L’année 2025 touche à sa fin et, en Haïti, les droits humains restent trop souvent des lettres mortes. Quelle ONG nationale ou locale peut encore se targuer d’avoir véritablement promu et défendu ces droits cette année ? La question mérite d’être posée. Entre ambitions et responsabilités, influence et actions concrètes, les ONG haïtiennes ont commis des erreurs stratégiques qui affaiblissent leur rôle et ne profitent pas au respect de la dignité humaine dans le pays.
Quels ont été les plaidoyers les plus connus et quels résultats ont-ils réellement produits ? La question n’est pas de recenser des initiatives hypothétiques, mais de se demander à quel moment l’obligation de diligence due de l’État haïtien a été véritablement mise sur la table. En matière de droits humains, l’État doit prévenir, protéger et mettre en œuvre ces droits. Alors, lequel de ces devoirs a été réellement appliqué ? Suivez mon regard.
Les ONG en droits humains devraient agir comme un contre-pouvoir, mais leur tâche a été rendue facile pour l’État. L’ingérence dans la politique active, la course aux projets et la dépendance financière à des bailleurs étrangers ont limité leur capacité à exercer leur mission sur le terrain. Pire encore, ce sont souvent des solutions importées, parfois périmées, qui prévalent, plutôt que des réponses nationales adaptées aux besoins du pays.
Les faits sont là. Le droit à la vie a été gravement violé. Être tué ou assassiné en Haïti n’est malheureusement plus une nouveauté. La liste des abus et violations des droits humains serait donc trop longue pour être dressée ici. Pendant ce temps, neuf présidents — oui, neuf — peuvent circuler librement dans leurs voitures blindées et prendre l’avion ou l’hélicoptère selon leur destination. La population, elle, ne peut faire que subir. Les routes sont contrôlées par des groupes armés, et la capitale, où tout devrait se passer, ressemble à un désert fonctionnel : écoles, universités et hôpitaux fermés, parfois pillés ou brûlés. Comment oublier les milliers de personnes déplacées internes, contraintes de fuir pour survivre ?
Il faut le dire : les ONG en droits humains, tout comme l’État, sont en crise. Fragmentation interne, bataille intergénérationnelle, manque de cohésion… Et pourtant, elles exigent de l’État qu’il produise des résultats qu’elles sont souvent incapables de garantir dans leurs propres domaines. Il ne leur appartient pas d’assurer la mise en œuvre effective des droits humains, mais leur rôle impose qu’elles agissent avec suffisamment de stratégie pour contraindre l’État à remplir ses missions. Le problème, c’est que les politiques ne sont pas naïfs : ils ne sont pas inquiétés par les dénonciations, car souvent, ONG et décideurs appartiennent au même cercle, à la même « famille ».
Malheureusement, quand une ONG échoue, c’est la population qui paie le prix fort. Leur rôle est indispensable, il n’y a aucun doute, mais en 2025, elles auraient pu faire mieux. Si elles avaient compris leur véritable force et leur rôle stratégique, le pays n’aurait jamais connu ces violations en série. Leur échec n’est donc pas moral, il est stratégique : une incapacité à transformer la dénonciation en action concrète.
En 2025, il est clair que ni les promesses des ONG, ni les obligations de l’État n’ont suffi à protéger les droits humains en Haïti. La fragmentation interne des ONG, la course aux projets étrangers et la dépendance financière, combinées à un État incapable d’exercer pleinement ses missions, ont créé un terrain où les violations se multiplient. La population paie le prix fort : déplacements impossibles, écoles et hôpitaux fermés, et une vie quotidienne constamment menacée par l’insécurité. Les ONG, censées agir comme contre-pouvoir, n’ont pas su exercer une pression réelle sur l’État. Elles ont été freinées par leurs propres limites stratégiques et une proximité parfois trop étroite avec les décideurs politiques.
Mais il n’est pas trop tard pour repenser leur rôle et leur stratégie. Comprendre que leur véritable force réside dans la stratégie, la cohésion et l’ancrage local, et non dans la simple dénonciation ou la course aux financements, constitue une condition sine qua non pour qu’elles exercent pleinement leur mission. Si elles réussissent à aligner leurs moyens et leur action avec les besoins réels des populations et à exercer un contre-pouvoir efficace, elles pourraient véritablement contraindre l’État à remplir ses missions. L’année 2026 pourrait alors offrir une opportunité pour que le plaidoyer cesse d’être lettre morte et devienne enfin un levier concret pour la dignité humaine en Haïti.
