La rencontre officielle du 20 juin 2025 semble avoir été un piège collectif ?

L’opinion publique reste sur soif… « Seule la vérité est révolutionnaire », disait Lénine.

Jean-Marie Beaudouin ; coifopcha@yahoo.fr
07 août 2025 — Lecture : 8 min.
La rencontre officielle du 20 juin 2025 semble avoir été un piège collectif ?

6b2b2c72-c7a8-47e3-a83f-827ac245c329

L’opinion publique reste sur soif…

« Seule la vérité est révolutionnaire », disait Lénine.

A l’initiative du président du Conseil présidentiel Monsieur Fritz Alphonse Jean, s’est tenue une rencontre avec des journalistes au siège de la Télévision nationale d’Haïti le 20 juin 2025 portant sur la situation générale du pays national. Au menu de cette importante rencontre, se trouve l’inévitable question de la sécurité publique à l’échelle nationale qui se trouvant dangereusement menacée, dont dépendent les autres questions liées à la stabilité politique qui forment dans leur ensemble le mandat du Conseil présidentiel de transition. Le président du CPT s’est octroyé le rare privilège, pour la circonstance, de réunir des journalistes chevronnés de la place autour de lui notamment Hérold Jean-François pour radio Ibo affiliée à l’Association nationale des Médias haïtiens/ANMH, Marvel Dandin pour radio Quisqueya (ANMH), Frantz Duval pour le Quotidien Le Nouvelliste (ANMH), Wendell Théodore pour radio Métropole (ANMH), et Gotson Pierre pour l’agence AlterPress (Médialternatif). Voilà cinq personnalités du monde de la presse haïtienne, qui sont sans doute fiers d’avoir eu pour ancêtre Jean Léopold Dominique dont la conscience de la Corporation révère à bon droit sa mémoire. Compte tenu de leur importance dans la société, de leurs capacités et de leurs talents en matière de communication, ils peuvent être classés dans la catégorie des Jacques Roumain, des Jacques Stéphen Alexis, des Anthony Lespès, des René Depestre, des Gérald Bloncourt, pour ne citer que ceux-là. Plusieurs d’entre eux figurent parmi les leaders qui ont accompli « Les Cinq Glorieuses » qui emportèrent le régime du président Élie Lescot en janvier 1946. Ils furent tous des travailleurs professionnels de la presse à une époque où la liberté d’expression et d’opinion et le droit de réunion publique étaient restreints. Il est évident que le contexte temporel ne soit pas le même, mais, de notre point de vue, le fond reste encore le même : c’est-à-dire la succession de crises conjoncturelles n’est autre que le symptôme de la crise systémique que les élites dirigeantes portent sur les bras depuis des décennies, sans jamais envisager de la résoudre d’une manière définitive. 

L’on conçoit qu’un président de la République ou qu’un président du Conseil présidentiel, comme c’est le cas actuel, puisse entreprendre une démarche qui consiste soit pour s’adresser à la nation, soit pour convoquer une conférence de presse. C’est son droit le plus entier et un tel exercice ne souffre pas de restriction ; quand il s’adresse à la nation ou à la presse, c’est parce qu’il a au cœur des choses importantes dont il veut partager avec le grand public. Et la presse et les médias sont le meilleur vecteur de communication qui soit, dont la mission ultime est d’informer et de former l’opinion. De ce point de vue, Monsieur Fritz Alphonse Jean a donc exercé un droit qui est le sien. Cependant, on peut noter deux remarques qui sont dignes d’être soulignées dans cette rencontre d’importance nationale : 

En premier lieu, le président du CPT, qui en a pris l’initiative, ne semble pas avoir jugé utile la présence des femmes journalistes à son entretien audiovisuel ; alors qu’il n’en manque point dans la Corporation. Et les illustres journalistes au masculin qui étaient invités au « talk show » du Président ne le lui ont pas rappelé non plus. Que conclure ? Masculinisme ou société genrée oblige, à l’intérieur d’un vieux patriarcat qui se perpétue dans la tradition. Cela étant dit, l’absence féminine est à notre avis remarquée. Il est à désirer que le président du CPT et ses hôtes de marque aient en tête un système pour opérer le salut de la femme comme poumon de l’espèce humaine. Cette éventualité est bien commode, mais bien difficile qu’elle trouve de preneur pour manque de sens utile sous le patriarcat dominant. Et l’autre dirait : « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître, et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. » Toutefois, la lutte des femmes reste une perspective inéluctable et elle triomphera. Telle est notre attitude au sujet de ce manquement dont les raisons n’ont pas encore été établies.

