Urgence d’investir dans le sport pour désarmer la violence

En Haïti, les activités sportives sont souvent marginalisées en raison du manque de ressources et de programmes coordonnés, ce qui freine la découverte et le développement des talents.

Par Jerry REGISTE
09 janv. 2026 — Lecture : 6 min.
Urgence d’investir dans le sport pour désarmer la violence

Match de football

En Haïti, les activités sportives sont souvent marginalisées en raison du manque de ressources et de programmes coordonnés, ce qui freine la découverte et le développement des talents. L’insuffisance d’infrastructures, les contraintes économiques, l’absence de soutien institutionnel et d’encadrement, ainsi que le déficit d’opportunités de formation représentent des obstacles majeurs pour les jeunes, limitant leur participation aux compétitions internationales.

La crise se traduit par l’insécurité, des terrains occupés et une jeunesse laissée à elle-même. Le sport peut y répondre grâce aux écoles et universités, aux politiques publiques et aux partenariats. Les résultats sont visibles à travers les compétitions interuniversitaires, la mobilisation populaire, les réussites sportives et l’intégration du nouveau cours d’Éducation Physique et Sportive (EPS) obligatoire depuis 2023.

Investir dans le sport n’est pas un luxe en Haïti, c’est aujourd’hui un instrument de sécurité humaine, de prévention de la violence et de reconstruction nationale. Pour reprendre Nelson Mandela, « le sport a le pouvoir de changer le monde ».

De l’autonomisation des femmes et des filles, des jeunes, des personnes en situation de handicap et d’autres groupes marginalisés à la promotion de la santé, de la durabilité et de l’éducation, le sport offre un potentiel énorme pour faire progresser les objectifs de développement durable et promouvoir la paix et les droits de l’homme en Haïti.  

L’intégration de l’Éducation Physique et Sportive (EPS) comme discipline obligatoire dans le curriculum de l’école fondamentale et du secondaire rénové par le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), ainsi que l’instauration de la Journée nationale de l’Activité physique et du Sport, célébrée pour la première fois le 15 juin de cette année, constituent des avancées significatives.

La promotion des activités physiques et sportives en milieu scolaire et universitaire constitue un levier stratégique pour améliorer la santé et le bien-être des jeunes, renforcer leur discipline et leur confiance en eux, et favoriser le développement de compétences essentielles, y compris des qualités de leadership bénéfiques pour leur vie personnelle et professionnelle.

Les différents protocoles d’accord signés en janvier 2024 entre le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), la Fédération Haïtienne de Football (FHF), la Fédération Haïtienne de Basketball (FHB) et la Fédération Haïtienne de Volleyball représentent une opportunité majeure. Ils visent notamment l’organisation de championnats scolaires par catégories d’âge et de niveau, la mobilisation de sportifs et d’institutions partenaires pour accompagner les élèves, la formation des élèves à travers des programmes adaptés en EPS, ainsi que le soutien technique et institutionnel du MENFP, avec l’implication de ses directions départementales et pédagogiques, en coordination avec le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC).

Ce partenariat institutionnel est une étape décisive vers la reconnaissance du sport comme outil d’apprentissage, de cohésion sociale et de promotion de la santé. Il renforce les efforts visant à faire du sport un pilier de la citoyenneté active et du développement des compétences de vie chez les jeunes Haïtiens, tout en promouvant une culture sportive durable, inclusive et équitable.

Au-delà de ses impacts économiques, le sport, dans un contexte de crise profonde, émerge comme un outil puissant pour reconstruire les communautés en Haïti. En investissant dans des programmes sportifs, le pays peut non seulement promouvoir le développement personnel des jeunes, mais aussi favoriser la paix et la cohésion sociale. L’engagement collectif de la société et des institutions du pays sera essentiel pour transformer le potentiel du sport en un véritable levier de changement. C’est dans cette logique que les Nations Unies ont intégré le sport dans leur agenda 2020-2030, reconnaissant son potentiel à contribuer aux objectifs de santé, d’éducation, de développement et de paix.

L’UNESCO, dans le cadre de la mise en œuvre de son projet intitulé « Appuyer les initiatives nationales en matière de renforcement de l’autorité de l’État afin d’améliorer les relations État-citoyen et encourager le développement d’une paix durable en Haïti », financé par le Peace Building Fund (PBF), a organisé, conjointement avec le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC), le Comité Olympique Haïtien (COH), la Fédération Haïtienne du Sport Universitaire (FEHSU) et la Fédération Haïtienne de Basketball (FHB), une compétition sportive interuniversitaire réunissant 30 universités réparties dans trois départements : l’Ouest,  Nord, le Sud et des milliers d’étudiants mobilisés.

