Redevenir comme un enfant : Nouveau regard sur un enseignement universel

Plusieurs penseurs et écrivains ont entrepris d'examiner la symbolique de l'enfant.

Paul Jérémie 
06 mars 2025 — Lecture : 8 min.

Plusieurs penseurs et écrivains ont entrepris d'examiner la symbolique de l'enfant. L'auteur de cet article se propose d'approfondir les éléments communs à diverses écoles de spiritualité et de faire ressortir des aspects oubliés de la question.

Il est de bon ton d'introduire le sujet en passant en revue des perspectives d'anciennes spiritualités de l'Orient. Les voici, telles que présentées ça et là sur le net et paraphrasées au besoin.

« Dans l'ensemble des enseignements orientaux, "devenir comme un enfant" signifie adopter des qualités comme l'humilité, l'ouverture d'esprit et la confiance ; ce qui revient essentiellement à un état de pure conscience et de réceptivité, semblable à la façon dont un jeune enfant expérimente le monde sans les préjugés de l'adulte. 

Dans ces écoles, les pratiques comme la méditation permettent de cultiver lesprit de débutant, souvent comparé à l’état desprit dun enfant abordant le monde avec un sentiment d’émerveillement et de disponibilité à lapprentissage. L'enseignement de l'amour inconditionnel habilite les adeptes à aimer sans juger ni discriminer, comme le font souvent les enfants.

Le Taoisme prône le concept de "l'esprit d'enfant" poussant à maintenir l'état de simplicité et d'innocence propre aux enfants.

Dans le Boudhisme, le Bouddha prend souvent en exemple l'enfant pour illustrer le concept de vide (shunyata), soit le non-attachement.

La Bhagavad Gita de l'Hindouisme souligne l'importance de la "dévotion d'enfant" (bhakti) envers le divin. Cet élan est caractérisé par l'amour pur et l'esprit d'abandon. »

Que disent les maîtres à penser du Judaïsme et du Judéo-Christianisme sur la symbolique de l'enfant ?

L'auteur du Livre des Psaumes magnifie la simplicité, la sérénité et l'esprit d'abandon caractérisant l'enfant.

« ... Je nai pas un cœur orgueilleux ni des regards hautains, et je ne mengage pas dans des projets trop grands et trop élevés pour moi. Au contraire, je suis calme et tranquille comme un enfant sevré auprès de sa mère. Oui, je suis comme un enfant sevré... »

Psaumes 131:1-2

La grande sérénité de l'enfant repose sur son ancrage dans l'instant présent et sur l'absence complète de préoccupation pour le futur. L'enfant vit d'instant en instant. Il peut se laisser faire, se laisser aller et s'abandonner parce qu'il a l'assurance que ses parents prendront soin de lui. Telle est la mentalité qui se dégage d'un autre passage du Livre des Psaumes.

« Yahvé, tu me sondes et tu me connais. Tu sais quand je massieds et quand je me lève.

De loin, tu discernes tout ce que je pense.

Tu sais quand je marche et quand je me couche, et tous mes chemins te sont familiers.

Bien avant quun mot vienne sur mes lèvres, tu sais déjà tout ce que je vais dire.

Tu mentoures par-derrière et par-devant,

et tu mets ta main sur moi.

Merveilleux savoir hors de ma portée,

savoir trop sublime pour que je latteigne. »

Psaumes 139:1-6

Dans le Livre de Matthieu, Jésus pose l'esprit d'enfant comme une condition indispensable pour accéder au royaume de Dieu. Tout comme "la parole de Dieu", "l'esprit de Dieu", "le temple de Dieu" et le messie, "le royaume de Dieu" est une dimension intérieure. En témoigne Luc 17:20-21. À noter que Matthieu 18:1-4 est le seul passage biblique qui fait une association directe entre l'esprit d'enfant et l'humilité.

« ... Les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : 'Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ?' Jésus appela un petit enfant, le plaça au milieu d'eux et dit : 'Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez pas et si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. C'est pourquoi, celui qui se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux'. »

L'invitation au Carpe diem de l'auteur du Livre de lEcclésiaste correspond bien à l'esprit de l'enfant se donnant à cœur joie à ce qui le passionne dans le moment.

« Il n'y a de bon pour l'homme que de se donner du bon temps et de prendre plaisir à ce qu'il fait. »

Ecclesiastes 3:12

L'exhortation de l'auteur de l'Épître aux Thessaloniciens va dans le même sens.

« Soyez toujours joyeux. »

1Thessaloniciens 5:16

Encore dans le Livre de Matthieu, Jésus prône extensivement l'esprit d'insouciance bien connu chez l'enfant.

« ... Ne vous inquiétez pas et ne dites pas: Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? Avec quoi nous habillerons-nous ?'

Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.

Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain prendra soin de lui-même... »

Matthieu 6:25-34 

Tous les enseignements cités jusqu'ici sont transmis à divers degrés dans les écoles de spiritualité mentionnées et dans d'autres qui feront l'objet d'une prochaine publication. Ces disciplines sont considérées comme des étapes clés de la croissance spirituelle et de la réalisation de soi.

