L’Institut d’études et de Recherches africaines d’Haïti (IÉRAH) vit une crise électorale depuis 2023. Cette crise est caractérisée aujourd’hui par des logiques de groupes qui entravent la recherche d’un véritable consensus. L’esprit de médiation et de dépassement, pourtant essentiel pour la bonne marche d’une institution universitaire, n’a pas su prévaloir face aux intérêts divergents. Alors que la situation nécessite une alternative crédible et viable, le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti (RUÉH) se montre jusqu’à présent incapable à ce sujet. J’avance l’idée selon laquelle la résolution du problème passe par le tac ou la rigueur de la jurisprudence électorale.
L’Université d’État d’Haïti semble réussir à s’aligner sur le modèle d’autres institutions du pays : celui du désordre organisé. On y retrouve des juristes qui jonglent avec le droit selon la direction du vent, des docteurs qui confondent science et influence, et des spécialistes de tout genre devenus experts en survie administrative. Chacun prétend défendre ardemment l’intérêt général… à condition qu’il coïncide parfaitement avec le sien. Les récents événements au sein du Conseil de l’Université (CU-UÉH) ont suscité de vives interrogations quant au fonctionnement institutionnel et à la cohérence des décisions prises. L’invalidation d’une élection, malgré des éléments de preuve contestés, voire rejetés par la propre commission d’enquête de l’institution universitaire, laisse transparaître un certain malaise dans les mécanismes de gouvernance.
Admettons qu’il y a eu des contestations. Mais « l’ensemble des contestations relatives à la publication des résultats définitifs du second tour des élections du 10 août 2023 à l’IÉRAH ne sont pas fondées et ne justifient pas l’invalidation du second tour pour les raisons évoquées », selon la Commission électorale centrale (CEC) de l’UÉH. Malgré l’existence de deux rapports d’enquêtes et de précisions que cette commission a elle-même produits à la fin de 2024, le CU-UÉH ne veut pas trancher convenablement. Ce refus de trancher vise à garder à son poste le doyen sortant et réélu. Ce dernier est membre du CU depuis 2020.
Cette situation témoigne d’une tension entre les principes de rationalité académique et les dynamiques internes qui bouleversent l’UÉH, elle soulève aussi un profond sentiment d’incompréhension au sein de la communauté universitaire. Professeurs et étudiants perçoivent les récentes décisions comme une atteinte au bon fonctionnement de l’IÉRAH. Donc, les responsables ont intérêt à repenser les attributs de leur décision d’une manière très concrète afin que tous les associés de l’UÉH puissent comprendre leur démarche. Le professeur Hancy Pierre, ancien doyen de la Faculté des sciences humaines (FASCH), lance un appel à la médiation honnête pour résoudre la crise.
Dans un esprit de transparence et d’équité, il serait souhaitable d’envisager une reprise du processus électoral afin de restaurer la confiance et d’assurer la satisfaction de toutes les parties concernées. En matière de service public, l’objectif doit toujours demeurer la recherche du consensus et le respect des principes démocratiques. Cela dit, si le Conseil de l’Université ne peut pas installer le Conseil élu, il devra faire preuve de dépassement pour ordonner au moins la reprise des élections à l’IÉRAH par un Conseil provisoire suivant les rapports de la Commission électorale centrale ou la jurisprudence électorale en générale. À moins que le CU soit animé par la ferme conviction de ne pas vouloir résoudre la crise suivant les principes administratifs et les normes scientifiques. Si c’est le cas, la fin de la crise n’est pas pour demain. D’autres diraient même que tout est savamment orchestré pour qu’elle persiste encore et encore.
Diriger, c’est savoir comprendre et obéir à la raison et aux normes applicables pour le bien et l’avancement de la démocratie. Si les membres d’une université n’entendent pas au moins obéir à ce principe afin de faire des arrangements loyaux, ladite université semble condamnée à échouer dans la gestion des crises administratives et académiques des plus ridicules.
Rodady Gustave
Avocat à Le Prétoire Cabinet
Barreau des Avocats de Port-au-Prince
