Une restauration intelligente peut changer la personnalité de votre jardin

Abner Septembre
03 juil. 2025 — Lecture : 3 min.

Ne cherchez pas trop loin la restauration environnementale, ni ne pensez pas qu’il vous faut beaucoup d’argent pour restaurer votre terre. Pour changer en très peu de temps le visage de votre jardin, la clé réside surtout dans une bonne dose de volonté, des choix appropriés et l’entretien. C’est tout au moins ce que 3 actions pilotes conduites par le Centre Banyen Jardin Labo, à Vallue, ont démontré. Par exemple, 80 % de l’espace qui héberge ledit Centre était déboisé et le reste constitué d’un bosquet protégé par un arbre ambassadeur : un grand mapou (Ceiba pentendra). Le Centre a décidé de rebâtir par parcelle les espaces clairsemés pour implanter des jardins garde-manger et restaurer la terre. Les arbres qui y sont plantés ont fait l’objet de sélection minutieuse, en termes de variétés de qualité, tout en mélangeant des plantules sexuées assez avancées et des plantules greffées.  

Après 3 à 5 ans, non seulement l’espace est totalement reboisé, au point qu’il est devenu difficile de trouver un endroit libre pour ajouter un nouvel arbre, mais aussi des fruits peuvent être récoltés sur des arbres à taille humaine. C’est le cas pour les grenadiers, les manguiers, les citrus, les papayers, les fruits à pain, les avocatiers, les cerisiers, les caramboliers, les cacaoyers, les figuiers, les caféiers, etc. A côté de ces fruitiers, il y a des lianes (mirliton, grenadine, fruit de la passion, calebasse sure) et d’autres cultures comme la banane, le chou, la canne, des plantes médicinales, aromatiques et ornementales.

Le terrain prend de la valeur. Il devient très attirant et sympathique. Il étonne par la diversité végétale qui s’y trouve, intégrant de nouveaux arbres, des variétés qui n’existent à Vallue qu’en ce lieu. Il y en a qui viennent de partout en Haïti, comme le « cholorade » qu’on a fait pousser à partir d’une bouture qui a été prise du côté de Lièvre, le jaune d’œuf qui est venu de la même zone, le djaka qui arriva de la Grand-Anse et de Petit-Goâve, le cerisier qui est venu du Costa Rica, le carambolier de Camp Perrin, les manguiers et les fruits à pain venus de la Croix-des-Bouquets, le caféier robusta qui arriva du jardin sacré du Benin, le bambou et la pomme de Malaisie qui sont arrivés de Camp Perrin, l’indigo et lychee des Cayes, la pomme de Cythère de Port-au-Prince, etc. Cela agrémente le paysage et la vue qui s’ouvre sur Grand-Goâve et l’Ile de la Gonâve. 

Plusieurs variétés maraichères y ont été aussi cultivées : tomate, poivron, poireau, betterave, aubergine, carotte, épinard, apios (céleri en voie de disparition), et autres. De nouveaux cultivars ont été expérimentés, comme : le chou de Bruxelles, la fraise, le brocoli, le chou-fleur, le cornichon, la concombre, le navet, le radis, l’ail. On a essayé les tubercules comme le taro (mazombel, manga koun) et l’igname (guinée et jaune) qui sont à haute valeur marchande. Le terrain s’est montré très réceptif à ces différentes cultures, en donnant des produits de grande qualité totalement naturels, et surtout volumineux. Mais, le maraicher vedette reste le chou-feuille ou chou-pays qui pousse jusqu’à 3 mètres de haut et qui donne de grandes feuilles. La curiosité du paysan et son étonnement le poussent à surclasser la technologie hors de sa portée et à penser que de tels résultats ne sont possibles que grâce à des moyens surnaturels : l’usage du zombi. 

Tout cela est l’œuvre du temps, de la foi dans la nature, de la persévérance et de la patience. A cela s’ajoute une dose de passion et d’ingéniosité. Le jardin garde-manger est somme toute un pari sur structure neuve, à rentabilité exponentielle tant pour le jardinier que pour la nature, l’environnement, le sol et la biodiversité. Après 5 ans d’expérimentation, le Centre Banyen Jardin Labo passe à partir de cette année au jardin garde-manger 2.0, encore appelé jardin garde-manger intégré.