Le dilemme de l’Occident réuni dans sa guerre de procuration en Ukraine

Jean-Marie Beaudouin
16 juil. 2025 — Lecture : 6 min.

Coup d’œil rétrospectif

Posons d’abord quelques jalons pouvant aider le lecteur universel à se faire une opinion avisée de ce que nous entendons par dilemme occidental quant aux évènements à l’ordre du jour. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale impérialiste de 1939 – 1945, l’endiguement du communisme à l’Est de l’Europe a été le thème central du discours de l’époque. Il fut acté par le discours officiel du président étasunien Harry Truman devant le Congrès américain le 12 mars 1947, sous le vocable bien connu de Guerre froide. Depuis de nombreuses décennies, l’on observe que la conscience publique est marquée par les orientations opportunistes de l’eurocentrisme dont l’arsenal lexical est d’une richesse extraordinairement étendue et fonctionne toujours à plein régime. Son influence est donc dominante, le créole haïtien dirait « Pa vini w ki pou sove w ». L’eurocentrisme est une formidable machine à pondre ; il pond les mots, les idées et les concepts dont le système a besoin pour sa gouvernance politique, idéologique et culturelle : notamment endiguement du communisme et guerre froide, dont la presse bourgeoise est chargée de canaliser l’opinion sur l’espèce. La guerre froide est un vocable d’origine occidentale et non de l’Orient communiste comme la propagande a laissé croire. L’Union soviétique, victorieuse de la guerre dirigée contre elle, n’avait certainement pas besoin d’une nouvelle guerre quelle qu’en fût la nature. D’ailleurs, dès mars 1946, Winston Churchill, Premier ministre britannique et acteur majeur de la guerre mondiale, évoquait déjà « Le Rideau de fer » dans son discours historique à Fulton dans le Missouri, aux États-Unis ; il faisait alors allusion aux révolutions communistes triomphantes en Europe orientale. « Mal sele k a foule », d’après le vieil adage haïtien. Autrement dit, le discours de Churchill préluda l’intervention historique du président américain Truman devant le Congrès.  

Les conditions de la guerre froide restaient encore cachées à dessein. Dans une guerre conventionnelle, telle que nous la connaissons, le pays vaincu est contraint de courber l’échine, se plie et son territoire est occupé par le pays vainqueur. Aussi simple que cela. La guerre froide, quant à elle, a eu lieu dans une atmosphère idéologique quasiment détendue : c’est-à-dire que les jeux politiques sont faits par voie de déduction logique, donc par voie de négociation à la satisfaction de deux parties contractantes. Certains critiques de l’époque évoquent l’expression « forteresse enchaînée », qui nous paraît plausible : car malgré sa grande victoire sur l’Allemagne fasciste-nazie, la Russie soviétique était cruellement cernée sur la scène internationale dont toutes les institutions à vocation de justice, de commerce et de diplomatie étaient et/ou sont aux mains des puissances capitalistes occidentales. De plus, le leader communiste Joseph Staline, qui a gagné la guerre et qui a construit cette grande civilisation contemporaine que fut l’URSS, est parti le 5 mars 1953. Ses successeurs renégats et révisionnistes ont sans vergogne liquidé la Révolution bolchévique, la révolution prolétarienne russe qui a marqué à jamais l’histoire du prolétariat à notre époque moderne. Dès l’aube de 1956, Nikita Khrouchtchev ouvre le bal par son chant du cygne qui compose son album funeste qu’il intitule « coexistence pacifique », c’est-à-dire qu'il s’ouvrit à l’Amérique impériale, l’ennemi farouche de l’idéologie communiste. Il avait fait de la coexistence pacifique sa doctrine en politique étrangère et qui devait trouver sa résonance et son identité dans le 20e Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) en février 1956, dans lequel il songea à mettre en scène son concept bancal et chancelant de « déstalinisation » qui allait durablement faire la Une des journaux et médias capitalistes.

Entre-temps, la clique des renégats révisionnistes se succèdent l’un après l’autre et s’engagent envers un même combat commun : celui de liquider l’internationalisme prolétarien, en renonçant à leurs engagements solennels pris devant le Soviet suprême. Jusqu’à Mikhail Gorbatchev, considéré comme le dernier agent liquidateur, qui venait enfoncer le clou dans le cercueil du prolétariat russo-soviétique. Dès son arrivée au secrétariat général du comité central du PCUS le 11 mars 1985, il entreprend ses réformes « de grenn gòch », ou ses réformes sans queue ni tête sous les vocables glasnost (transparence) et perestroïka (restructuration) dont il était le seul à savoir ce qu'ils pouvaient bien vouloir dire, ces termes qu’il a probablement empruntés dans les manuels occidentaux, et se donne le plaisir de les traduire en langue russe. Nous parlons pourtant d’un pays continental qui a conquis le prolétariat mondial, et qui a eu le rare privilège d’initier de manière scientifique la conquête de l’espace, le cosmonaute Youri Gagarine étant le premier être humain à effectuer un voyage réussi dans l’espace le 12 avril 1961. Gorbatchev était à notre avis un analphabète communiste achevé.

