Port-au-Prince : des lycées ferment, des élèves en détresse à l’approche des examens

Alors que les échéances des examens de fin d’année approchent à grands pas, la majorité des lycées de la capitale haïtienne restent fermés en raison de l’insécurité grandissante.

Par Gilberto P. JOACHIM
09 avr. 2025 — Lecture : 3 min.
Port-au-Prince : des lycées ferment, des élèves en détresse à l’approche des examens

Des élèves en salle de classe

Alors que les échéances des examens de fin d’année approchent à grands pas, la majorité des lycées de la capitale haïtienne restent fermés en raison de l’insécurité grandissante. Plusieurs établissements scolaires publics ont été contraints de suspendre leurs activités académiques à cause des menaces des groupes armés, plongeant ainsi des milliers d’élèves dans l’incertitude. Les données de l’UNICEF pour le mois de janvier 2025, 47 écoles ont été détruites. Et pour l’instance peut être vue à la hausse en tenant compte des écoles au niveau de carrefour feuille qui est devenu un nouveau territoire occupée par les criminels armés.

Certes certaines sont détruites, mais, dans certains cas les bâtiments demeurent mais, elles sont logées. C’est le cas du Lycée Toussaint Louverture, du Lycée Alexandre Pétion, de Daniel Fignolé et du Lycée de La Saline, dont les bâtiments ont été désertés. Ces institutions ont été forcées de se replier vers d'autres sites afin de fuir l’insécurité qui sévit dans leur environnement immédiat, conséquence directe de la montée en puissance des groupes armés dans plusieurs zones de Port-au-Prince. Cette situation a contraint ces établissements à fonctionner au ralenti.

En réalité, ce ne sont pas seulement les lycées situés dans des zones sous contrôle de gangs qui sont affectés. Certains établissements, bien que localisés dans des secteurs encore relativement sûrs, ont été transformés en abris provisoires pour les déplacés internes fuyant les violences. C’est le cas du Lycée Anténor Firmin, situé à Charles Sumner, et du Lycée Marie Jeanne à Bois Verna, entre autres. Ces écoles ont accueilli des déplacés venus notamment des rues du Centre, de la Réunion ou de Bas Peu-de-Chose, etc depuis le début de l’année 2024.

Le plus récent en date à avoir été transformé en centre d’hébergement est le Lycée Oracius Laventure, à Delmas 75, qui abritait des familles ayant fui les affrontements armés à Bas-Delmas et à Solino. Depuis les récentes attaques des groupes criminels à Delmas 30, de nombreux déplacés, qui s’étaient temporairement installés dans le camp « Kay Akra », ont à nouveau dû fuir pour trouver refuge au sein de ce lycée. Ce changement de vocation des infrastructures scolaires compromet gravement la poursuite des activités académiques.

Cette tendance à transformer les bâtiments publics, notamment les écoles, en refuges pour déplacés est devenue monnaie courante, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince depuis la remontée du climat de l’insécurité.

Selon les dernières données de l’UNICEFpour 2024, environ 900 écoles sur les 20 000 que compte le pays ont suspendu leurs activités à cause de l’insécurité. Ce chiffre est en nette augmentation par rapport aux années précédentes, notamment en 2023 et 2024. Avec l’envahissement de Carrefour-Feuilles et l’installation de groupes armés sur l’Avenue Christophe, la situation risque encore de s’aggraver. Cette zone abritait auparavant de nombreuses institutions scolaires qui tentaient, tant bien que mal, de fonctionner.

Par ailleurs, au-delà de l’insécurité, le système éducatif haïtien est confronté à une autre crise majeure. il s'agit ’en réalité de celle des enseignants non nommés. Cette réalité de manque cruelle de professeurs influe sur les rares lycées qui ne sont pas encore occupés par des déplacés internes Les élèves n’ont pas accès à un enseignement régulier. Le Lycée Benoît Batraville en est un exemple frappant. Bien qu’il ne soit pas transformé en abri, il est confronté à un grave déficit de personnel enseignant. Il en va de même pour le Lycée National de Pétion-Ville, où de nombreux cours ne sont pas dispensés faute de professeurs nommés.

Malgré outre ce contexte particulièrement difficile, les échéances des examens officiels approchent inexorablement. Avec une année scolaire fortement perturbée, marquée par la détresse, la démotivation, le stress, et un nombre insuffisant de jours de classe, il est clair que le programme annuel n’a pu être couvert dans sa totalité, sauf dans de rares cas. En attendant, l’incertitude plane toujours sur le bon déroulement des examens officiels et sur l’avenir de milliers de jeunes, pris en étau entre leur volonté d’apprendre et une situation sécuritaire de plus en plus dégradée.