L’aéroport international des Cayes : au-delà des critiques, un levier pour le développement de la région Sud

Fraichement ouvert aux vols internationaux (le 5 mars 2025), l’aéroport international Antoine Simon des Cayes est passé théoriquement du niveau 2B au niveau 3B.

Edver Serisier
13 mars 2025 — Lecture : 4 min.

Fraichement ouvert aux vols internationaux (le 5 mars 2025), l’aéroport international Antoine Simon des Cayes est passé théoriquement du niveau 2B au niveau 3B. Ce qui lui donne la possibilité de recevoir des vols allant jusqu’à 80 passagers. C’est, en effet, une bonne nouvelle pour la population du Grand Sud, mais entachée de critique. Qu’il s’agisse de « communication symbolique » ou « effet d’annonce » en politique, les réactions sont plutôt émotives. Dans l’un ou l’autre cas, il convient de réfléchir sur : « comment pour faire de cet aéroport un véritable levier de transformation pour le Sud ? »

Dans un département fragilisé par des problèmes sociaux-économiques, des défis liés à l'insuffisance des infrastructures, à la faiblesse du capital humain et à un manque d'investissement limitant les opportunités économiques, il est nécessaire d’investir dans des infrastructures modernes et durables afin de stimuler le développement. D’où, un aéroport bien structuré et équipé pourrait réduire cette fragilité, ouvrant la région au tourisme mondial et stimulant le développement. En effet, les aéroports donnent lieu à la création de multiples activités connexes incluant divers secteurs : hôtellerie, tourisme, commerce, artisanat, agriculture, santé, technologie, formation etc.

Au-delà des infrastructures directes, indispensables au fonctionnement de l’aéroport international des Cayes, des investissements massifs et stratégiques dans des infrastructures indirectes sont aussi nécessaires pour bien profiter de ses retombées économiques. Il serait illusoire de penser que le prolongement d’une piste d’atterrissage suffira à transformer un département de plus de 850 000 habitants où l’indice de développement humain (IDH) est inférieur à 0.5. Ce dernier étant le reflet d’une combinaison de problèmes tels que l'accès limité aux soins de santé, une éducation faible et un revenu moyen négligeable. Ce tableau sombre du département justifie que l’aéroport international des Cayes ne doit pas être considéré comme une coquille vide. Au contraire, il doit s’intégrer dans une stratégie globale de développement durable pour le Sud. 

Un boost pour le tourisme et le commerce

L’aéroport international des Cayes peut représenter un moteur pour le développement économique de la région en facilitant le commerce international, le tourisme, et en augmentant les recettes fiscales. De plus, il peut générer des milliers d’emplois directs et indirects, contribuant ainsi au produit intérieur brut (PIB) du pays en général. Par ailleurs, il peut attirer des investissements étrangers en améliorant l'accessibilité et la connectivité de la région ; ce qui peut conduire à une croissance économique accrue. D’ailleurs, le département du Sud regorge de potentiels touristiques et naturels inexploités en raison des difficultés d'accès. La transformation de l’aéroport des Cayes en un hub international faciliterait l'arrivée de touristes étrangers et nationaux, stimulant ainsi l'industrie hôtelière, les agences de voyage et les commerces artisanaux. Cet aéroport offrirait également une passerelle pour les exportations des produits agricoles du Sud, tels que le café, les fruits tropicaux, et les huiles essentielles. Tous ces secteurs propulseront la région dans une dynamique de croissance endogène (Romer, 1986).

Un levier pour le capital humain

L’aéroport international des Cayes représente également un levier pour l’investissement dans le capital humain. « Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », disait Jean Bodin (XVIe siècle). Le capital humain, défini par le niveau d’éducation et de santé d’une population, joue un rôle déterminant dans la croissance économique. Conformément à l’économie de l’éducation (Becker, 1964), le développement de cet aéroport pourrait encourager la mise en place de programmes de formation spécifiques, visant à doter la région d’une main-d’œuvre qualifiée. Les secteurs liés — services aéroportuaires, hôtellerie, agences de voyages — bénéficieront de ces compétences, créant ainsi des opportunités d’emploi directes et indirectes. Dans une perspective d’économie du développement, cela permettrait d’améliorer les conditions de vie locales, en renforçant la liberté, l’autonomie et la capacité des individus à mener une vie épanouissante (Sen, 1999).

Propositions

Pour que l’aéroport international des Cayes puisse réellement contribuer au développement du département du Sud, il faut une synergie entre le secteur public et le secteur privé pour : 

Renforcer les infrastructures directes de l’aéroport (pistes d’atterrissage et de décollage, tours de contrôle, aérogares pour passagers, hangars pour la maintenance des avions, systèmes de navigation et de sécurité, zones de stationnement des avions, services de douane et d'immigration) afin d’assurer la fluidité des opérations aériennes et le confort des voyageurs.

Renforcer les infrastructures indirectes (routes, hôtels, hôpitaux, institutions de formation, réseaux électriques, espaces touristiques et culturels, restaurants etc.) pour favoriser l’accessibilité, le commerce et le développement économique de la région.

Favoriser l’entreprenariat : en développant des programmes de microfinances pouvant faciliter la création ou le renforcement des entreprises locales et en soutenant les Petites et Moyennes Entreprises (PME). 

Créer un organe de contrôle : pour canaliser les projets de développement. 

En somme, malgré les défis majeurs liés à l’insuffisance des infrastructures directes et indirectes, à une faiblesse du capital humain (santé et éducation), il est évident que l’aéroport international des Cayes peut contribuer au progrès du département du Sud. Il peut être un levier stratégique pour le développement de toute la région. Toutefois, cela dépend de la capacité des acteurs publics et privés à travailler ensemble pour garantir des investissements soutenus et une gouvernance efficace. 

Edver Serisier

Références

Becker, G. S. (1993). Human Capital: A Theoretical and Empirical Analysis, with Special Reference to Education. University of Chicago Press.

Revue Conflits (2014). Infrastructures et développement économique : l’exemple du Maroc. 

Fusiek, D. A. (2022, Avril 19). Les transports au service du développement. Banque européenne d'investissement.

Loubet, F. (2011). Analyse de l’impact du tourisme sur le développement des territoires ruraux marginaux. Application de l’approche par les capacités à l’étude de l’espace rural rhônalpin. UNIVERSITÉ DE GRENOBLE.

Vignolles, B. (2013). Le capital humain : du concept aux théories. CAIRN . INFO, pp. 37-41