Haïti n’a pas besoin d’un autre accord pour sortir de la crise: Un retour à l’ordre constitutionnel s’impose

Après avoir constaté l’échec du dernier accord en vigueur, marqué par l’installation d’un CPT composé de neuf présidents-conseillers, il est aujourd'hui plus qu'évident que ce dispositif n’a ni apporté la stabilité promise ni restauré la confiance nationale.

Jude Jacques Renaud Duvivier
17 nov. 2025 — Lecture : 3 min.
Haïti n’a pas besoin d’un autre accord pour sortir de la crise: Un retour à l’ordre constitutionnel s’impose

Exemplaire de la Constitution de 1987

Après avoir constaté l’échec du dernier accord en vigueur, marqué par l’installation d’un CPT composé de neuf présidents-conseillers, il est aujourd'hui plus qu'évident que ce dispositif n’a ni apporté la stabilité promise ni restauré la confiance nationale. Au contraire, la corruption, le gaspillage, l’absence de résultats, le non-respect des principes constitutionnels et l’effondrement des règles de gouvernance ont plongé le pays dans les profondeurs de la désolation et d’un désespoir généralisé.

Haïti peut encore retrouver son équilibre et sa dignité sans replonger dans le cycle stérile des accords politiques sans lendemain, conclus au profit de clans. La solution ne réside pas dans un nouvel arrangement entre acteurs du pouvoir qui ont conduit le pays dans cette impasse, mais dans un retour lucide, ferme et responsable à l’ordre constitutionnel. Le peuple haïtien mérite un État qui respecte la loi, la justice et la vérité et qui s'engage à garantir ces dix éléments essentiels au pays, à savoir : 

1. Le retour à la légitimité constitutionnelle
La Constitution de 1987 demeure le socle de la légitimité populaire. Elle incarne la volonté du peuple haïtien de vivre dans un État de droit, libre et souverain. La version amendée de 2011, décriée et manipulée, n’a jamais été pleinement promulguée. Il est donc légitime de reconduire, par décret, la Constitution de 1987 comme base légale du redressement national.

2. Un gouvernement technocratique et patriotique
L’application de l’article 149 ouvre la voie à un gouvernement de transition composé d’hommes et de femmes compétents, intègres et non partisans. Sa mission : rétablir l’autorité, la sécurité et la confiance publique.

3. La Conférence nationale
Une Conférence nationale réunira société civile, diaspora, institutions, secteur privé et forces vives pour : dresser un diagnostic, définir une nouvelle Constitution, établir un Pacte de gouvernance, résoudre symboliquement les grands dossiers, et mettre en place un protocole clair de succession institutionnelle.

4. Le Pacte de gouvernance nationale
Il garantira stabilité institutionnelle, continuité du service public et discipline républicaine. Il imposera le respect strict des mandats, de l’alternance et de la souveraineté populaire. En d'autres termes, ce pacte vise à stabiliser durablement la vie politique haïtienne en mettant fin à la culture de crise et de transition.

5. Une nouvelle Constitution
Elle devra rééquilibrer les pouvoirs, renforcer les institutions autonomes, instaurer un Conseil électoral permanent et créer une Cour constitutionnelle indépendante.

6. La justice symbolique et morale
Une Commission nationale de vérité et de justice devra traiter les grands dossiers non résolus, essentiels à la mémoire nationale.

7. Audit et inventaire général de l’État
Un audit permettra d’identifier fraudes, pertes et abus afin de restaurer la transparence publique.

8. Sécurité nationale et institutions de défense
Haïti doit rétablir une Armée républicaine moderne, une Police restructurée et un BSAP renforcé pour protéger le territoire et garantir la paix publique.

9. Le Centre national de renseignements et de contrôle (CNRC)
Le CNRC analysera les menaces, protégera les infrastructures stratégiques et soutiendra la sécurité nationale.

10. Les élections et la restauration démocratique
Les élections devront être libres, inclusives et transparentes, organisées après le rétablissement de l’ordre et la consolidation des institutions.


Bref, Haïti n’a pas besoin d’un autre accord politique, mais plutôt d’un sursaut d'orgueil, de dignité et de conscience nationale. Le retour à la Constitution de 1987 est un retour à l’ordre et à la légitimité. L’ordre précède la paix, et la paix génère la prospérité.