La victoire de Donald Trump dans la Présidentielle américaine de 2024  : du modèle partisan au messianisme

Sur les traces de Ronald Reagan (1980 et 1984) , Donald Trump a ravalé un score impressionnant dans la présidentielle américaine 2024 . En effet, des présidentielles à large score se sont associées à des “challenge “ d’ordre géopolitique, économique , identitaire ou historique. Nous avons relevé de pareils cas dans les deux camps, démocrate et républicain, soeint en 1920 , 1932 et 1936,1952,1972, 1980 et 1984 et 2024. Cette fois- ci le challenge nous renvoie à un changement de paradigme dans le cours politique aux Etats Unis. De nos jours, le symbole du parti tend à s’effriter dans les présidentielles américaines. L’aura de la personnalité vient évincer cet atout que constitue une base sociale qui intériorise des valeurs compatibles à l’orientation du programme du parti. Ronald Reagan a défié cette tradition tout en contestant l’Establishment et delà a affirmé un modèle charismatique. Ce phénomène vient évoquer les mouvements de foule associés à des figures messianiques indépendamment d’une rationalité confirmée dans le management politique. Les stratégies de relèvement ou de reconstruction se seraient limitées à des formules et des slogans qui font état de raccourcis loin de répondre aux besoins de la population.

Sur les traces de Ronald Reagan, Donald Trump s’élance comme un nouveau leader charismatique qui défait tout pronostic. Atypique, malgré qu’il agisse en dehors de la morale puritaine dominante, il gagne des sympathies voire des passions. Il a admiré Ronald Reagan qu’il a tenté de lui rejoindre comme colistier. Il se fait un vieux routier de la politique pour construire un modèle original ancré dans un populisme de droite qui attise ses partisans assimilés à des membres de sectes. En effet, pour Weber « le charisme d’un individu ne repose pas sur ses qualités morales mais plutôt sur sa capacité hors commun à susciter l’adhésion et l’enthousiasme de ses partisans ». Ce facteur serait déterminant à la victoire du personnage de Trump en dépit d’une campagne électorale caractérisée par une crise de discours et de programme sinon de vœux ou d’envolées populistes.

Un fossé important sépare les scores issus des premiers résultats de votes contraire aux sondages précédant le jour du scrutin. Il ne s’agit pas d’une meilleure offre du candidat en raison de cette ambiance d’invectives et de diatribes des deux concurrents en lieu et place de stratégies cohérentes en matière de programme de bien-être du peuple américain. « Trump serait considéré comme un envoyé de Dieu, imparfait certes mais choisi pour accomplir sa volonté « C’est cette projection qui anime les esprits en déléguant Trump comme un sauveur qui peut tout faire à la place du peuple. Il s’oppose autant que Reagan aux institutions bureaucratiques et à l’ordre établi. Ce qui aide à construire son image de prophète et met de côté la perspective managériale de leader.

Les mauvaises étiquettes lui valent paradoxalement le maintien de sa popularité. C’est le spectre d’une victimisation consommée. Par coïncidence surviennent des évènements comme les tentatives de son assassinat qui ont alimenté davantage cette popularité et son charisme. Il a bénéficié d’une adhésion mimétique quand ses partisans allaient même l’imiter en portant eux-mêmes un bandage à l’oreille droite. Rappelons que Trump a eu une blessure à l’oreille droite lors de sa première tentative d’assassinat.

A présent,  il s’annonce des débordements de populismes qui témoigneraient des ruptures à la tradition partisane . Déjà, le défilé de candidats de tiers partis, d’indépendants non négligeables et ceux liés au Tea Party par exemple ont renseigné sur une fracture dans le système politique traditionnel, Cette ambiance marque une ère nouvelle ou le narcissisme des leaders peut contribuer à leur pleine habilitation .Nous sommes face à des acteurs sans scène tel que se dessine le paysage politique  qui démystifie le leader démocratique et managérial  pour faire corps au messianisme .Ce qui est la manifestation d’une crise politique profonde à l’horizon marquée de désespoirs et d’incertitudes .Le spectre de la terreur anime les discours qui dénotent des sentiments de guerre contre les immigrantes et immigrants comme prétexte aux échecs des politiques intérieures. L’isolationnisme s’érige en règle immuable pour consolider des formes de nationalisme qui pourraient détruire toute altérité, des germes des traditions démocratiques et la solidarité humaine. Make Amrica Great Again est la formule qui électrise les esprits par la suggestion du leader. Ce qui serait issu de » la paresse des partis politiques et la montée des sensibilités extrêmes ».Le Trumpisme serait -il exporté dans d’autres réalités tel aurait été le cas du Brésil de Jair Bolsonaro 2019-2022 que certains spécialistes tentaient d’assimiler  à Trump ?Que sera le monde après le triomphe de Donald Trump ?

Repères bibliographiques 

-Elisabeth VALLET et David GRONDON (sous la direction de), Les Elections présidentielles américaines, Presses de l’Université du Québec, Québec 2004.

-Hancy Pierre, « présidentielle américaine 2024 et crise de discours électoraliste » in Rezo Nodwes , 28 0ctobre 2024.

-Etienne Guertin-Tardiff « l’étonnant charisme de Donald Trump, in Le Devoir https://www.ledevoir,com consulte le 9 novembre 2024.

-Ruxandra Pavelchievici « La «  Révolution conservatrice » dans l’ordre socio-économique américain :mécanismes, trajectoires et forces en présence p143-164 https://books.openedition.org/psn/7682?lang=fr consulté le 8 novembre 2024

Steven H. Appelbaum « Le narcissisme de Donald Trump pourrait avoir change le visage du leadership irremediablement, Concordia University, 14 janvier 2021 https://theconservation,com consulté le 8 novembre 2024.

-Francis Généreux “Elections présidentielles aux Etats Unis : le débat économique n’a pas eu lieu”, Desjardins , 5 juillet 2024.

-Agence France-Presse à Washington, “Trump ne s’engage pas à reconnaitre les résultats de la présidentielle de 2024”, publié le 2 mai 2024  dans le Devoir par  https://www.ledevoir.com (consulté le 4 aout 2024)

-Laurence NARDON , “Trump et la crise de la démocratie américaine,  dans Politique étrangère 2017/1 (printemps) pages 11 à 22.