Officiellement lancée le 21 septembre 2025 et clôturée le 6 décembre 2025, cette compétition a été soutenue par La Couronne (Dasani, Coca-Cola, Powerade), le Fonds National de l’Éducation (FNE), plusieurs agences du système des Nations Unies (UNICEF, OIM, UNOPS, BINUH, UNHAS), la Police Nationale d’Haïti (PNH), la Police communautaire/EDUPOL, la Mairie de Pétion-Ville, le Regroupement National des Étudiants Haïtiens (RENAEH), la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH), le Programme National de Cantine Scolaire (PNCS) et le Centre Ambulancier National (CAN).

Au niveau du Nord, l’Institut de Diplomatie et des Relations Internationales (IDRI) est sorti champion. Dans le Sud, l’American University of the Caribbean (AUC) a remporté le titre, tandis que dans l’Ouest, l’Université Américaine des Sciences Modernes d’Haïti (UNASMOH) s’est imposée en football, et l’Institut des Hautes Études Commerciales et Économiques (IHECE) en basketball.

Après plus de trois ans d’interruption des Jeux universitaires au niveau national, cette compétition interuniversitaire a été relancée à l’occasion de la Journée internationale de la Paix, célébrée le 21 septembre, par le Bureau de l’UNESCO en Haïti, en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC), le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) et la Fédération Haïtienne du Sport Universitaire (FEHSU), au bénéfice du grand public.

Près des milliers de jeunes, dont 63 % de participation féminine, ont été touchés par cette initiative citoyenne dans les trois départements concernés. Un indicateur de transformation sociale, de réponse aux violences basées sur le genre et finalement de levier d’autonomisation des jeunes filles. Cela renforce la cohérence avec les ODD et les priorités de l’UNESCO.

Lors des finales, notamment dans le Sud, aux Cayes, dans l’Ouest et dans le Nord, nous avons été témoins de moments festifs marqués par des déplacements massifs de la population venue assister aux rencontres finales. L’ampleur de ces mobilisations populaires montre clairement que le ballon rond occupe une place de plus en plus importante dans la vie des Haïtiens.

Les performances de Melchie Dumornay sur la scène internationale constituent un indicateur fort de la nécessité d’investir davantage dans le sport afin de créer plus d’opportunités pour la jeunesse du pays.

Le 17 novembre 2025, à la suite de la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde 2026, le pays a connu des scènes de liesse populaire sur l’ensemble du territoire national ainsi que dans la diaspora pour célébrer cette victoire historique. Cette réussite sportive, célébrée collectivement par la population, témoigne une fois de plus du pouvoir fédérateur du sport et de sa capacité à renforcer la cohésion sociale.

L’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail, souvent sans formation ni préparation adéquate, constitue un défi majeur pour Haïti, où près de 70 % de la population a moins de 30 ans. Le chômage et le sous-emploi, aggravés par une croissance économique faible et une création d’emplois insuffisante, exposent une partie de la jeunesse aux manipulations et à l’enrôlement dans des groupes armés ou criminels. Cette situation se traduit par une hausse inquiétante des kidnappings, des violences sexuelles et des homicides, renforçant le cercle de la vulnérabilité sociale.

En conclusion, le sport apparaît comme un outil stratégique pour prévenir la délinquance et favoriser l’inclusion des jeunes. En leur offrant des espaces d’expression, de discipline et de formation, les programmes sportifs contribuent non seulement à leur développement personnel, mais aussi à la cohésion sociale et à la paix. L’éducation physique, les activités sportives en milieu scolaire et universitaire, ainsi que les initiatives communautaires, deviennent autant de leviers pour préparer les jeunes à affronter le marché du travail, renforcer leur confiance en eux et développer leur esprit citoyen.

Suite à la mise en œuvre de la compétition sportive interuniversitaire de haut niveau, initiative pilote favorisant la cohésion, il apparaît opportun que les décideurs, les collectivités, la société civile ainsi que les Partenaires techniques et financiers (PTF) accordent une attention particulière au sport, envisagé comme un levier de prévention primaire contre la violence, une alternative à l’enrôlement armé et un espace de socialisation normée.

En paraphrasant Jacques Delors, on peut affirmer avec justesse que le sport, un trésor est caché dedans.