L'enfant symbolise également la jovialité. Les littératures religieuses n'insistent pas suffisamment sur cet aspect capital de l'esprit d'enfant. La Sagesse personnifiée semble faire état d'une telle disposition dans ce passage unique du Livre des Proverbes.

« Moi la Sagesse, j'ai été établie depuis l'éternité, dès le début, avant même que la terre existe... J'étais à l'œuvre aux côtés de Élohim Yahvé. Je faisais tous les jours son plaisir, jouant constamment devant lui, jouant dans le monde, sur sa Terre, et m'amusant avec les hommes. »

Proverbes 8:23, 30-31

Il y a un lien évident entre l'esprit d'enfant et le jeu. Les enfants aiment jouer. Il se trouve que la vie elle-même, à bien des égards, ressemble à un jeu. Ainsi l'esprit d'enfant serait un grand atout pour quiconque veut bien jouer son rôle dans la vie. Certains voient la vie comme un jeu complexe, sans règle précise ni but fixe. De peu, ils diraient que la vie n'a pas de sens. Si c'est le cas, l'implication de jouer serait, entre autres, la capacité d'agir avec spontanéité (sans calculer), d'être flexible, de se permettre des folies, de ne pas se prendre au sérieux, d'avoir le sens de l'humour et de sourire à la vie. Autant d'attitudes et d'expressions familières aux enfants. Pour d'autres, la vie serait un jeu vicié à la base, un jeu de dupes ("yon jwèt mèt dam") où le gain est aux plus coquins, où le fair-play n'est pas forcément une vertu, où "se sòt ki bay enbesil pa pran" et où "chak koukouy klere pou je l". Si c'est le cas, l'implication de jouer inclurait certaines capacités évoquées plus haut et, en plus, la faculté de vigilance et de discernement. C'est tout un art que de pouvoir concilier ces deux conceptions de la vie tout en gardant intact l'esprit d'enfant.

En somme, d'un côté, l'enfant (le tout-petit) symbolise l'insouciance, l'innocence, la pleine confiance (l'esprit d'abandon), la sérénité totale (la foi), l'émerveillement, la spontanéité, la disponibilité, la simplicité et l'humilité. Ces états d'esprit seront désignés ici de "mentalité de croissance". Elle est en partie reflétée dans cet extrait de la chanson Malheur à Celui qui Blesse un Enfant, par Enrico Macias.

« Qu'il soit un démon, qu'il soit noir ou blanc, il [un enfant] a le cœur pur, il est toute innocence. »

Les couplets suivants de la chanson Comme Un Enfant, par Odette Vercruysse, célèbrent la même mentalité.

« Comme un enfant qui marche sur la route,

Le nez en lair et les cheveux au vent,

Comme un enfant que neffleure aucun doute

Et qui sourit en rêvant.

Comme un enfant tient la main de son père

Sans bien savoir où la route conduit

Comme un enfant, chantant dans la lumière

Chante aussi bien dans la nuit. »

D'un autre côté, l'enfant symbolise la dépendance, l'inexpérience, le caprice, l'immaturité, l'irresponsabilité, la naïveté et la crédulité. Une fois de plus, les littératures religieuses élaborent rarement sur ces états d'esprit. Sans jugement de valeur, ils seront désignés ici de "mentalité de primaire". Elle transparaît plus ou moins dans les passages suivants.

« Frères, ce n'est pas comme à des hommes spirituels que j'ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. »

1Corinthiens 3:1

« Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu un homme, j'ai mis fin à ce qui était de l'enfant. »

1Corinthiens 13:11

« Alors que vous devriez avec le temps être des maîtres, vous en êtes au point davoir besoin qu'on vous enseigne les notions/ principes élémentaires de la parole de Dieu ; vous en êtes arrivés à avoir besoin de lait et non d'une nourriture solide. Or celui qui en est au lait est inexpérimenté dans la parole de justice, car il est un petit enfant. Mais la nourriture solide est pour les adultes, pour ceux qui, en raison de leur expérience, ont le jugement exercé à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. »

Hébreux 5:12-14 

À noter que, dans la Bible, les termes "lait" et "notions/ principes élémentaires" sont associés à l'esprit sectaire, aux observances traditionnelles et aux croyances dogmatiques. Voir 1Corinthiens 3:2-3 ; Galates 4:3, 9-11 ; Colossiens 2:8, 16, 20-23 ; Hébreux 6:1-3.

En conclusion, qu'il soit croyant ou libre penseur, l'enjeu est clair pour celui qui aspire à redevenir comme un enfant : S’agira-t-il d'amplifier la mentalité de primaire résultant en un retour d'âge ou aux enfantillages ? Sera-ce une floraison de la mentalité de croissance aboutissant à une renaissance, un renouvellement de l'homme intérieur, une transformation de l'être ? Faites vos jeux, Mesdames et Messieurs !

Paul Jérémie 

Megadialogue@yahoo.com