Pourquoi pas un accord avec la République dominicaine pour combattre l’insécurité en Haïti ?

Haïti traverse une crise sécuritaire sans précédent.

Alceus Dilson alceusdominique@gmail.com
08 juil. 2025 — Lecture : 3 min.
Pourquoi pas un accord avec la République dominicaine pour combattre l’insécurité en Haïti ?

Ministres et autorités dominicains vérifiant l'avancement des travaux frontaliers

Haïti traverse une crise sécuritaire sans précédent. Des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l'État, les institutions sont fragilisées, et l’économie nationale est en agonie. Face à cette situation, une idée peut sembler choquante, voire provocatrice, mais mérite d’être examinée avec lucidité : pourquoi ne pas envisager un accord stratégique avec la République dominicaine pour combattre l’insécurité en Haïti ?

Haïti partage environ 20 points frontaliers officiels avec son voisin, la République dominicaine. Cette proximité géographique n’est pas un choix, mais une réalité historique et géopolitique. Dans le contexte international actuel, lorsqu’un État est incapable de contrôler efficacement sa frontière, il devient vulnérable sur tous les plans. Sur le plan économique, il se transforme en arrière-cour du pays dominant, qui profite de son instabilité pour inonder son marché de produits, affaiblissant ainsi ses capacités de production locale.

Avec l’insécurité croissante, nos forces productives sont réduites au silence, nos entreprises ferment, notre jeunesse fuit, et notre territoire devient un terrain d’opportunité pour ceux qui savent exploiter le vide de l’État. Il serait donc irresponsable de continuer à penser que nous pouvons nous en sortir seuls, sans alliances stratégiques, sans partenariats audacieux.

Les relations internationales ne sont pas guidées par les émotions

Il est temps de comprendre une vérité fondamentale : la diplomatie ne se mène pas avec la haine, mais avec des intérêts. Les relations internationales d’aujourd’hui sont dominées par la logique du réalisme : les États n’ont ni amis ni ennemis éternels, ils n’ont que des intérêts permanents.

Les exemples abondent :

Les Talibans, hier désignés comme terroristes par plusieurs puissances, ont vu leur gouvernement reconnu par la Russie.

En Syrie, le régime de Bachar al-Assad, longtemps isolé, renoue aujourd’hui avec plusieurs États arabes.

Les États-Unis négocient avec les Houtis au Yémen, pourtant considérés il y a peu comme une menace majeure pour la région.

Enfin, en Afrique, malgré le conflit meurtrier entre la RDC et le Rwanda via les milices du M23, un accord diplomatique a été trouvé sous la médiation des États-Unis pour préserver la stabilité régionale.

Ces cas démontrent une seule chose : dans les relations internationales, tout peut évoluer lorsque les intérêts convergent.

Vers une approche gagnant-gagnant avec la République dominicaine

Certes, les relations entre Haïti et la République dominicaine sont marquées par l’histoire, les tensions identitaires et les discriminations. Mais refuser le dialogue, c’est nourrir l’impasse. L’heure est à la pragmatie diplomatique. Haïti ne peut pas continuer à ignorer le rôle que pourrait jouer son voisin dans une stratégie régionale de stabilisation.

Un accord bilatéral, construit autour d’une logique gagnant-gagnant, pourrait permettre :

Une coopération sécuritaire renforcée le long de la frontière,

Une surveillance commune des flux migratoires et commerciaux,

Des mécanismes d’échanges économiques équitables,

Une collaboration contre le trafic d’armes, de drogue et d’êtres humains.

L’objectif n’est pas de céder notre souveraineté, mais de reconnaître que notre sécurité intérieure dépend aussi de notre capacité à dialoguer, négocier, coopérer.

Conclusion

Ce n’est pas la colère de la rue, ni l’émotion collective, qui doit guider notre politique étrangère. Ce sont les intérêts stratégiques de la nation. Haïti a besoin de paix pour renaître. Et pour atteindre cette paix, nous devons explorer toutes les pistes, même celles qui paraissent taboues.

Il est temps que nos élites dépassent les querelles idéologiques et émotionnelles. Il est temps de faire de la diplomatie une arme de reconstruction nationale.