Haïti face au climat : une agriculture oubliée dans le débat national

Quand on évoque les maux d’Haïti aujourd’hui, l’insécurité vient aussitôt à l’esprit.

Haïti face au climat : une agriculture oubliée dans le débat national

Paysan au travail

Quand on évoque les maux d’Haïti aujourd’hui, l’insécurité vient aussitôt à l’esprit. Gangs armés, enlèvements, paralysie de la capitale : les titres de presse, les conversations à la radio, les interventions politiques tournent en boucle autour de ce fléau devenu chronique.

Mais dans cette focalisation, un autre péril – tout aussi grave, peut-être plus insidieux – est laissé de côté : la vulnérabilité extrême de notre agriculture face au changement climatique.

Une réalité silencieuse, mais tout aussi menaçante

Sur l’ensemble du territoire, des milliers de petits exploitants agricoles tentent de maintenir en vie un système à bout de souffle. À Saint-Michel-de-l’Attalaye, commune que nous avons étudiée dans une récente recherche scientifique, les agriculteurs sont confrontés à des pluies de plus en plus imprévisibles, des sécheresses prolongées, un accès limité à l’eau, à la terre et aux services techniques. Pourtant, ces agriculteurs innovent. Nous avons pu accompagner plusieurs centaines d’exploitants agricoles à travers une démarche de co-conception de stratégies d’adaptation climatique. Le constat est clair : ils ne manquent ni de volonté, ni de créativité, mais de soutien structurel.

Diversification, autonomie, résilience

Face aux chocs climatiques, les producteurs cherchent à diversifier leurs systèmes, introduire de nouvelles cultures, réorganiser l’élevage, améliorer la gestion des résidus, valoriser les sous-produits de la canne à sucre. Certains plantent davantage de bananiers, d’autres misent sur la culture du pois Congo ou le retour de la patate douce. Ces choix ne sont pas anecdotiques : ils visent à assurer la survie alimentaire des ménages tout en augmentant les revenus dans un contexte d’inflation record. Mais la capacité à mettre en œuvre ces changements est inégale. Les producteurs les plus pauvres, souvent sans sécurité foncière, peinent à élargir leurs surfaces ou à investir dans l’élevage. Le risque est là : que les plus vulnérables restent exclus des solutions d’adaptation.

Et pourtant, l’agriculture est la clé

L’insécurité qui gangrène nos villes est dramatique. Mais l’insécurité alimentaire qui menace nos campagnes est tout aussi dangereuse. Sans une transformation structurelle de notre agriculture, les zones rurales continueront de s’appauvrir, alimentant l’exode vers les centres urbains déjà sous pression. En accompagnant les producteurs dans la conception de solutions adaptées à leur réalité – au lieu d’imposer des modèles venus d’ailleurs – nous pouvons bâtir une résilience locale durable. Cela suppose d’écouter les agriculteurs, de renforcer leurs capacités, et de mettre la recherche au service du terrain.

Conclusion : une priorité nationale

Haïti ne pourra pas se relever sans une agriculture forte, adaptée et soutenue. Le défi climatique n’est pas pour demain : il est déjà là. Et dans cette course contre la montre, les paysans haïtiens sont déjà en mouvement. Il est temps que l’État, les bailleurs, et la société civile les rejoignent.