Marta vit aux États-Unis depuis cinq ans. Elle était venue rendre visite à son petit ami. À l’expiration de son visa, elle est restée. Elle s’est mariée, persuadée d’avoir trouvé un avenir ici. Mais ce qu’elle croyait être un refuge s’est lentement transformé en piège. Son mari s’est montré violent. Pas seulement dans les gestes, mais dans les regards, les mots, le contrôle. Elle a essayé de fuir cette relation. Elle l’a quitté une première fois. C’était il y a presque un an. Mais la liberté, pour elle, n’était qu’un souffle. Sa carte de résidence arrivait à expiration, et l’homme qu’elle fuyait était aussi celui qui détenait la clé de son avenir légal dans ce pays. « Il a accepté de m’aider, à une condition : que je revienne vivre avec lui » dit Marta tristement. Elle sait ce que cela signifie, ce que cela peut lui coûter, mais elle a quand même dit oui faute d’alternative.
Joanne, elle, est arrivée aux États-Unis il y a trois ans. Peu de temps après son arrivée, elle a vu les règles du jeu changer brutalement. Les discours politiques ont commencé à désigner les étrangers comme une menace. Les contrôles sont devenus plus fréquents, les risques plus grands. Elle a eu peur. Alors elle a fait comme beaucoup d’autres. Elle a payé pour un mariage. Trente mille dollars. Un accord froid, prévu pour lui garantir des papiers. Mais cet arrangement a rapidement dérapé. Son partenaire, initialement engagé pour l’apparence, a commencé à exiger plus. Il fait pression de temps en temps. Il a utilisé les mêmes mots que d’autres : "Ce sera mieux pour toi si on joue bien notre rôle." Il parle de photos, de gestes intimes, de preuves de relation sexuelle pour convaincre les agents de l’immigration. « Je sais que c’est faux. Je sais qu’aucune loi n’impose cela, mais je sais aussi que s’il décide de me dénoncer, de parler, de briser l’accord, tout s’effondrerait », lâche Joanne, impuissante en haussant les épaules. Joanne s’efforce de ne pas céder, mais l’équilibre devient chaque jour plus fragile.
Ce genre de réalité n’est ni rare, ni marginal. Les femmes immigrantes, en particulier celles sans statut légal ou avec un statut précaire, vivent avec une peur constante. Elles savent qu’en parlant, elles risquent d’être vues comme des fraudeuses plutôt que comme des victimes.
Selon un rapport de la National Women Organization publié en 2017, près de 49,8 % des femmes immigrantes ont déjà subi une forme de maltraitance – un taux presque trois fois supérieur à la moyenne nationale. Parmi elles, 65 % affirment que cette violence était directement liée à leur statut migratoire. Dans les cas où le partenaire avait le pouvoir légal de déposer une demande de régularisation, 72,3 % ne l’ont jamais fait. Et lorsqu’ils l’ont fait, il s’est écoulé en moyenne presque quatre ans avant que les documents soient déposés. Quatre années à vivre dans l’incertitude, la dépendance, la peur.
L’isolement social et la précarité économique aggravent encore les choses. De nombreuses recherches, comme celle menée par Vijayakumar, Njie-Carr entre 2020 et 2021, montrent que les femmes immigrantes ou réfugiées vivent dans une fragilité constante. Loin de leurs réseaux familiaux, confrontées à des barrières linguistiques, sans accès clair aux services juridiques ou sociaux, elles sont souvent dépendantes de leur partenaire pour survivre. Et cette dépendance devient le terreau de toutes les violences.
Certains agresseurs, conscients de leur pouvoir, manipulent les femmes avec des menaces ciblées : détruire les documents légaux, dénoncer aux services de l’immigration, contacter l’employeur pour les faire renvoyer, ou encore retarder volontairement les démarches administratives. Des témoignages issus de communautés latino-américaines rapportent que même les femmes en situation régulière sont vulnérables, tant la peur de tout perdre, y compris leurs enfants, les pousse à se taire.
D’après la Commission des femmes réfugiées la « Loi sur la violence contre les femmes par des étrangers en situation irrégulière » votée en janvier 2025, rendrait plus difficile pour les victimes immigrantes de violences conjugales de quitter en toute sécurité des situations de violence. Elle exposerait même certaines victimes. Elle donne aussi le pouvoir à un agresseur de dénoncer sa victime, même sans preuve, et d’initier une procédure d’expulsion.
Certaines femmes choisissent de ne pas signaler. D'autres ne savent pas comment. Les recours sont perçus comme risqués. Se rendre dans un refuge, aller à l’hôpital, parler à un avocat ou à un service social sont perçus comme étant dangereux, susceptibles de déclencher une procédure d’immigration. L’angoisse de. La peur de perdre la garde de leurs enfants ou d’être expulsées les poussent souvent à garder le silence.