En deuxième lieu, il eût été sage et même démocratique pour l’initiateur de la conférence télévisée d’inviter au moins un membre de l’importante entité AMIH = Association des Médias indépendants d’Haïti, ne serait-ce que pour l’équilibre des forces médiatiques en présence. Mesure de précaution qui serait susceptible d’éviter des critiques éventuelles assimilables à une simple chambre d’enregistrement des contingences prédéterminées.

Venons-en, maintenant, aux faits. Sur ce que nous avons pu voir et entendre, il n’y a pas eu de faits marquants ou remarquables : en réalité, redondances et stéréotypes s’additionnent et constituent l’essentiel du discours. Monsieur Fritz Jean nous dit que la bataille contre les bandits et les gangs armés illégaux a véritablement commencé le 28 novembre 2024, cette échappatoire est dénouée de bon sens et d’audibilité par rapport à la réalité vécue. Le Collège présidentiel prend fonction officiellement le 25 avril 2024 sous l’égide de l’Accord du 3 avril de la même année, qui en est l’expression politique. D’avril à novembre, cela nous porte à 7 mois d’intervalle après l’installation officielle : si la déclaration du président du Conseil s’avère consistante, il est donc plausible de conclure que 9 manm CPT yo tap kalbende, tap kalewès pandan ke peyi a anba pouvwa grenn sal. Tandis que l’Accord d’avril précise la mission célère de l’Exécutif provisoire en son Article 17 – Section 6 qui traite des questions urgentes et donne les directives à suivre, avec toute la célérité que la situation exige. Il y a péril en la demeure ; le peuple est jeté à la rue, et Port-au-Prince brûle. La population Port-au-Princienne est sous la menace constante des voyous depuis 4 ans durant. 

Nous ne pensons qu’il ait voulu dire une pareille sottise ou idiotie. Fritz Jean est quand même une personnalité des classes dirigeantes de ce pays ; il était le président de la Chambre de commerce, d’industrie et des métiers du département du Nord-Est entre 2012 & 2016 ; gouverneur de la Banque nationale d’Haïti (1998 – 2001). N’importe qui peut devenir ministre ou Directeur général, mais n’importe qui ne peut devenir gouverneur de la Banque centrale de la République d’Haïti : ce poste-clé est confié à des femmes et des hommes professionnellement et techniquement formés, qui ont de l’expérience, de la triture nécessaire car c’est de cette institution souveraine que partent la régulation de la monnaie nationale, le contrôle rigoureux de l’inflation, du marché des changes et des opérateurs économiques. C’est encore vers elle que le gouvernement de la République se réfère ou recourt quand la trésorerie confronte des difficultés de liquidités pour financer ses dépenses, ainsi que l’utilisation de la planche à billet. Voilà, à notre avis, le rôle du gouverneur de la Banque centrale dans la politique monétaire et la croissance économique. 

La problématique des bandits et des gangsters armés illégaux présente les caractéristiques d’une équation insoluble qui n’a pas d’inconnue, dont les variables et les valeurs sont connus de nos marmots : les criminels qui sèment la terreur à Port-au-Prince, opèrent sous le nom de « Viv Ansanm » = fédération des malandrins. Toute équation qui présente une ou plusieurs inconnues, alors on n’a qu’à chercher les valeurs qu’elles représentent pour attester ou affirmer que l’égalité est vraie ou réelle par rapport aux quantités. C’est ce que nous avons appris en mathématiques dans notre prime jeunesse. Mais aujourd’hui nous sommes en train de nous casser la tête pour résoudre une équation insoluble pourtant sans inconnue ; peut-être que nous devrions exhumer Euclide pour savoir, dans sa carrière de mathématicien de la Grèce antique, s’il avait rencontré un problème redoutable de ce genre. Ce dont nous en doutons.

