Haïti traverse l’une des périodes les plus éprouvantes de son histoire récente. Crise sécuritaire persistante, institutions fragilisées, pouvoir politique instable, État affaibli dans ses fonctions régaliennes : le pays semble avancer sur un fil, exposé à tous les déséquilibres. Dans ce chaos multidimensionnel, une réalité demeure trop souvent ignorée ou instrumentalisée : celle de la jeunesse haïtienne.
Pendant des années, la jeunesse a été la première victime silencieuse du dysfonctionnement de l’État. Victime d’un système éducatif en crise, d’un marché du travail quasi inexistant, d’une insécurité chronique et d’un manque cruel de perspectives. Victime aussi d’un discours politique opportuniste, qui ne la convoque que lors des moments de tension, pour remplir les rues, grossir les rangs ou servir d’alibi populaire à des ambitions personnelles.
Mais aujourd’hui, quelque chose change.
La jeunesse haïtienne se réveille.
Elle se relève après avoir longtemps subi. Elle s’organise après avoir été dispersée. Elle refuse désormais d’être à la fois victime et complice d’un système qui l’exclut tout en l’exploitant. Elle refuse la marginalisation politique, sociale et économique à laquelle on tente de la condamner. Elle refuse d’être utilisée comme simple outil de mobilisation sans vision, sans contrepartie, sans reconnaissance.
Je suis témoin d’une jeunesse éveillée, mais encore trop souvent bafouée.
Je suis témoin de jeunes conscients des enjeux, lucides sur les responsabilités historiques, prêts à s’engager, parfois au prix de grands sacrifices.
Je suis témoin d’une génération qui ne demande pas la charité, mais la considération ; qui ne réclame pas des slogans, mais des politiques publiques sérieuses ; qui ne veut plus subir l’histoire, mais la construire.
La fragilité actuelle du pouvoir ne peut justifier l’exclusion de la jeunesse des espaces de décision. Bien au contraire. Dans un contexte où les équilibres institutionnels vacillent, où la légitimité est constamment remise en question, la voix des jeunes devient essentielle pour refonder le contrat social et repenser l’avenir du pays.
Car une question demeure, simple mais fondamentale : alors que nous traversons une période décisive de notre histoire nationale, la jeunesse n’a-t-elle pas son mot à dire ?
Ignorer cette voix serait une erreur stratégique et morale. La contenir serait une faute politique. La manipuler serait une trahison supplémentaire. La seule voie responsable consiste à l’écouter, l’intégrer et lui faire une place réelle dans les processus de dialogue, de transition et de reconstruction nationale.
La jeunesse haïtienne n’est pas un problème à gérer.
Elle est une force à reconnaître.
Un levier à activer.
Un avenir à construire, dès maintenant
