Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) : un projet en poésie, une gouvernance en prose

Quand il a vu le jour, le Conseil présidentiel de transition (CPT) apparaissait comme une promesse d’espérance, une trouvaille politique pour sortir Haïti du gouffre institutionnel où elle s’enlisait depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse.

Loubet Alvarez
13 nov. 2025 — Lecture : 3 min.
Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) : un projet en poésie, une gouvernance en prose

Conseil présidentiel de transition

Quand il a vu le jour, le Conseil présidentiel de transition (CPT) apparaissait comme une promesse d’espérance, une trouvaille politique pour sortir Haïti du gouffre institutionnel où elle s’enlisait depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse.

Cette présidence collégiale à neuf membres, issue d’un accord laborieux entre les principales forces politiques haïtiennes et appuyée par la CARICOM  sous la houlette de Washington, se voulait un symbole de consensus, de rupture avec la gouvernance solitaire et autoritaire.
L’idée était belle, presque poétique : mettre ensemble les voix les plus représentatives du pays, élaborer une feuille de route claire sur deux ans, organiser des élections crédibles et remettre le pouvoir, le 7 février 2026, à un président élu démocratiquement.

Mais la poésie n’a pas résisté à la prose du réel.

La transition à bout de souffle

Moins de quatre mois avant l’échéance prévue, le bilan du CPT est inquiétant.
L’insécurité continue de ravager le pays : les gangs s’étendent, la capitale étouffe, les routes sont coupées, et la peur rythme la vie quotidienne.
Sur le plan économique et social, la misère s’aggrave, les prix flambent, les institutions publiques sont paralysées, et les rares services de l’État fonctionnent dans la confusion.

À cela s’ajoute une corruption rampante, un climat de gabegie administrative et des tensions internes au sein même du Conseil.
Le projet de nouvelle Constitution, censée poser les bases d’une refondation institutionnelle, s’est évaporé dans les rivalités politiques.
Quant aux élections, elles semblent chaque jour plus improbables : pas de calendrier, pas de conseil électoral réellement opérationnel, pas de conditions de sécurité.

Un pays suspendu entre espoir et désillusion

Le peuple haïtien, spectateur désabusé de ces promesses non tenues, n’attend plus grand-chose.
Le CPT, censé incarner une transition ordonnée, donne aujourd’hui l’image d’une structure divisée, hésitante et sans vision.
Le temps politique s’écoule sans cap, pendant que la rue, elle, gronde dans le silence de la faim et de la peur.

Cette transition, qui devait être un pont, ressemble désormais à un labyrinthe sans issue.
Et à mesure que s’approche le 7 février 2026, la question devient lancinante : que se passera-t-il après ?
Le vide politique menace à nouveau, et avec lui le spectre d’un nouveau cycle de crise, d’improvisation et de replâtrage institutionnel.

Et maintenant ?

À l’approche du 7 février 2026, le CPT se trouve à la croisée des chemins.
La question des élections divise : une partie de la population veut en finir avec la transition par les urnes, tandis qu’une autre juge qu’il serait dangereux de voter dans un pays sans sécurité ni institutions solides.
Ce débat révèle une méfiance profonde envers les processus électoraux souvent vides de sens, faute d’État capable de garantir leur crédibilité.

Dans ce contexte, le CPT devrait privilégier la stabilité sur la précipitation : rétablir un minimum d’ordre, de transparence et de sécurité, plutôt que d’organiser à tout prix des élections dans un climat fragile.
L’essentiel est désormais d’assurer une sortie ordonnée, claire et pacifique du pouvoir le 7 février 2026, conformément à la feuille de route initiale.

Le pays n’a plus besoin d’un nouveau prolongement de transition, mais d’un signal fort : celui d’une gouvernance responsable qui sait partir à temps pour laisser place à une refondation plus solide et légitime.

Conclusion : de la poésie à la prose du réel

Le Conseil présidentiel de transition avait tout pour devenir un symbole de réconciliation et de maturité politique.
Mais il risque d’entrer dans l’histoire comme une transition manquée de plus, un rêve écrit en poésie mais traduit en prose confuse.

Pourtant, il reste une chance — la dernière peut-être — de prouver que le pays peut encore changer de cap sans basculer dans le chaos.
Encore faut-il que les dirigeants cessent de se battre pour la place et se battent, enfin, pour la nation.

Loubet Alvarez

Citoyen haïtien

Économiste de formation.