Grandir dans le chaos : comment réussir en Haïti malgré tout ?

En Haïti, vieillir ne signifie pas toujours grandir.

Athanatos Shebo OSCAR
10 oct. 2025 — Lecture : 4 min.
Grandir dans le chaos : comment réussir en Haïti malgré tout ?

Les jeunes, avenir du pays

En Haïti, vieillir ne signifie pas toujours grandir. Parfois, le temps s’écoule comme un fleuve fatigué, traînant avec lui les rêves noyés d’une génération qui attend sans savoir quoi espérer. J’ai souvent eu l’impression de fermer les yeux un instant, et de les rouvrir sur un monde plus vieux, plus las, plus incertain alors même que je suis encore jeune.

Mais que vaut la jeunesse si elle ne produit ni éclat, ni fruit, ni trace durable ? Le bilan, parfois, paraît triste ; non parce que la vie a manqué d’occasions, mais parce que le pays semble suspendu dans une torpeur où l’effort peine à se transformer en résultat.

Dès lors, une question se dresse, poignante : comment un jeune peut-il transformer le chaos environnant en tremplin pour sa propre élévation ?

Pour y répondre, il faut d’abord sonder les profondeurs du désespoir collectif, avant de remonter vers les hauteurs de la métamorphose intérieure et de l’action créatrice.

I. Les causes du naufrage : le poids d’un pays et d’une génération désenchantée

Haïti, ce nom qui jadis symbolisait la liberté, résonne aujourd’hui comme un cri étouffé. Le pays s’enlise dans un système sans repères, où la corruption ronge les fondations et où les institutions s’effritent sous le poids de la négligence. Chaque jour, les talents s’exilent, les rêves s’évaporent, et la jeunesse demeure seule face à l’ombre du découragement.

Nous grandissons dans un monde où le mérite n’ouvre pas toujours les portes, où les modèles se taisent ou s’exilent, et où la réussite semble appartenir à ceux qui trichent mieux. Nous cherchons des exemples à suivre, mais le miroir social ne reflète que la confusion.

Alors le temps, ce précieux allié des bâtisseurs, devient un ennemi silencieux. On le regarde passer, impuissant, pendant que nos ambitions s’usent comme des roches battues par la mer. Cette lente dérive, voilà le naufrage d’une génération qui, souvent, n’a péché que par espoir.

II. La métamorphose intérieure : reprendre le pouvoir du temps et du destin

Mais toute nuit, si noire soit-elle, prépare l’aube. Et le véritable réveil ne vient pas des promesses politiques, ni des miracles étrangers ; il vient de l’esprit. Se cultiver devient alors un acte de résistance. Lire, apprendre, observer, créer (même sans moyens), c’est refuser la mort lente de l’âme. Dans un monde qui se décompose, le savoir est une arme, la discipline un bouclier, et la foi une lumière. J’ai compris que la victoire commence par une bataille intérieure. Il faut affronter ses propres peurs, sa paresse, son désenchantement. Chaque minute arrachée à la distraction, chaque livre ouvert, chaque idée mûrie est une victoire sur le néant.

Le chaos extérieur n’est qu’un miroir : il reflète l’état intérieur d’un peuple. Changer le monde commence donc par se changer soi-même. Reprendre le contrôle du temps, c’est lui redonner un sens, le soumettre à notre volonté au lieu de le subir comme une condamnation.

III. L’action concrète : bâtir malgré tout

À force d’attendre que tout soit prêt, rien ne commence jamais. Pourtant, même dans le désordre, il faut bâtir. L’entrepreneuriat, l’art, la poésie, l’éducation. Voilà des voies de création possibles, même au cœur du chaos. L’histoire n’a jamais récompensé les plaintifs, mais les audacieux.

Créer dans le désordre, c’est ériger un monument d’espérance dans un désert d’indifférence.Tisser des alliances, c’est comprendre qu’aucun rêve ne se réalise seul. Et mesurer le progrès autrement, c’est savoir reconnaître la valeur des petits pas. Ces victoires invisibles qui préparent les grandes conquêtes.

Car la réussite, en vérité, ne se limite pas à la richesse matérielle ; elle réside dans la capacité à demeurer entier dans un monde fragmenté, à espérer sans illusion, à agir sans témoin. C’est ainsi qu’un jeune peut transformer sa frustration en force, sa solitude en discipline, et son rêve en destin.

Conclusion

Haïti est un champ de ruines, mais sur ces ruines germera la renaissance. Ceux qui comprendront que le chaos n’est pas une fin, mais une initiation, deviendront les maîtres de leur temps. Et peut-être qu’un jour, dans le regard d’un autre jeune qui cherche encore la lumière, mon nom, Athanatos Shebo Oscar, ne sera plus celui d’un rêveur égaré, mais celui d’un homme qui a refusé de sombrer.

Athanatos Shebo OSCAR, né le 10 octobre 2003 

Etudiant en sciences administratives à l’Université publique du Centre

dengel631@gmail.com