Monsieur Emmanuel Macron,
Dans un monde marqué par des relations internationales complexes, vos récentes déclarations au Brésil, imputant la crise haïtienne aux seuls citoyens d’Haïti, ne peuvent rester sans réponse. Ces propos, empreints d’arrogance et de mépris, révèlent une méconnaissance troublante des relations historiques et contemporaines entre la France et Haïti.
La mainmise historique de la France sur Haïti
Il est impossible, Monsieur Macron, de dissocier la situation actuelle d’Haïti des siècles de domination et d’exploitation orchestrés par votre pays. La dette d’indépendance de 150 millions de francs-or, imposée par le roi Charles X en 1825, a contraint Haïti à payer, sur plusieurs décennies, une somme colossale équivalant aujourd’hui à 21 milliards 685 millions 135 mille 571 dollars et 48 centimes, - telle que réclamée en 2004 par le président Jean-Bertrand Aristide -. Ce fardeau économique inique a étouffé l’élan d’un État naissant et libre, premier du genre dans le monde noir.
Cette domination ne s’est pas arrêtée là. Sous le couvert de partenariats, la France a continué d’exercer une influence néfaste, soutenant des régimes à la fois dociles et soumis au détriment des intérêts des Haïtiens. Cette réalité historique, toujours vivante dans la mémoire collective, ne peut être ignorée lorsque l’on aborde les crises contemporaines d’Haïti.
Un plaidoyer déplacé pour Garry Conille
Votre défense de Garry Conille, qualifiant « de stupides et de cons » ceux qui ont mis fin à son mandat, illustre votre mépris pour la souveraineté haïtienne. Garry Conille, dont le bilan est perçu comme dérisoire par de nombreux Haïtiens, en raison de ses promesses grandiloquentes, était davantage un instrument discret au service des intérêts étrangers qu’un véritable réformateur au service de la nation. Vos propos témoignent d’une ingérence inacceptable et trahissent une méconnaissance des aspirations démocratiques et souveraines du peuple haïtien.
En qualifiant les dirigeants haïtiens ayant limogé M.Conille de "cons", vous franchissez une limite inacceptable pour un chef d’État. Une telle insulte, au-delà de son mépris évident, témoigne d’un manque de respect envers une nation souveraine. Ce langage indigne d’un président révèle une posture arrogante et une incapacité à comprendre les enjeux complexes qui ont façonné l’histoire d’Haïti.
Imaginez l’ampleur du tollé diplomatique qu’une telle déclaration aurait provoqué si elle émanait d’un diplomate ou d’un dirigeant haïtien à l’encontre des autorités françaises. Une condamnation unanime aurait suivi, rappelant avec force les principes de respect mutuel et de décence dans les relations internationales. Cette asymétrie flagrante, où les puissances occidentales s’arrogent le droit d’humilier publiquement des nations qu’elles ont historiquement opprimées, est tout simplement inadmissible.
La responsabilité morale de la France
Monsieur Macron, vous avez affirmé que la France ne peut se substituer aux autorités haïtiennes. Cette évidence, toutefois, masque l’implication historique de votre pays dans l’affaiblissement des institutions haïtiennes. Il est crucial de rappeler que la France, aux côtés d’autres puissances occidentales, a contribué à fragiliser Haïti par des interventions directes, comme le départ forcé de Jean-Bertrand Aristide en 2004, conséquence manifeste de sa demande légitime de restitution de la dette d’indépendance.
Si la France souhaite vraiment contribuer à un avenir meilleur pour Haïti, elle doit commencer par reconnaître ses torts historiques et par restituer les fonds extorqués. Cette dette odieuse constitue un crime contre l’humanité et reste une plaie ouverte dans l’histoire de nos deux nations.
Un rappel de souveraineté
Haïti, Monsieur Macron, est une nation autonome et fière, qui a payé de son sang, de sa dignité et de son honneur son indépendance. Bien que la crise actuelle ait des causes internes, elle s’inscrit également dans un système global où des puissances comme la France ont joué et continuent encore à jouer un rôle déterminant.
Votre posture condescendante ne fait qu’exacerber les blessures du passé. Haïti n’a pas besoin de jugements méprisants, ni de leçons paternalistes, mais d’un soutien respectueux et sincère, basé sur la reconnaissance des responsabilités historiques.
Il est temps que la France cesse d’infantiliser les nations en difficulté et commence à traiter Haïti comme un partenaire égal. La justice, Monsieur Macron, commence par une restitution équitable et un respect inconditionnel de la souveraineté haïtienne.
Avec l’espoir que vos prochaines interventions se montreront à la hauteur des exigences de l’histoire et des valeurs que vous prétendez incarner.
Respectueusement,
Bélizaire Raphaël, un des défenseurs de la dignité et de la souveraineté haïtiennes.