dégradation environnementale, changement climatique et vulnérabilité des communautés.
À travers ses recherches et publications, il contribue à la promotion de solutions durables adaptées aux réalités des territoires vulnérables, notamment dans le Sud d’Haïti.
VII.- Les Cartes
Carte 1. Découpage administratif du BV de la rivière de l’Islet
Carte 2. Risque d’érosion du BV de la rivière de l’Islet
Carte 3. Zone propice à l’Inondation au niveau du BV de la rivière de l’Islet
