La musique du Compas direct accouplée à la culture populaire haïtienne

  La musique du Compas direct se présente comme un miroir de la société, s’inspire des réalités sociales et embrasse des habitudes, des coutumes et des rites .

Hancy PIERRE
29 sept. 2025 — Lecture : 5 min.
La musique du Compas direct accouplée à la culture populaire haïtienne

Couverture de l'album Ensemble Aux Callebasses

  La musique du Compas direct se présente comme un miroir de la société, s’inspire des réalités sociales et embrasse des habitudes, des coutumes et des rites .La migration des groupes musicaux n’a pas modifié le substrat culturel du compas direct mais plutôt l’a renforcé comme symbole d’identité et d’attachement aux valeurs nationales même dans la diaspora.Dans un récent article sur l’apport de la musique du compas à la préservation du créole haïtien , le groupe musical ZAFEM alors évolué en diaspora a été distingué comme celui qui a tous les titres en créole. Beaucoup de groupes qui résident en Haïti n’ont pas respecté ce principe de base. La musique du Compas direct a su s’imposer comme l’identité musicale du peuple haïtien, résistant à l’unifomisation que dicte la globalisation. Elle a transcendé les frontières et les générations tout en s’adaptant aux nouvelles tendances. Les premiers groupes musicaux haïtiens qui ont migré (Skah Shah, Tabou Combo) s’ils sont ouverts à de courants éclectiques, ils continuent à sauvegarder les spécificités de l'art, de l’esthétique, des instruments, des paroles ou des danses enracinées dans la culture populaire.

La musique est un médium efficace qui peut garantir, préserver et transmettre les traditions, les langues et l’histoire d'un groupe ou d'un peuple. Il ne suffit pas de se limiter à une des dimensions de la musique comme art pour s'assurer de l'expression de la culture populaire. Nous faisons allusion aux dimensions du rythme, de la danse et des paroles sans écarter le décor, les rituels et les technologies de support. Il n’y a pas seulement la langue qui peut interpeller mais aussi l’habillement, le décor ou les rituels agissant comme éléments distinctifs de la culture haïtienne. Nous voudrions dans cette lignée souligner l'effet du terme musical sur le public quand ceci sert de moyen de cohésion et d'entrain des musiciens. Les groupes musicaux se sont introduits par coups de baguettes et l’éxécution des notes et des sons des lignes de vents, de solos de guitare ou de piano. A titre d’exemples,pour l’orchestre Tropicana d’Haïti, c'est la chanson“Erzulie” qui lui aurait servi bien souvent de terme musical. Le Magnum Band débute généralement ses bals avec le titre de (Jehovah). Quant au DP Express, “nou retounin” introduit ce groupe au public ce, pour signifier son intégrité et sa pérennité. Le Scorpio Universel dans (ansanm, ansanm) s’assure de l’esprit de ralliement du groupe et de sa communion avec le public. Pour le groupe Skah Shah, c’est le titre (on the move) qui fait son affaire et surtout le kata. Il convient de verifier si les mêmes rituels d’entrain se maintiennent dans les cas des groupes qui existent encore..

La danse comme l’une des dimensions est typique . Elle se manifeste dans des tours de hanches, la cadence et dans les élans. Le cas du compas direct fait état de l'éxécution de pas simples 1-2:correspondants au tempo de base à partir duquel le maestro Nemours Jean Baptiste avait à la fois conçu ce rythme couplé d’une danse. Les mouvements sont fluides. « Le konpa fonctionne comme une marche en rythme, selon le principe d’alternance des appuis. Dans le cas du konpa, le rythme de base est binaire (1 – 2, 1 – 2), comme dans une marche militaire appuyant tous les temps de la mesure. Il ne faut pas oublier un ensemble de postures de notre konpa : kanpe lwen, anbwate, ploge, men nan man ak de men, men nan men ak yon men lage.Lien : https://lenouvelliste.com/article/236455/tout-sur-la-danse-compas-konpa-danse-sociale-dhaiti-de-clifford-gaelle-jasmin-ala-yon-bel-eritaj-sa.

