Haïti et l’avenir de ses enfants : un cri du cœur pour une prise de conscience

Après plus d’une décennie passée à l’étranger, entre le Maroc et la France, j’ai pris la décision de rentrer en Haïti pour servir mon pays (voir mon précédent article).

Par Pierre Pascal Exilhomme <ppexilhomme07@gmail.com
07 févr. 2025 — Lecture : 4 min.

Après plus d’une décennie passée à l’étranger, entre le Maroc et la France, j’ai pris la décision de rentrer en Haïti pour servir mon pays (voir mon précédent article). Malgré les nombreux obstacles rencontrés, ma détermination est restée intacte et j’ai assumé pleinement mes responsabilités.

Dès mon retour, j’ai choisi de m’engager bénévolement pour venir en aide à Haïti, notamment en prenant en charge les enfants des rues, souvent enrôlés dans des gangs armés ou victimes d’exploitation. Mon expérience au Maroc, où j’ai soutenu des enfants démunis cherchant à traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, m’a profondément marqué. J’ai eu l’opportunité de travailler au sein du Comité d’Entraide Internationale (CEI) et avec Médecins du Monde, des expériences qui m’ont amené à me poser une question essentielle : Pourquoi ne pourrais-je pas aider mon propre pays ?

C’est ainsi qu’est né mon projet de centre de réhabilitation pour les enfants, en particulier les orphelins.

*Un engagement brisé par la violence*

Malheureusement, mon engagement en Haïti a été mis à rude épreuve. Ceux-là mêmes que je combattais – les gangs – sont devenus une menace directe pour moi. Après plusieurs tentatives d’assassinat et deux tentatives d’enlèvement, j’ai été contraint de mettre ces enfants en sécurité avant de quitter le pays, non par choix, mais par nécessité. Pourtant, mon combat ne s’est pas arrêté là : je continue à aider Haïti à distance.

*Les enfants haïtiens : une génération sacrifiée*

Aujourd’hui, les enfants en Haïti sont plus que jamais en danger. Leurs parents, absorbés par la lutte quotidienne pour la survie, n’ont souvent pas le temps de s’occuper de leur éducation. Autrefois, les églises et les écoles jouaient un rôle fondamental dans la transmission des valeurs morales. Aujourd’hui, elles semblent avoir abandonné cette mission, laissant place à un vide éducatif et social.

Dans ce contexte, les enfants n’ont souvent que deux options pour survivre : rejoindre un gang ou sombrer dans la prostitution.

Le sujet de la pédophilie est encore tabou en Haïti, pourtant de nombreux enfants en sont victimes. Trop souvent, des parents confient leurs enfants à des adultes sans prendre la peine de vérifier leurs antécédents, les exposant ainsi aux abus. J’ai personnellement rencontré des cas dramatiques, mais mes tentatives d’engager des poursuites judiciaires se sont heurtées à l’extrême faiblesse du système judiciaire haïtien. Face à cette situation alarmante, une question se pose : quel est le rôle de la DCPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire) et de la Brigade de protection des mineurs (BPM) ?

Un enfant qui rentre chez lui avec un objet de valeur ne suscite aucune interrogation. La deuxième fois, il revient avec de l’argent, et encore une fois, personne ne lui pose de questions. À la troisième occasion, il devient informateur pour un gang. Puis, il est promu, reçoit une arme et devient un membre actif. C’est ainsi que se construit la spirale infernale des enfants soldats en Haïti.

J’ai sauvé de nombreux enfants de cette tragédie, mais je suis bien conscient que je ne peux pas tous les sauver.

*Haïti a besoin d’un sursaut collectif*

Avec la précarité qui touche Haïti à tous les niveaux, il est difficile d’être optimiste. Qui est réellement pour le changement ? Qui est contre ? Ces questions restent sans réponse.

Mon message n’est pas un appel aux dons, mais un cri du cœur pour une prise de conscience nationale. Si chaque personne de bonne volonté prenait sous son aile un seul enfant et l’aidait à sortir de cette spirale infernale, Haïti pourrait changer en dix ans.

J’ai foi en ce que je fais, même si je dois concilier cet engagement avec ma vie professionnelle et familiale. Dieu a placé cette mission dans mon cœur, et j’ai grandi dans une famille qui m’a appris l’importance de l’altruisme.

Je suis moi-même un enfant de Cité Soleil. J’ai connu la misère, la souffrance et l’influence des gangs armés. Heureusement, j’avais des parents qui m’ont inculqué une éducation et une morale solides. Ils me disaient toujours :

« Mon fils, tu deviendras un grand homme. »

Aujourd’hui, c’est à mon tour d’aider un enfant, de lui donner une chance de s’en sortir. Nous devons agir maintenant, pour éviter que nos enfants ne deviennent les prochains Izolan, Barbecue, Ti Lapli ou Vitelhomme.

Haïti a besoin de nous tous pour offrir un avenir meilleur à ses enfants.