Le Laissez-Grennen. La Doublure. Le Cacoïsme. De doctrines, point de pénurie ! Car, au fil des ans, Haïti ne cesse de connaitre, piteusement, des modèles de gouvernance « obstaculaires » à son développement. À défaut d’une approche concertée et progressiste, bien des chefs d’État conscients ou in consciente, créent des concepts infructueux qui ont malheureusement influé sur le devenir du pays. Ainsi, en 221 ans d’histoire post-indépendantiste (1804-2025), le pays a vu se succéder des doctrines politiques répugnantes. Toutes fois, le Bonbonisme, étant la plus récente, demeure l’une des plus risibles, voire la plus dilapidatrice de toutes.
C’est au cœur d’une incertitude sur l’échéance-de-mandat présidentiel que René Préval a conçu le Bonbonisme, en mai 2006, au lendemain de sa seconde élection. Et, ce souci de pouvoir finir son deuxième quinquennat est légitime. Parce que son prédécesseur, Jean-Bertrand Aristide, élu en deux occasions : en décembre 1990 et en novembre 2000, a été chassé deux fois du pouvoir en septembre 1991 et en février 2004. La première, par un coup d’État sanglant commandité par la CIA ; la deuxième fois, par une rébellion financée par des oligarques nationaux et par l’International.
Autrement dit, le Bonbonisme est un remède théorique introduit dans la pharmacopée politique haïtienne pour curer le doute sur le comment-finir-son-mandat. La thèse bonboniste se construit sur le fait de distribuer des ministères à des partis politiques munis d’une capacité de nuisance significative, afin d’éviter les manifestations de rue et les vacarmes radiophoniques contre le gouvernent élu.
À l’œuvre, toutes les administrations Bonbonistes répartissent des bonbons ministériels au vu et au su de tous. À chaque parti hégémonique, un Ministère et/ou une Direction Générale. Incontestablement, c’est le gouvernement de Préval de mai 2006, qui a initié, sans vergogne, cette doctrine politique. Nonobstant, elle a fait école. L’écho du Bonbonisme est d’un effet étonnant. En témoignent les « repartimientos » de postes ministériels sous Sweet Micky (Alter Presse, 2015), sous Privert, sous Jovenel Moïse et durant ce CPT méprisable. C’est que le Bonbonisme a survécu à de nombreux gouvernements.
Malencontreusement, cette doctrine est toujours applaudie par les partis à vocation de piller l’État. Ces entités politiques, parmi elles, il y a des particules (ti-pati), sans lendemain électoral, qui se regroupent pour réclamer leurs bonbons. Ce qui est constamment déficitaire pour le pays.
Cette approche politique Prévalienne dépasse, en grogne, le Laissez-Grennen de Pétion du 1807 au 1818, la Politique de Doublure du sénateur Beaubrun Ardouin du 1844 au 1849 et le Cacoïsme des militaires du Nord de la deuxième moitié du 19e siècle (Métellus, 1989).
Notamment, le Bonbonisme est friand des régimes de transition. D’ailleurs, presque toutes les transitions qu’a connues Haïti ont été dirigées par des Bonbonistes. Le constat est que les transitions bonbonistes sont des gestions fidèles à la déprédation des fonds publics, aux contrats déshonorants et aux franchises douanières non-méritoires.
Le Bonbonisme est surtout allaité par des figures politiques désespérées du pays. Certes, cette méthode de gouvernance a permis à son concepteur, René Préval, de boucler son mandat sans casse, mais léguant un bilan lourd de duperies. Le bonbon-Haïti est trop petit pour les individus gloutons, occupants de la cuisine de la politique.
Comment parler d’un autre pays en vivant dans les vestiges des désordres doctrinaux qui se profilent ? Ces doctrines grotesques qui ne cessent d’accoucher de la misère dans le pays—partant du Laissez-Grennen, révisant la Doublure et le Cacoïsme, pour échoir au Bonbonisme—n’exhibent aucune raison de croire en une dislocation. Ces préceptes politiques convergent pour produire le pays d’aujourd’hui. Le Bonbonisme, une doctrine en plus !
Références :
Colbert, R. (2015) Haïti-Politique : 18 ministres (4 femmes) et 16 secrétaires d’Etat (2 femmes) dans le
gouvernement d’Evans Paul. Atler Presse
Métellus, J. (1989).« Les Cacos »
Jean-Rony Monestime André
AstraZeneca Clinical Research Coordinator
Breast Oncology Research Program
Cancer Clinical Trials Office (CCTO)
Solid Tumor Programs
Weill Cornell Medicine | New York-Presbyterian
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