Si Mélissa a épargné Hayti, comparativement à la Jamaïque, par contre il y a laissé sa marque indélébile dans certaines familles et très profondément en certains endroits. Dans la nuit du 28 au 29 Octobre 2025, c’était l’enfer qui a été vécu sur la montagne, à Vallue, où le vent et la pluie rugissaient comme un lion blessé ou une lionne qui a perdu ses petits. C’était très lugubre et inquiétant. Tout le Sud était sous forte pression. Les informations qui circulent sur Jacmel ont montré le sectionnement de la route, à l’entrée de la ville, par la rivière la Gosseline, alors que sur Petit-Goâve la rivière La Digue a causé des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants. Dans les mornes, les cultures, les bétails, les terres et quelques maisons ont fait les frais. D’après la Protection civile de Petit-Goâve (Rapport du 30 Octobre 2025) : 19 morts, dont 9 enfants et 10 adultes, une douzaine de personnes portées disparues, 10 blessés, 115 maisons détruites et 225 maisons inondées, 815 familles sinistrées.
Pourquoi une telle tragédie ? Si l’on regarde la route du Sud-est au niveau de l’endroit affecté, on peut comprendre aisément que cela allait arriver tôt ou tard. Les eaux de la rivière n’étant même pas en crue avaient commencé à forcer les berges. Au niveau du pont de La Digue et des zones périphériques, même cas de figure. Quand on sait que l’ouragan était annoncé et a mis du temps à se déchaîner dans la nuit du 28 au 29 octobre, quand on connaît la précarité de la zone et le monstre que peut être La Digue en pareil temps, on peut se demander pourquoi la population n’a-t-elle pas été évacuée ? Est-ce un manque de moyens ou d’autorité qui a empêché l’État de prendre des mesures préventives pour anticiper et éviter cette tragédie ou tout simplement l’insouciance et le peu d’intérêt accordé à la vie humaine, voire autre chose qu’on ne saurait même pas imaginer ?
Ce n’est certainement pas le changement climatique et la dégradation de l’environnement qui sont d’abord en cause. Si ces deux aspects y sont bien sûr pour quelque chose, des actions préventives responsables auraient pu minimiser les casses. C’est de cela dont il faut d’abord prendre conscience pour mener des actions appropriées, en vue d’éviter la répétition de pareille tragédie à l’avenir, comme c’est trop souvent le cas. Mais, puisque le cadavre est sur le dos, il faut d’abord l’enterrer. On cherchera ensuite à questionner le système qui a engendré le monstre qui a tué l’empereur.
Mélissa véhicule un message très puissant à saisir : la nature invite Hayti à prendre le grand virage spirituel pour un renouveau matériel qualitatif. Ce virage comporte des exigences d’ordre psychique, sociologique, économique, écologique et climatique. Au lieu de continuer à panser les blessures et à soulager la peine des gens, le mieux est de prendre le taureau par les cornes. Il s’agit de mener des actions conséquentes, comme par exemple : le zoning et un plan d’urbanisme pour anticiper et accompagner l’extension des villes, la restauration et la protection des écosystèmes des bassins versants, l’amélioration de la qualité de vie de leurs habitants et leur accès à des services de proximité, tout en encourageant l’entreprenariat en vue de créer de la richesse, de générer des emplois et des revenus. Cela signifie réduire l’injustice sociale et territoriale, qui pousse le paysan soit à fragiliser son espace de vie, soit à fuir en ville pour y vivre dans des espaces précaires et des maisons de fortune exposant davantage sa vie à la moindre averse. Étant détenteur du monopole de la violence légitime, l’État doit en outre faire jouer son pouvoir régalien. Il a besoin de promouvoir d’abord un développement endogène avec une main de fer dans un gant de velours, pour faire ensuite de la démocratie un art de vivre dans la propreté, la dignité et la postérité pour tous. Ce sera alors le calme, la fraîcheur et le soleil après la tempête.
