Quand le silence du pouvoir fait place à la voix de Samuel

Haïti n’a plus le luxe de l’attente.

Bélizaire Raphaël
17 avr. 2025 — Lecture : 4 min.

Haïti n’a plus le luxe de l’attente. Le pays s’enfonce dans une crise chronique où l’État semble ne plus exister, où la peur dicte la loi, et où le désespoir remplace chaque jour un peu plus l’espoir. Le chaos ne frappe plus à la porte : il s’est installé. La classe politique, usée, recyclée à l’infini, discréditée, ne propose rien de nouveau, rien de solide. Une population abandonnée, livrée à elle-même, tente de survivre au jour le jour dans un climat d’insécurité permanent. Cette situation tragique appelle à une évidence : le pays a besoin d’un leader. Pas d’un politicien de plus, mais d’un homme ou d’une femme capable de rompre avec les codes pour rétablir le lien de confiance entre le peuple et le pouvoir. Un leader au sens noble, porteur de courage, de vision et d’intégrité.

Le peuple haïtien en quête de repères

Dans cet enfer social, les Haïtiens ne croient plus aux promesses. Leurs attentes sont minimes, presque résignées. Ils n’exigent pas comme les autres peuples, ils ne réclament plus que le strict minimum : vivre. Or même cela, l’État ne le garantit plus. La société haïtienne s’est peu à peu vidée de sa capacité d’indignation. Le citoyen, conditionné par des décennies de trahison, de manipulation et d’échec politique, semble avoir désappris le réflexe fondamental de tout peuple libre : demander des comptes. Dans d’autres pays, une crise de cette ampleur aurait fait chuter plusieurs gouvernements. En Haïti, elle devient le décor quotidien d’un peuple trop habitué à souffrir en silence. Cette inertie populaire, nourrie par la peur et l’épuisement, permet à des élites incompétentes de se maintenir, sans légitimité, sans projet, sans résultats.

La récente formation d’un gouvernement dit « pluriel », censé incarner une solution de transition, n’a fait qu’aggraver la désillusion. Une coalition improbable de représentants de partis politiques traditionnels et de membres de la société civile qui, au lieu d’inspirer la confiance, symbolise davantage un arrangement entre initiés qu’un véritable sursaut démocratique. Il n’y a, dans cette nouvelle configuration, ni énergie nouvelle, ni vision commune, ni volonté de rupture avec le passé. Juste un équilibre fragile de pouvoirs usés, que la population observe avec lassitude, parfois même avec indifférence.

Samuel Joasil, l'écho inattendu d'une voix populaire

Et pourtant, dans ce paysage désolé, dans ce désert de méfiance, une figure inattendu, une voix a émergé. Celle de Samuel Joasil, policier de l'USGPN - Unité de sécurité du Palais national -, chef de brigade à Canapé-Vert. Sans titre politique, ni tribune médiatique, il a lancé deux appels à la mobilisation citoyenne contre l’insécurité et la paralysie du gouvernement. Deux appels, deux journées où le peuple a repris massivement la rue, non pas par habitude, mais par conviction. Dans un pays où même les appels au secours ne trouvent plus d’écho, c’est un signal fort. Ce policier, sans appareil politique ni ressources, a su rassembler autour de lui une foule de citoyens lassés de subir. Il n’a pas promis, il a agi. Il n’a pas récité un discours, il a exprimé une colère authentique, une volonté de changement, un ras-le-bol collectif face à un régime incapable de garantir la sécurité la plus élémentaire.

La question se pose désormais avec acuité : Samuel mesure-t-il la portée de ce qu’il incarne? Réalise-t-il qu’il est devenu, malgré lui, un repère pour ceux qui n’en ont plus? Ce pays a désespérément besoin d’un porte-voix crédible, d’un défenseur sincère, capable de canaliser la révolte vers un véritable projet de refondation. Samuel pourrait être cette figure. Mais encore faut-il qu’il comprenne la profondeur du vide qu’il pourrait combler, la responsabilité historique qu’il pourrait assumer.

Les dirigeants actuels sont comme enfermés dans une logique de confinement. Non pas sanitaire, mais mental. Incapables de penser autrement, de parler vrai, de voir au-delà de leurs propres privilèges. Pendant qu’ils manœuvrent, les gangs avancent et étendent leur empire ville par ville et quartier par quartier. De Kenskoff à Mirbalais en passant pas Saut-d'Eau. Pendant qu’ils s’agitent en coulisses, la rue gronde, les écoles se ferment, les hôpitaux agonisent et des magasins sont pillés. Ils sont devenus les gestionnaires d’une faillite morale et structurelle, les témoins passifs d’un effondrement qu’ils ne savent ni freiner ni endiguer. Ils gouvernent dans le vide, comme des ombres devant un peuple qui n’a plus de repères.

Et si c'était l'heure ?

La crise actuelle n'est pas seulement politique. Elle est existentielle. Elle appelle à un réveil profond, un changement de culture politique, une réhabilitation de la dignité citoyenne. Face à ce naufrage, l’émergence d’un leadership neuf, né du terrain, ancré dans la réalité, porté par la volonté de servir et non de se servir, est peut-être la seule lumière à l’horizon. L’heure n’est plus aux débats d’égo, ni aux alliances d’opportunité. Il faut un cap, une parole forte, une main ferme, une vision. Et si Samuel n’est pas ce leader, qu’il en inspire d’autres. Mais l’urgence est là. Haïti étouffe. Et sans voix nouvelle pour la défendre, elle pourrait bientôt se taire. Et si c'était le moment ?

<belizaire30@yahoo.fr >