Un drapeau en lambeaux

Ces dernières décennies de mauvaise gouvernance et de corruption abjecte ont comme éteint tout espoir de bâtir une nation indépendante, libre et prospère.

Bernard Miot
20 mai 2025 — Lecture : 7 min.
Un drapeau en lambeaux

Drapeau en lambeaux

Ces dernières décennies de mauvaise gouvernance et de corruption abjecte ont comme éteint tout espoir de bâtir une nation indépendante, libre et prospère.
Pour le moment, c’est le déferlement aveugle et criminel des satrapes qui ont malheureusement surgi par la négligence et les turpitudes d’une succession de gouvernements bandits, rapaces et criminels. Maintenant, c’est la loi de la jungle et le crépitement des armes qui prévalent. C’est donc se leurrer de penser que des marches de citoyens désarmés puissent changer la donne. La bataille par des haïtiens désarmés contre ces forces démoniaques est vouée à l’échec . Haïti roulent sur 4 pneus que nous avons pris le malin plaisir de creuver. Nous sommes un pays failli sans gouvernance réelle, sans institutions, sans infrastructures routières, énergétiques, éducatives et sanitaires. Un pays sans surveillance des frontières maritimes et terrestres, sans économie pour assurer la survie de ses citoyens avec par surcroît la seule capitale au monde sans curage des excréments, sans ramassage régulier des vidanges et où le lumpen prolétariat vit dans des conditions immondes. Ce n’est certainement pas à cause de la richesse de certains mais, à cause de notre déficit de developpement. Celui-ci n’a pas eu l’impulsion qu’il fallait en raison de l’incurie et l’inaptitude de nos dirigeants . On voit bien que la Republique Dominicaine, un pays qui partage la même île, possède 20 fois plus de millionaires qu’Haiti et est pourtant stable car, là-bas presque tout le monde a un logis adéquat, les gens travaillent, la jeunesse va à l’école, la population a accès aux soins de santé, le gouvernement facilitent les entreprises commerciales génératrices et créatrices d’emplois sans oublier la paix des rues.
Avoir des haitiens intelligents et informés qui opinent et dirigent serait certainement bénéfique pour la nation.
Cependant, avoir des ineptes qui opinent et qui, par surcoût, dirigent est dévastateur.
Nous avons une armée de pseudo intellectuels qui parlent , mal informent et parfois mentent malhonnêtement. Quand ces ineptes arrivent aux timons des affaires, ils s’empressent de s’enrichir et facilitent la malversation commise par certains commerçants et entrepreneurs de la place.
Et, voilà que pour comble de malheur , nous avons repris goût à la pyromanie. Par périodes régulières, nous mettons le feu à la baraque affaiblissant notre économie car, les pertes subies sur le territoire haïtien sont des pertes qui affectent tous les haïtiens seraient-ce même des biens privés.
J’aime à raconter que le président Salomon durant sa tenure a commandité l’incendie du secteur commercial au bas de la ville de Port-au-Prince en 2 occasions 1881 et 1883 simplement pour se venger et punir les partisans de ses opposants ce après la prise d’armes de Boyer Bazelais et Edmond Paul. Presque toutes les maisons de commerce des haïtiens et des étrangers furent brûlées. Sous la menace des gouvernements étrangers, Salomon s’empressa d’élaborer la « Loi Salomon » qui prévoyait le paiement d’une indemnité à tous les étrangers pendant que les commerçants haïtiens n’étaient pas compensés et s’appauvrissaient.
L’histoire nous rappelle aussi que nous avons fait sauter 2 de nos palais nationaux.
Et , comme si nous n’en avions cure , la gens lavalassienne incendia une centaine de maisons à travers la République le 17 décembre 2001 pour sévir contre les partis politiques d’opposition et leurs dirigeants.. De plus, au départ d’Aristide en 2004, la furie s’abattait une fois de plus sur le bas de la ville où les maisons de commerce ainsi que leurs véhicules furent brûlés pour une valeur estimée à $ 500 millions . Et, nous nous demandons bêtement pourquoi le pays est si pauvre.
Feue ma mère décédée à 101 ans en 2014 m’a souvent raconté que la maison de son grand-père à Jérémie avait été brûlée en 3 fois par les politiques fin 19eme, début 20eme siècles à chaque fois qu’il s’opposait à leur incurie. Suite à chaque incendie, il dut s’exiler avec sa famille à la Jamaïque pour ensuite retourner au bercail à la faveur d’un changement de gouvernement. Ma chère maman ne savait pas qu’elle allait subir le même sort quand la horde lavalassienne a déferlée sur sa maison , la seule que Papa lui ait laissée en héritage après 50 ans de dur labeur au service de cette nation. En effet, la maison louée pour domicile avait été illégalement convertie en un lieu politique “Convergence Démocratique “ malgré sa protestation. L’éviction demeura quasiment impossible malgré le succès à la court d’appel jusqu’au jour du drame.
Venons en maintenant au vif du sujet.
Depuis quelques années, des bandes armées sement la terreur à Port-au-Prince procédant à des kidnappings, vols , viols , assasinats, extorsions de toutes sortes.
