Si la psychologie m'était contée

A côté de toutes les attractions humaines générant une affluence d'individus, à l'instar du championnat du monde de football ou de grands mouvements socio-politiques: la désobéissance civile  et les  élections, le carnaval peut, en quelque sorte, dominer le tableau, indépendamment du pays considéré par rapport à ce que cette démonstration populaire représente aux yeux de plus d'un.

Robert Moïse Psychopathologiste
10 févr. 2026 — Lecture : 4 min.
Si la psychologie m'était contée

A côté de toutes les attractions humaines générant une affluence d'individus, à l'instar du championnat du monde de football ou de grands mouvements socio-politiques: la désobéissance civile  et les  élections, le carnaval peut, en quelque sorte, dominer le tableau, indépendamment du pays considéré par rapport à ce que cette démonstration populaire représente aux yeux de plus d'un. 

L'on est tous unanimes à reconnaître et à admettre que le carnaval da.ns son essence, constitue un moment idéal de défoulement pour la population où,  celle-ci tient lieu et est capable d'agrandir l'assiette fiscale du bourg, lorsque les taxes de présence perçues sur les visiteurs étrangers ont été utilisées à bon escient.

Il demeure vrai que, les économistes comprenant aisément l'évidence de telles données que procure le carnaval dans sa diversité, s'entendent à démontrer  à partir de chiffres le côté positif de l'événement populaire, auquel nul  ne peut échapper, même pour des raisons de chrétienté, sachant que le monde ou presque y participe à sa manière, donc, selon des critères personnels.  

Notre démarche consiste à faire ressortir parmi tant d'autres, deux aspects fondamentaux du carnaval :

1- Le plan social 

Il est connu de tous que, dans certains pays, les responsables gouvernementaux ayant constaté leur échec généralisé à tous points de vue, prescrivent la réjouissance populaire de manière à faire oublier leur cuisante incompétence face à leurs responsabilités dans le domaine administratif, bien que les choses ne soient pas toujours favorables aux décideurs, le carnaval dresse, selon le temps et l'époque, un tableau négatif  de la politique publique. 

Il est à remarquer que, le carnaval, en dépit de tout ce que l'on peut imaginer, constitue à certaines exceptions près, le baromètre de certains pouvoirs en place, en ce sens que, la toile satirique présentée, est susceptible de discréditer un projet sociétal du gouvernement qui peine à donner des résultats escomptés.

Ainsi, le carnaval, à grands coups de billets verts, peut également porter les gens à fermer les yeux sur des projets bidons, des promesses non tenues, même quand il s'agit d'une question importante comme la sécurité, par exemple, le tout est supporté par la corruption qui gangrène  la fonction publique, en plaçant à des postes  au pays ou à l'étranger des incapables sur la base des relations immorales fondées sur le principe donnant-donnant connu  de plus d'un. 

Le carnaval perçu sous cet angle renvoie à des situations  difficiles à décrire, tant les données offensent et offusquent à l'heure qu'il est, et les carnavaliers, sans se rendre compte, se donnent à coeur joie dans cette folle plaisanterie qui est loin de conduire le pays à bon port. 

La population qui ne peut manger à sa faim, sans que ce geste soit possible tout au long de la semaine, se laisse aller dans ce tourbillon où, après s'être défoulée comme il convient de le dire, regagne ses pénates, accusant une sensation de vide permanent  au niveau de l'estomac, mais, il lui est impossible de prendre véritablement conscience de son état de misère grandissante et se résout  aux prochaines élections d'accomplir le geste de citoyen qui continuera  de l'enfoncer éperdument dans l'abîme. 

Le carnaval vu sous cet angle, est loin d'être la fête de la réjouissance populaire par excellence, mais plutôt, celle du déplaisir, ce qui a porté le Dr. Louis Mars  à s'exprimer ainsi « Le peuple rit, chante et danse sa misère »..

2- Le plan médico-psychologique.

Il ne fait nul doute que pour cette partie, notre réflexion aura pour toile de fond « Les considérations ethno-psychanalytiques du carnaval haiten » par le Dr. Ernst Mirville. 

Cet ouvrage s'appuie  sur une recherche verticale et prône tout  un ensemble de facteurs psychiatrique et psychologique, relatifs au statut  mental des usagers des deux institutions psychiatriques  publiques du pays, confirmant un état de bien-être amélioré chez les malades pendant la saison carnavalesque, lequel état trouve son fondement à partir d'une démarche qualitative à l'examen médico-psychologique. 

Il est important de retenir que le carnaval admet un côté essentiellement bénéfique pour les gens atteints de troubles mentaux qui, à l'occasion, sont capables de regagner leur domicile et reprendre leur vie antérieure avec un suivi clinique moins rigoureux. 

A ce titre, les exemples abondent notamment au plan de la recherche scientifique, en mettant l'accent sur les domaines de l'observation clinique, la symptomatologie, l'etio-pathogénie, jusqu'aux traitements retenus, en passant par le diagnostic, selon une démarche classique relative tant à la névrose qu'à la psychose.

L'étude a mis en évidence l'étendue des divers signes justifiant l'amélioration progressive constatée chez le malade à l'examen.

Il est important de noter que plus de 50% de la population hospitalisée pour chacune des structures hospitalières, est en mesure de quitter le service à l'occasion et s'inscrit  au registre des malades externes avec un traitement en ambulatoire.

En réalité, très peu d'études ont touché cet aspect de l'amélioration significative chez les malades mentaux haïtiens liée au carnaval. Il est fort à parier qu'une telle festivité aurait pu avoir une portée plus convaincante si, les responsables  pouvaient l'intégrer  dans un schème convenable  de traitements qui prendrait  son essor dans tout le système hospitalier, en lui accordant une place de choix,  ce qui donnerait  un peu plus d'éclat et de compréhension du malade  et de sa maladie par le public, ce qui aussi  accélérerait déjà le processus d'intégration sociale  comme le soutiennent les recherches en psychologie actuellement.