Sur ces entrefaites, s’ouvre l’interminable valse diplomatique entre le président Ronald Reagan, des États-Unis, et le président fantoche (poupe twal) Mikhail Gorbatchev, de l’Union soviétique qui renfermait à l’époque une population totale 288 millions d’habitants. Entre le président George H. W. Bush (George Bush père), des États-Unis, et le président satellite Mikhail Gorbatchev, de l’Union soviétique qui fut le plus grand État prolétarien que le 20e siècle ait produit. George Bush père a exercé du 20 janvier 1989 au 20 janvier 1993 ; il a échoué au scrutin du second mandat, mais ses quatre années lui suffisaient pour absorber le pantin de Gorbatchev. La valse diplomatique paraissait alors s’achever le 21 décembre 1991 avec la désintégration assourdissante de l’URSS, valse des profiteurs et des traîtres dans laquelle l’Église catholique romaine joua un rôle déterminant à travers son chef suprême temporel et spirituel le pape Jean-Paul II, désormais saint Jean-Paul II pour ses loyaux services rendus en faveur des classes capitalistes. L’Église étant d’origine bourgeoise, le monde ouvrier et le prolétariat ne s’étonnent pas de son attitude naturellement réactionnaire.

Il existe cependant une clause mutuelle dans les négociations laborieuses qui avaient pris une forme de longue agonie de l’État soviétique, sur laquelle la presse capitaliste a choisi de faire l’impasse et donc n’est pas connue du public. Ladite clause peut s’interpréter comme suit : La Russie soviétique s’engage à retirer ses troupes en RDA suite à la chute du mur de Berlin et à accepter également la réunification de l’Allemagne. Et en échange, les États-Unis s’engagent à ne pas élargir d’un pouce la juridiction de l’OTAN vers l’Est, d’après ce qui a été dit et entendu. Selon les minutes de la rencontre à Moscou le 9 février 1990 entre Mikhail Gorbatchev, président de l’Union soviétique, et James Baker, alors secrétaire d’État des États-Unis, on y lit ceci : « James Baker demande à Gorbatchev : Préférez-vous voir une Allemagne unifiée à l’extérieur de l’OTAN, indépendante et sans présence de forces armées américaines, ou préférez-vous une Allemagne liée à l’OTAN, avec l’assurance que la juridiction de l’OTAN ne bougera pas d’un pouce vers l’Est de sa présente position ? » Gorbatchev a répliqué que toute expansion de l’OTAN était inacceptable. Selon Gorbatchev, Baker aurait répondu : « Nous sommes d’accord avec cela » ( L’Aut’ Journal, édition du 5 février 2022. https://www.lautjournal.info ).

Voila la clause d’achoppement dont on feint de ne pas reconnaître l'existence : c’est-à-dire la Russie soviétique respecte ses engagements mot pour mot, les États-Unis, eux, ne respectent pas les leurs. Après avoir encerclé la Fédération de Russie par l’adhésion des pays de l’Est de l’Europe à l’OTAN dans les années nonante et au début du nouveau millénaire, l’Occident collectif veut aussi associer l’Ukraine à sa politique d’encerclement. Le 24 février 2022, la guerre éclate entre la Russie et l’Ukraine. Entre-temps les puissances occidentales arment l’Ukraine, mais les résultats tardent à venir, ou à se concrétiser. Pendant que la Russie consent à une guerre d’usure pour s’imposer sur le long terme. Au bout du compte, c’est bien le peuple ukrainien qui reçoit la note salée et qui fait les frais des inconséquences des Occidentaux qui sont pris entre deux feux : d’un côté, ils sont tiraillés par l’envoi des troupes au sol ukrainien et craignent qu’ils ne reçoivent des bombes russes dans leurs capitales ; de l’autre, ils obèrent durablement leur économie de l’intérieur. Ils sont donc pris dans leur propre piège et se retrouvent devant un dilemme quasiment insoluble. Telle est notre attitude.