Les maisons de commerce ont commencé à être rançonnées vers la fin des années 1990s à la manière de la mafia New-yorkaise d’antan démantelée depuis de nombreuses années. Ce phénomène des rançons a progressé en nombre d’une manière exponentielle ne laissant que deux options aux commerçants et entrepreneurs ; celle de fermer les portes et de perdre soudainement leur source de revenus ou d’obtempérer sous peine d’être attaqué violemment en pillant le tout et en brûlant l’édifice. Beaucoup d’entre eux auront choisi, contre leur gré, de payer ces malfrats comme le faisaient dans le temps les entrepreneurs New-yorkais juste question de survie dans un pays où l’état et la police , pour des raisons diverses, ont failli à leur responsabilité régalienne , celle de protéger les citoyens et les étrangers vivant sur le territoire national. Peut-on les blâmer sévèrement malgré les conséquences fâcheuses que l’on connaît quand ils ont été abandonnés par l’état.
Les camions de transport et les autobus sont régulièrement sommés de s’arrêter à des postes de payage et parfois sont simplement volés, y compris leur cargaison. Depuis plus d’un an , le “Vivansanm” sorte de consortium de terroristes (issus des gangs épars) visant désormais un but politique est passé à une vitesse supérieure. Ils se sont d’abord attaqués aux quartiers moyens brûlant les maisons et causant le déplacement graduel de plus d’un million d’habitants à Port-au-Prince. Ils ont ensuite attaqués l’administration publique causant le déménagement de la Présidence , des Ministères et des tribunaux . Ils ont pris le contrôle du Port et empêchent encore le fonctionnement de l’aéroport. Pour sortir de Port-au-Prince, les voyageurs sont obligés de payer à prix fort un siège dans un hélicoptère qui les transportent au Cap Haïtien avant de prendre l’avion vers d’autres destinations. Ils ont pu détruire de nombreux postes de police et des prisons. La plupart des écoles et des universités ont du fermer leur portes . Les usines, factories, magasins, concessionnaires de véhicules , églises , hôpitaux ont été systématiquement pillés, vandalisés et brûlés. Puis, continuant leur marche criminelle grâce à la faiblesse de nos forces de police, ils ont investis les quartiers plus huppés de la capitale et se sont portés jusque dans les hauteurs de Furcy tuant tout âme qui vive et semant la destruction pillant et brûlant les domiciles et les hôtels. Pendant que nos écrivons ces lignes, Petion-Ville et Laboule sont pratiquement assiégées et sont approvisionnées par la bonne grâce des bandes armées de “Vivansanm” qui permettent encore la livraison d’essence, de comestibles et autres nécessités (moyennant paiement immédiat du rançonnement) avant d’entreprendre l’assaut final dès qu’ils le jugeront possible.
Est-ce une situation acceptable? Certes que non.
À défaut d’un organisme de l’état haïtien préposé à faire une évaluation exhaustive et chiffrée des pertes incluant:
1-biens immobiliers publiques.commerciaux et privés
2-inventaires des magasins
3-flottes de véhicules des concessionnaires
4-du chômage créé par la fermeture du secteur commercial en général
5-la fuite des cerveaux: professionnels, entrepreneurs et techniciens de toutes sortes
6-le manque à gagner que représente le temps immense que cela prendra à remettre sur pied et reconstruire les écoles, les universités , les hôpitaux , les ateliers, les maisons de commerces, les institutions, les services ect……du moment où on commencerait cette reconstruction après avoir hypothétiquement vaincu les bandes armees et rétabli la sécurité . Je dis hypothétiquement car, cela supposerait l’utilisation de forces armées étrangères qui seules pourraient être à même de vaincre “Vivansanm”.
À mon humble avis, l’évaluation des pertes , de la fuite des cerveaux et du manque à gagner dépasserait en chiffre les $20 billions que nous nous acharnons à récupérer de la France en compensation de la double dette.
Et, voici que des haïtiens se sont arrangés pour être les acteurs de la destruction de leur terre natale. Nul ne saurait nier l’existence d’une injustice sociale créée surtout par l’incurie de nos gouvernants successifs qui, au lieu d’être gardiens du troupeau, s’en sont constitués les loups car, ils ont présidé à la paupérisation d’Haiti rendant toute forme de progrès et de mouvance sociale impossible. Les chiffres ne mentent pas. Quand bien même les $ 8 billions de notre PIB seraient distribués équitablement , ce qui n’existe dans aucun pays de la terre, chaque haïtien ne percevrait que $800 l’an . Alors, le problème d’Haïti est celui d’un manque de développement économique que seul les gouvernements peuvent imposer . Pour ce faire, il nous faudrait trouver et élire des hommes honnêtes et compétents capables d’exécuter graduellement un plan de développement réaliste sans démagogie.
Cependant, avec tant de haine dans l’air, avec tant de divisions et luttes intestines, avec la présence de tant de corrompus et corrupteurs s’ajoutant à l’ignorance d’un grand pourcentage de la population, aurons-nous jamais ,sans une tutelle ,le bonheur de faire le choix patriotique de travailler à l’essor économique d’Haiti sans magouilles et en respectant avec rigueur la Constitution et les Lois existantes de notre pays.
Personnellement, j’en doute mais, je le souhaite ardemment.

Bernard Miot

18 Mai 2025