Les partenaires se rapprochent à certains moments. Des séquences de solo invitent même à ce rapprochement.C’est ce qu’on appelle “Pluguer”, klere bouk sentiwon w”, qui crée une ambiance chaleureuse et captivante. C’est aussi une conversation dansée. La chanteuse Georgy du groupe “ZIN” a chanté le titre “ klere bouk sentiwon w”.

Pour revenir aux titres,nous citons les titres proprement dits et rapportons certains refrains, des séquences de paroles qui renvoient au folklore.Dans certains cas,on utilise des proverbes ; d’autres cas se réfèrent aux contes haïtiens, aux jeux et à des éléments de mythologie.Les groupes musicaux les plus représentatifs sont le Tabou Combo et le Skah Shah qui ont tous deux évolué en diaspora.Le Skah Shah a hérité la tradition du groupe Les Shleu Shleu. D’autres cas seront évoqués pour signifier la pertinence du problème relatif à la préservation et la transmission des valeurs ainsi que des traditions et des éléments du folklore haïtien.

 Pour le Skah Shah nous relevons les titres et séquences de refrains tels que : Ozanana ; bon tan (kach kach luben); Belle ti Machann; ti zwazo kote w prale, nou prale kay fiyèt lalo; Kaptenn dèyè pot, tiwons anfan ;Maria se bèl bebe, m pral marye ak Maria; Kay madan Bruno fanm pote gason sou do ; Ala telele de kout kiyè pwa kongo ; Ki bebe sa Se ti Jocelyne .

L’ancetre du Skah Shah en l’occurrence le groupe “les Shleu Shleu” avait d’abord fait usage d’éléments folkloriques que nous allons tout de suite citer (Jouroumou pa donin calebasse;Belle ti Machann; machann yo etc). 

Pour leTabou Combo, nous relevons des séquences de refrains tels que (men kwa manman w, men kwa papa w vin pile l; leve bonè kay vwazinay se pa kay pa w; madigra m pa pè w se moun ou ye; ti poulèt sove ba li la pasèt;kok la mande zapatonn).

Voici le palmarès de quelques autres groupes dont :

-Le System Band chante :”Se yon fanm kalalou” , “bato m sou dlo.Agwe”.

-Le Magnum Band : “Complainte paysanne”; “Peze Kafe”; “3 fèy 3 rasin”.

-Le groupe ZAFEM dans le titre ,”Lalin ak solèy” ;

-L’Ensemble select de Coupé Cloué, dans “-ensèl ensèl miyan miyan”;”Saint Antoine”.

-Le Caribean Sextet, dans “Laviwonndede” ;”Lagonav”.

-Les Frères Déjean,dans “Bouki ak Malis” ; “Yoyo”; “l’Artibonite”.

  -Les Gypsies, dans “Grenn pwomennen di li wè; bwa pi wo di l wè pase l”.

La liste des titres et séquences de refrains n’est pas exhaustive mais renseigne sur l’apport des groupes musicaux en lien avec les éléments folkloriques, au delà des frontières.Ce qui tient à accoupler la musique du Compas direct à la culture populaire haïtienne.

  

 Source : Le Nouvelliste

-Lien : https://lenouvelliste.com/article/236455/tout-sur-la-danse-compas-konpa-danse-sociale-dhaiti-de-clifford-gaelle-jasmin-ala-yon-bel-eritaj-sa

-JASMIN Frandy (2023), “Musique et Migration:place de la musique haïtienne dans la région caribéenne “Journée Scientifique sur la Migration, Centre en Population et Developpement (CEPODE), Université d’Etat d’Haïti du 8 mai 2023 .

-PIERRE Hancy (2023), “Les expressions de la musique haïtienne dans le prisme de la culture de masse: dilemmes éthiques et perspectives” in Le National, Port-au-Prince.

-PIERRE, Hancy (2023), ‘ Le Konpa dirèk, d’une musique marginale à une musique élaborée et identitaire”, dans le National du 23/02/24 http://www.lenational.org/post_article.php?cul=1590