Présidentielle américaine: quels enjeux pour le monde et Haïti?

Que peut-on attendre en matière de réforme des politiques migratoires? Rien, car la position anti-migratoire est la note dominante des deux candidats.

Que peut-on attendre en matière de réforme des politiques migratoires? Rien, car la position anti-migratoire est la note dominante des deux candidats. C’est le principal enjeu de la présidentielle pour Haïti. Les administrations américaines s’ensuivent mais la politique humanitaire se maintient vis-à-vis d’Haïti en lieu et place d’une politique de reconstruction. Pour le reste du monde, beaucoup de pays ont su négocier leur rôle de partenaire au regard d’une diplomatie ouverte et de l’option du multilatéralisme.

Les présidentielles américaines sont sans doute celles ayant le plus grand impact sur le cours du système international du fait du statut de super puissance des Etats-Unis. Si la diplomatie est du ressort de la présidence, la politique internationale devra avoir l’aval du Congrès et être à l’épreuve des principes et valeurs immuables, en dépit des alternances politiques. Ce qui ne limite pas certaines administrations dans leurs manœuvres en contournant certains principes. En ces circonstances les Etats-Unis délèguent d’autres Etats ou organisations comme doublure dans la mise en œuvre de politiques étrangères non validées. Ce fut le cas de la guerre de basse intensité en Amérique centrale. D’autres cas courants sont : l’OTAN dans la guerre Russie-Ukraine; l’OEA en ce qui concerne les tentatives d’isolement régional du Vénézuela;  l’OECO qui a orchestré le roll Back à Grenade en 1982;  le Brésil dans son rôle de gendarme en Haïti de 2004 à 2016 et la CARICOM dans la gestion de la crise haïtienne actuelle. 

Les deux valeurs fondamentales comme le libéralisme et la démocratie sont appréciées au gré du realpolitik et des relations privilégiées avec les États qui ont acquis un certain niveau de pouvoir sur l’echiquier international à l’aune d’une diplomatie active. Le protectionnisme à l’ordre du jour est paradoxal pour un État qui a su toujours prôner le libre échange. Quant à la démocratie, elle est un objectif poursuivi par rapport aux intérêts en jeu et à la doctrine en vigeur. En ce sens, nous nous rappelons la promotion de régimes dictatoriaux dans notre région durant la guerre froide.

 Il y a lieu de noter les orientations des deux principaux partis et leur retombée sur la politique étrangère des Etats-Unis. Il est un fait que les républicains sont réputés isolationnistes face aux démocrates qui sont plutôt ouverts. Le bilatéralisme est l’option privilégiée dans les politiques étrangères vis-à-vis de l’Amérique latine et des Caraïbes considérées comme une arrière-cour.

Haïti bénéficie d’une diplomatie de bienveillance de la part des Etats-Unis qui a dicté l’action humanitaire à son égard en lieu et place d’une politique de dévéloppement durable et de promotion de la production. Vorbe parle lui-même de l’humanitaire militarisé dans le déploiement militaire dans les situations de l’urgentisme. En effet, Al Gore alors vice-président prônait l’implication des ONG dans la gestion de l’humanitaire en lien avec la promotion de la démocratie, du développement par le marché libre.

Haïti se confine dans sa position d’Etat-tampon dans laquelle elle se conforte.

La migration est une préoccupation pour toutes les administrations américaines, démocrate aussi bien que républicaine. Les politiques migratoires des Etats-Unis vis-à-vis d’Haïti vacillent entre des mesures moratoires et humnitaires et l’Etat policier. Donald Thrump n’a pas lui-même caché ses positions anti-immigrant et voudrait les appliquer sans réserve. Ce qui est une derogation de la tradition des républicains, soit l’expérience de Ronald Reagan en 1983 et le plan de Comprehensive migration de Georges W.Bush en 2004. Mais en 2006, sous l’administration des démocrates, les Etats-Unis ont déporté 19 7000 personnes, dont 95% seulement en Amérique latine et dans la Caraïbe.

  Le paravent humanitaire de la politique migratoire ne saurait remplacer l’action de dévéloppement durable et le renforcement de la productivité en lien à la tradition des politiques de substitution par importation. Les élections présidentielles américaines n’ont aucun effet de pédagogie politique sur Haïti alors que ”pour un Américain, démocratie est synonyme d’élections” (Denenberg, 1987 :151). Les régimes de fait sont de l’apanage de la démocratie haïtienne. Ce sont ces acteurs non légitimes qui entretiennent paradoxalement des relations de coopération avec les gouvernements démocratiques des Etats-Unis.

Références bibliographiques-

  -Sous la direction d’Elisabeth Vallet et David Grondin, les Elections présidentielles américaines, Presses de l’Université du Québec 2004.-Melvin I. Urofsky, Basic readings in U.S Democracy, United State Information Agency,Division of the study of the United States, Washington D.C, 1994. -R.V. Denenberg, Le système politique des Etats-Unis, 2e édition, Nouveaux Horizons, Economica, Paris 1987-    Josh Dewind et David Kinley III,Aide à la migration-impact de l’assistance internationale à Haïti, CIDIHCA, Montréal 1988.-Charles Vorbe, mondialisation néolibérale et sous-développement en Haïti, Cahiers du CEPODE, No 1, 1ère Année, septembre 2009.GARR,Rapport annuel sur la situation des droits humains des migrants haïtiens en 2007, Port-au-Prince, avril 2008.- Pablo Marinez, El  Caribe bajo las redes politicas norteamericana, Coleccion Historia y Sociedad No 78, Editora Universitaria UASD, Santo Domingo 1987.