Depuis plusieurs années, soit plus de trois ans, Haïti fait face à une crise sociopolitique et économique très précaire ayant en grande partie pour cause la situation sécuritaire qui ne cesse de se dégrader. C'est devenu très chaotique, sans qu'aucun espoir ne se pointe à l'horizon.
On est unanime à reconnaître qu'Haïti fait face à des situations jamais vues de son histoire. Malheureusement cette crise sécuritaire a dégénéré depuis novembre 2024 à Port-au-Prince et dans certaines régions avoisinantes. On vit sous le règne des bandits, eux seuls on la voix au chapitre. L'ex-Premier ministre a promis que l'État va reprendre le contrôle de tous les territoires occupés par les groupes armés «zòn pa zòn, kay pa kay» (de zone en zone, de maison en maison) cette promesse est tenue à l'inverse, car ce sont les groupes armés qui agrandissent le nombre de territoires perdus dans la capitale.
Avec des armes de gros calibre (toutes neuves), ils obligent la population à fuir leurs maisons, devenant des nomades ou SDF, ayant nulle part pour se reposer. À titre de témoignage, un ami vivant dans la capitale du pays a dit: «Avant j'habitais à Martissant; ils m'ont fait quitter le quartier, je me suis rendu chez un oncle à Solino. La semaine dernière ils ont envahi Solino et là je me retrouve sans endroit où dormir [...]»
La majorité des quartiers de la capitale sont sous le contrôle des bandes armées. Les gens sont fatigués de courir sans destination, ce qui les pousse de préférence à rejoindre les forces de l'ordre pour combattre les bandits en activant le <Bwa kale>, un moyen pour exprimer leur frustration, leur colère et leur souffrance. Bwa kale est un acte qui consiste à tuer un bandit (soit par la police ou la population) et le brûler par la suite ou le brûler vif. Cette tendance n'est pas seulement une expression, mais aussi un mouvement de révolte contre les abus causés par les groupes armés. Ces actes de violence sont devenus tellement habituels qu'ils laissent croire que la population est devenue insensible. Ça ne fait rien de voir des cadavres par terre. On a pu constater dans la capitale que personne n'est en sécurité. Lorsqu'on téléphone à quelqu'un pour prendre de ses nouvelles, il répond: «Les bandits ne sont pas encore arrivés dans ma zone, on attend!» (avec une voix désespérée). Il est clairement remarquable, malgré tout, qu'il y a un fort sentiment de résilience chez les gens, et aussi un sentiment de révolte qui se manifeste chez quelques-uns en fredonnant le slogan actuel : "Depi yo vini n ap ba yo bwa kale!" (Dès qu'ils arrivent on va les tuer et les brûler)
Pendant une semaine passée à Port-au-Prince sous tension, je me suis senti fatiguée d'écouter des tirs, d'entendre à chaque instant la nouvelle de personnes tuées par balle, que ce soit des innocents ou non. Triste de voir que rien ne fonctionne, toutes les entreprises sont fermées. Pas de circulation, pas de vols. Ce qui rend la situation plus lamentable, c'est d'assister des enfants qui ne peuvent pas aller à l'école et qui n'ont pas accès de jouer paisiblement devant leur maison pour éviter d'être atteints de balles perdues. Dans les jours à venir il est évident qu'on aura besoin de plusieurs centres d'appui psycho-sociaux, car la situation affecte inévitablement leur santé mentale.
Les groupes armés cherchent à faire croire qu'ils combattent le système corrompu du gouvernement et des forces de l'ordre, pour le bien du peuple haïtien, tandis que leurs actions prouvent le contraire. Ils sont contre tout le monde, car leurs victimes sont toujours la population civile. Sur ce, on se demande en réalité contre qui et pour qui ils luttent.
C'est sûr que ces hommes armés travaillent pour des gens qui ne sont pas encore révélés.
Haïti n'est pas seulement les 36,04 km2 de la capitale, il est bien plus que ça. Parler de la situation actuelle d'Haïti c'est aussi parler des préparatifs des fêtes de fin d'année. Dans les autres villes du pays, notamment ma ville natale, la cité de l'indépendance, les traditions ne meurent pas, car les couleurs de Noël s'annoncent déjà. Des maisons, des hôtels, des bars et des restaurants sont décorés, ce qui fait revivre l'esprit de Noël. Des enfants jouent en toute gaité dans les rues avec des dynamites qui font ressortir leur joie.
Les citadins de la ville des Gonaïves ont hâte de participer aux marchés de Noël et à la soirée du Nouvel an, à de grandes activités culturelles et économiques de fin d'année à ne pas manquer.
Les gens tentent de donner l'espoir qu'Haïti vivra!
Oui! Haïti renaîtra de ses cendres!
Ophenie Succès
Jeune conseillère à l'Association Nationale des Scouts d'Haïti