Nous avons voulu dire que la police n’est pas la bonne institution régalienne pouvant aider à solutionner le problème des bandits, que nous qualifions de phénomène historique nouveau. C’est-à-dire notre passé regorge du phénomène, le banditisme social dangereux que l’on observe tant au 19e siècle, 20e qu’au 21e en cours. Mais personne ne peut affirmer que les Piquets, les Zenglen, les Cacos, les Macoutes, les Chimè, etc., forçaient les populations à fuir leurs maisons, tuaient sans coup férir des enfants, des femmes, des personnes âgées comme dans le cas actuel du nommé « roi Mikanor » qui gouverne dans la périphérie du warf Jérémie. Nos groupes armés modernes d’aujourd’hui volent, pillent, kidnappent, tuent, brûlent les maisons et les hôpitaux. Voilà le panorama macabre auquel nous assistons impuissants, sans lendemain, sans hier et sans avant-hier. Un tel phénomène destructeur/dévastateur est sans précédent, qu’il faille se hâter de le faire disparaître. A cet égard, loin de faire l’anatomie de la situation dangereuse que traverse le pays national, l’actuel président du Conseil a de préférence exprimé et tenu un discours plaintif qui reflète l’état latent de son attentisme.  Son discours ne répond pas aux attentes de la population victime. En résumé, la causerie audiovisuelle de Monsieur Fritz Jean s’apparente à un exercice hors-sol qui occulte la terrible réalité.   

En renvoyant les forces armées d’Haïti en 1995, les élites haïtiennes en portent la lourde responsabilité politique, civile et morale pour n’avoir pas su jouer leur rôle de vigie ou de phare dans la société comme il se devait. Voilà aussi des arguments valides que Monsieur Fritz Alphonse Jean aurait dû tenir ; il s’est donc piégé en restant esclave des Optimates de la Rome antique dont Jules César dut brûler les ailes pour établir désormais l’Empire romain après la conquête militaire des Gaules vers l’an 58 avant l’ère commune. Selon Jules, la République romaine n’avait pas la carrure pour recevoir et administrer les vastes territoires conquis ; il était dans le vrai. En se piégeant, avons-nous dit, le citoyen Fritz Jean a du coup piégé le parterre des journalistes présents dans son talk show. Mal sele ka foule.

Voici, brièvement, une piste de solution que nous proposons à l’intention des femmes et des hommes qui composent l’élite du savoir, de la culture, de la politique et de l’économie. Mesdames et Messieurs, donnez les pleins pouvoirs à notre embryon des forces armées actuelles et, pour aller plus vite en besogne, passez la Police nationale d’Haïti sous le commandement de l’armée. Vous aurez toujours le temps de reconfigurer l’institution policière après avoir vaincu nos bwasougrenn, nos grenn sal et nos valpa. Votre fidèle serviteur vous conjure, Mesdames et Messieurs, de songer à maintenir dans vos lois que le président de la République est le chef nominal des forces publiques (l’armée et la police), mais ne les commande jamais en personne. Notre Police nationale ne saurait être efficace et puissante quand elle reçoit des ordres en haut lieu : Primature, ministère de la Justice et autres ministères qui composent le Conseil supérieur de la police nationale/CSPN. Vous avez donc le devoir moral et politique d’inverser ce paradigme habituel, en déléguant les pleins pouvoirs au Commandant en chef de la Police nationale et en l’habilitant à exercer la plénitude de son autorité. Et alors vous pourrez écrire sur vos drapeaux de vainqueur contre les bandits criminels, les malfrats et les voyous : la paix sociale est revenue, la sécurité publique et l’ordre public sont rétablis dans le cadre d’un nouveau départ. Ainsi, s’écrit une nouvelle page de notre histoire de peuple libre.