Je remercie le haut-commandement des Forces armées d’Haïti de l’insigne honneur qu’il me fait, en me confiant la mission d’exprimer à la famille Romulus, en son nom, ses profondes sympathies et les sentiments de condoléances des officiers, sous-officiers et soldats de cette institution, tant du service actif que de la réserve, à l’occasion du départ de cet officier modèle que fut le général de brigade Fritz Romulus, enlevé à l’affection des siens, le jeudi 20 février dernier. J’endosse également, ce matin, le pénible et impérieux devoir de dire, au nom des camarades de la promotion Lysius Félicité Salomon Jeune de l’Académie militaire d’Haïti, adieu à notre frère Fito, un fils du pays profond, originaire de l’humble village de Cabaret et dont le soudain départ nous a totalement pris au dépourvu.
Cette double mission, noble s’il en est, mais douloureuse, je l’accomplis avec un serrement de cœur, compte tenu des liens étroits qui m’attachaient personnellement à cet officier de valeur qui fut pour moi un frère et un ami. En effet, Fritz Romulus fut mon condisciple dès la douzième, en cette classe des tout-petits tenue par une religieuse, Mère Camille, au Petit séminaire collège Saint Martial, cela fait déjà plus de huit décennies. Séparés dans la suite, on devait à nouveau se retrouver au secondaire, au Lycée Toussaint Louverture, puis en l’année 1959, à cette école de l’honneur et du patriotisme que fut notre vénérable académie militaire. Depuis, les liens d’amitié tissés entre nous se sont raffermis au fil du temps, puisque nous devions nous retrouver, à partir de 1967, au sein du bataillon de la garde présidentielle où nous avons travaillé sous le même commandement, pendant vingt ans.
Reçu le 6 octobre 1959, comme cadet à l’académie militaire d’Haïti, après sa formation, marquée (ce fut le cas pour tous les cadets de cette promotion) par une période d’entraînement chez les Marines, à Quantico, Virginia, Fritz Romulus fut commissionné sous-lieutenant, le même jour que moi, en septembre 1961. Il débuta sa carrière professionnelle au district militaire de Ouanaminthe. Après un bref passage au district de Saint-Marc, il fut muté aux casernes Dessalines où il se distingua par sa droiture, son sérieux, son désintéressement et son sens aigu du devoir. De là, il fut bien vite transféré à la garde présidentielle où, par une heureuse coïncidence, lui et moi, nous eûmes à nous présenter, ce jour de mai 1967, pour prendre service. Parmi ses multiples affectations au sein des Forces armées d’Haïti, on retiendra que l’officier Fritz Romulus fut commandant de la 52e compagnie, chargée à l’époque de la sécurité de l’Aéroport François Duvalier, assistant-commandant à la marine haïtienne, commandant du Corps des léopards. Il termina sa brillante carrière de militaire actif au grade de général de brigade, assistant chef d’État-major G-2.
Intellectuel de haut niveau, Fritz Romulus crut bon de parfaire ses études en décrochant une licence en droit à la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. Discipliné, d’une rigueur et d’une loyauté à toute épreuve, il ne s’est jamais départi, sa vie durant, du leitmotiv qui gouverne la vie du cadet au cours de sa formation : « Le cadet ne ment pas ; le cadet ne triche pas ; le cadet ne vole pas ; le cadet ne tolère pas le camarade qui enfreint ces interdits ».
Grand sportif, Fito s’est particulièrement intéressé au football. Familier du centre athlétique Dadadou, il encouragea beaucoup de jeunes, dont ses propres enfants, à pratiquer cette discipline sportive. Il fut membre de plusieurs clubs dont les Tigresses, le Victory Sportif club et le Club Prestige de la 2e Cité Saint-Martin. Fito est aussi un amant de la musique. Il fut l’un des promoteurs d’un orchestre très prisé à l’époque, le Bossa Combo.
Homme d’une intégrité incontestable, le général Fritz Romulus fut appelé en plusieurs occasions pour mettre à profit son expérience à la tête d’organismes de l’État. C’est ainsi qu’il eut le privilège d’assumer pendant plusieurs années le poste de directeur général au Service de l’immigration et de l’émigration ; il fut ensuite appelé au même titre à l’Autorité portuaire nationale (APN), et à l’Autorité aéroportuaire nationale (AAN), mettant à contribution sa compétence, ses talents d’administrateur. En 1989, il fut nommé ministre de l’Intérieur et de la Défense nationale et, à ce titre, eut à présider le Conseil des ministres en l’absence du chef de l’État, en voyage.
Le 7 février 1991, le général de brigade Fritz Romulus fut mis à la retraite. Il avait accompli trente-et-un ans et quatre mois de service au sein de l’institution militaire. Depuis, il a mené une vie tranquille, loin du bruit, dans l’humilité au sein du cocon familial, partageant ses moments de loisirs entre le sport, la musique, la lecture, dans le calme olympien du citoyen satisfait d’avoir bien rempli sa journée au service de son pays si éprouvé, mais qu’il aimait tant. À preuve, il a toujours été disponible là où le devoir l’appelait. Sollicité pour son expérience, en avril 2021, il participa à des séances de réflexions sur les questions concernant la défense de l’intégrité du territoire national, à côté d’autres généraux, au Bureau des officiers généraux mis en place par le gouvernement d’alors, en vertu de la loi portant création du ministère de la Défense.
Voilà, en peu de mots, le riche parcours de l’honnête homme, du citoyen intégral que fut Fritz Romulus. Discipline, rigueur, intégrité, patriotisme, humilité et, par-dessus tout, loyauté, tels furent entre autres, les points forts caractérisant l’homme qui vient de nous quitter. Bon époux, il venait de célébrer, le 26 décembre dernier, avec sa digne et courageuse épouse Maude, leur jubilée de diamant, soixante années de vie commune. Fervent chrétien et ardent patriote, il a su élever ses enfants dans la crainte de Dieu, l’amour de la Patrie et le respect de l’autre ; bon camarade, il a fait montre d’une sincérité à toute épreuve et d’une affabilité sans fard dans ses relations sociales.
Le personnel des Forces armées d’Haïti, les camarades de la promotion Lysius Félicité Salomon Jeune se prosternent devant la dépouille mortelle de ce grand homme et présentent leurs profondes sympathies à son épouse Maude, ses enfants Carlyne, Régine, Rudy, Grégoire, Eddy, Haki et Martine et leurs conjoints, son frère, le général retraité Martial Romulus, sa belle-sœur Gabrielle et son époux, à toute la famille si durement éprouvée par cette perte cruelle. Ils les exhortent au courage car, au-delà de la mort, Fito continuera à vivre parmi nous, à travers sa courageuse épouse, ses enfants, ses petits et arrière petits-enfants, ses parents, ses nombreux amis et proches et tous ceux qui l’ont aimé.
Mon cher Fito, tu as accompli ton devoir envers ton pays avec compétence, engagement, discernement, dévouement ; tu as fait le bonheur de ta famille et de ton entourage ; tu as respecté les préceptes divins et fait sur cette terre la volonté de ton Créateur. Maintenant, tu peux partir en paix. Le Très-Haut t’attend. Il t’accueillera à bras ouverts dans Son Royaume.
Merci.