La stabilité est la clé du développement. Elle est l’épine dorsale de tout pays prospère. Elle permet l’épanouissement des citoyens, le développement des institutions et l’essor des activités économiques. Sans elle, tout effort de progrès est vain. Pourtant, Haïti, première République noire à conquérir son indépendance au prix d’un combat acharné contre l’esclavage et les puissances coloniales, peine depuis des décennies à se relever des blessures infligées par l’histoire, aggravées par des crises politiques et sociales récurrentes. Imaginez un instant : si mon pays était stable, "combien de rêves pourraient fleurir, combien de vies pourraient s’épanouir, de destin marquer, d'avenir forger et de potentiel réaliser. Combien de possibilités pourraient éclore !"
Les blessures de l’Histoire
Le parcours historique d’Haïti est une épopée mêlée de grandeur et de douleur. Après avoir brisé les chaînes de l’esclavage en 1804, Haïti devient la cible de représailles des puissances occidentales. En 1825, sous la menace d’une invasion française, le jeune État est contraint d’accepter une dette d’indépendance exorbitante : 150 millions de francs-or. Cette dette, remboursée pendant plus d’un siècle, saigna l’économie haïtienne, réduisant le pays à une précarité structurelle.
Les États-Unis, cherchant à solder dans l’ombre ou par des moyens coercitifs ce contentieux historique qui les lie à nous, continuent d’imposer leur présence à travers des interventions déguisées. Ces débarquements, sous couvert d’aide ou de coopération, témoignent souvent d’une volonté de contrôle plutôt que d’un véritable partenariat équitable. Ils nous imposèrent une occupation militaire de 1915 à 1934, pillant les ressources et établissant un système économique centré sur leurs intérêts. Même après leur départ, ils continuèrent à exercer une influence écrasante sur la politique haïtienne. Quant au Canada, souvent perçu comme un partenaire neutre, il a, à plusieurs reprises, appuyé des initiatives servant davantage les intérêts américains qu’haïtiens.
La crise actuelle
Aujourd’hui, les séquelles de ces ingérences, ajoutées à la mauvaise gouvernance locale pilotée par des dirigeants, pour la plupart, incompétents et corrompus, plongent Haïti dans une instabilité chronique. La prolifération des gangs armés, la corruption et la fragilité institutionnelle compromettent la sécurité et la paix sociale. Les citoyens vivent dans un climat d’angoisse permanente, privés des services de base et des opportunités d’avenir.
L’exil forcé des talents
Si Haïti était stable, ses fils et ses filles ne seraient pas contraints de fuir. Je serais personnellement toujours en train de poursuivre mon travail d’engagement auprès des gens à travers tout le territoire, inspirant une citoyenneté active et responsable. Je ne vivrais pas, à l'instar de beaucoup dautres, cette nostalgie particulière propre à ceux qui sont contraints de vivre loin de leur patrie, un sentiment de déchirure qui ne trouve remède que dans la chaleur de sa terre natale. Et pourtant, chaque année, des milliers de compatriotes, poussés par le désespoir quittent leur île, non par choix, mais par nécessité, supportant ainsi, atrocement, les douleurs d'une souffrance morale. Ils rêvent plutôt d'un jour où les vents du changement souffleront sur leur pays. Combien de talents, d’expertises et de savoir-faire le pays perd-il ainsi ? Si la stabilité régnait, ces exilés reviendraient, avec fièrté, la tête haute, pour reconstruire ce qu'ils ont été contraints de laisser derriere. Ils reviendraient passer leurs dernières années dans la sérénité de leur terre natale, partageant leurs expériences avec la jeunesse et contribuant au renouveau national.
Au lieu de cela, beaucoup d'entre eux moisissent dans des climats glacials, hostiles non seulement à leur corps, mais aussi à leur âme et étranglés par des systèmes étrangers qui les tolèrent à peine. Ils subissent parfois des discours xénophobes, comme celui de Donald Trump, qui a promis, ausitot son investiture a la maison blanche le 20 janvier prochain, des déportations massives, ajoutant une couche supplémentaire à leur calvaire. Expulsés vers une patrie où les défis sont déjà immenses, ils se retrouvent souvent abandonnés à leur sort, comme des âmes errantes dans un monde qui leur semble sans refuge. Ces humiliations seraient impensables si Haïti offrait une vie digne à ses citoyens.
Un tourisme florissant
La stabilité est également le socle d’un secteur touristique florissant. Haïti, avec son littoral bordé de plages immaculées, son patrimoine historique unique et sa culture vibrante, pourrait devenir une destination prisée à l’échelle mondiale. Si mon pays était stable, les rues de Jacmel, cette perle du Sud-Est, rayonnant par ses galeries d'art et son architecture coloniale, témoin d'un passé vibrant et d'un avenir plein de promesses, résonneraient des pas de visiteurs fascinés, et les hôtels de Port-Salut, de la côte des Arcadins autrefois synonyme de luxe et de sérénité, de Labadie, entre autres, grouilleraient de touristes venus du monde entier.
Mais la perception internationale d’un pays en crise repousse les voyageurs et annihile ce potentiel économique, anéantissant des milliers d’emplois directs et indirects. Ceci fragilise l'économie locale et poussant le pays dans un cycle vicieux de dépendance à l'aide étrangère. Un pays si riche en ressources humaines et naturelles ne devrait jamais être réduit à attendre l'aumône internationale pour survivre.
Une jeunesse en péril
La jeunesse haïtienne est sans doute la plus grande victime de cette instabilité. Privée d’éducation de qualité, confrontée à un chômage endémique et exposée aux dangers quotidiens, elle peine à rêver d’un avenir meilleur. Si Haïti était stable, les écoles seraient des sanctuaires d’apprentissage, et les jeunes ne verraient jamais leur terre natale comme une simple étape transitoire vers des horizons périlleux et incertains. Ils pourraient se projeter dans des carrières ambitieuses au lieu de risquer leur vie dans des voyages clandestins vers des terres inconnues. Ils y trouveraient au contraire des opportunités, des raisons d'espérer et la conviction qu'ils peuvent prospérer là où leurs racines s'enfoncent profondément.
L’espoir d’un renouveau
Haïti n’est pas condamné à l’instabilité. Les exemples de nations ayant surmonté des périodes de crise montrent qu’un changement est possible. Cela nécessite un leadership visionnaire, un système judiciaire fort, et un engagement sincère des citoyens et de la diaspora. Les partenaires internationaux, au lieu de jouer des jeux géopolitiques, devraient soutenir une véritable autonomie nationale.
Si mon pays était stable, il incarnerait à nouveau la dignité et le courage de ses ancêtres, devenant un modèle de résilience et d’innovation. Les générations futures méritent de vivre dans une Haïti prospère et respectée, où chaque citoyen peut contribuer à un projet commun.
Un rêve possible
La stabilité d’Haïti n’est pas un luxe, mais une nécessité. Elle représente l’unique chemin vers la dignité, la prospérité et la liberté. Si mon pays était stable, l’exil ne serait pas une fatalité, et la misère ne définirait plus notre quotidien. Haïti retrouverait sa place dans le concert des nations, non plus comme un symbole de crise, mais comme une source d’inspiration. Rêvons, agissons, et travaillons pour que ce rêve devienne réalité.
Haïti, tu me manques !!!
<belizaire30@yahoo.fr >