États-Unis : le dilemme des immigrants haïtiens

Depuis son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, le président Donald Trump a lancé une série de mesures visant à honorer ses promesses de campagne.

Edine Célestin
08 avr. 2025 — Lecture : 3 min.

Depuis son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, le président Donald Trump a lancé une série de mesures visant à honorer ses promesses de campagne. Parmi elles, une vaste opération de déportation, annoncée comme la plus grande de l'histoire du pays. Si ces décisions touchent toute la population immigrée, les Haïtiens en paient un prix particulièrement lourd.

La peur est devenue un élément du quotidien de milliers d'hommes et de femmes. À cette insécurité psychologique sajoutent des pertes économiques graves. Beaucoup ont perdu leur emploi, incapables de renouveler leur permis de travail ou paralysés par la peur dêtre arrêtés.

Cest notamment le cas des bénéficiaires du programme humanitaire "parole", lancé en 2023 par le président Joe Biden. Arrivés légalement, ils se retrouvent aujourdhui dans une zone grise. Leur statut humanitaire, d'une durée de deux ans, touche à sa fin. Nombre dentre eux ont déposé une demande de Statut de Protection Temporaire (TPS), espérant obtenir une régularisation.

Mais une nouvelle décision présidentielle est venue tout suspendre. Donald Trump a ordonné la mise en pause du traitement des dossiers des migrants entrés dans le cadre du programme Biden. Objectif affiché : vérifier s'il y a eu des cas de fraude. Conséquence directe : sans traitement, pas de permis de travail. Et donc, pas de revenus. Ils seront tout bonnement dans l'incapacité de subvenir à leur besoin, faire face à leurs obligations ou encore soutenir les membres de leurs familles qui sont en Haïti.

Marie, installée à Boston, travaillait pour Amazon. Son permis de travail allait expirer. Elle a fourni à son employeur la preuve qu'elle avait entamé une nouvelle demande sous le statut TPS. Mais sans réponse du service dimmigration, elle a fini par perdre son poste.

Le 24 mars 2025, un nouveau coup est tombé. Le président a signé l'annulation pure et simple du statut humanitaire de tous les Haïtiens entrés dans le pays via le programme Biden. Ils ont jusquau 25 avril pour quitter le territoire américain. Après cette date, ils seront considérés comme en situation irrégulière. Et même ceux qui étaient censés rester jusqu'en 2026, verront leur permis de travail automatiquement révoqué.

Jonas, par exemple, vit avec sa cousine en Caroline du Nord. Il avait un permis valide jusquen 2026. Mais à partir du 25 avril, ce document ne vaudra plus rien. Il attend toujours son nouveau permis lié au TPS, sans réponse. En attendant, il ne sait plus quoi faire : continuer à travailler en espérant ne pas se faire remarquer ? Ou tout arrêter et risquer de se retrouver à la rue ? Jonas est dans le flou, comme des milliers dautres.

Il y a bien eu une décision en décembre 2024 prolongeant automatiquement certains permis de travail, pour 540 jours, après avoir soumis une demande de renouvellement, mais elle ne sapplique pas dans tous les cas. Ceux, comme Jonas, qui changent de catégorie de permis, de la catégorie parole humanitaire (C11) aux catégories de statut de protection temporaire approuvé (A12) ou catégorie de protection temporaire en attente (C19), ne bénéficient pas automatiquement de cette extension.

Alors que faire ? Attendre dans l'illégalité, sans revenus ? Partir ? Se résigner à lexpulsion ? Des tonnes de questions pour lesquelles il n'existe pas de réponse idéale.

Face à ce mur administratif et politique, beaucoup nont plus doptions. Certains envisagent de rejoindre le Canada. Dautres nont pas cette chance, faute de proches là-bas. Quant à retourner en Haïti, cest, pour la plupart, hors de question.

Le pays est à feu et à sang. Les gangs contrôlent plus de 85 % de la capitale. Mirebalais, autrefois ville refuge, a été récemment attaquée. Plus de 5,000 personnes ont été tuées en 2024. Des centaines de milliers ont été obligés de se déplacer de leur maison. La police est dépassée, la mission multinationale impuissante.

Aujourdhui, ces hommes et ces femmes sont piégés entre deux cauchemars : rester et survivre dans l'angoisse ou rentrer vers l'enfer quils ont fui. Ces personnes disent ne pas être à la recherche de traitement de faveur, juste le droit de respirer, de travailler, de vivre dans la dignité. Mais à l'heure quil est, ce simple droit semble leur échapper.