Alors que la saison cyclonique s’installe sur Haïti, le pays affronte une double urgence : des tempêtes de plus en plus violentes et une crise environnementale aggravée par des décennies de négligence. Avec 98 % de son territoire déboisé, des sols érodés et des infrastructures fragiles, Haïti est un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques. Pourtant, un outil crucial pour renforcer sa résilience reste inutilisé : l’Accord d’Escazú, signé en 2018 mais jamais ratifié. Dans un contexte où chaque cyclone peut se transformer en désastre humanitaire, cette inertie est irresponsable.
L’Accord d’Escazú n’est pas un simple traité—c’est un cadre légal pour anticiper et gérer les catastrophes. Ses quatre piliers (transparence, participation citoyenne, accès à la justice et protection des défenseurs de l’environnement) sont des armes contre l’improvisation qui aggrave les crises.
Par exemple, en 2016, l’ouragan Matthew a dévasté le sud d’Haïti, mais les communautés avaient peu accès aux informations sur les risques ou les plans d’urgence. Aujourd’hui, des projets miniers et énergétiques—comme la centrale de Caracol—se multiplient sans consultations locales, augmentant la vulnérabilité aux inondations et glissements de terrain. L’Accord d’Escazú imposerait des audits environnementaux publics et des consultations obligatoires, réduisant ainsi les risques de catastrophes évitables.
Les paysan(ne)s et défenseur(e)s haïtien(ne)s de l’environnement alertent depuis des années sur la déforestation et les projets destructeurs. Leur travail est vital pour préserver les bassins versants et les zones côtières qui amortissent l’impact des cyclones. Pourtant, ils opèrent sous la menace. L’article 9 de l’Accord d’Escazú obligerait l’État à les protéger—une mesure urgente alors que les tempêtes s’intensifient.
Après chaque ouragan, les régions rurales—déjà privées de voix dans les décisions -subissent des pénuries alimentaires causées par l’érosion des sols et la destruction des récoltes. L’Accord d’Escazú exigerait que les politiques agricoles et climatiques soient discutées avec les paysans en créole (article 7), évitant des mesures inefficaces imposées depuis Port-au-Prince.
La ratification ouvrirait l’accès à des fonds internationaux pour la gestion des risques climatiques, comme le Fonds Vert pour l’Amérique latine. Elle renforcerait aussi la position d’Haïti dans les négociations régionales sur l’aide post-catastrophe -un levier crucial alors que les cyclones s’annoncent plus fréquents.
Le gouvernement actuel doit transmettre le dossier de ratification avant la fin de la saison cyclonique (novembre 2024) et intégrer l’Accord dans le plan national de gestion des catastrophes.
Haïti n’a plus le luxe du temps. Ratifier l’Accord d’Escazú, c’est se donner les moyens de survivre aux prochains cyclones -et aux suivants.
À propos de l’Auteur :
Consultant en politiques publiques et internationales, Droits humains, Justice sociale et réparatrice. Alumni du programme de Bourse des Nations Unies pour les Personnes d’ascendance africaine (2024).
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