Veredictum = Dire la vérité
En Amérique comme en Occident, il est proverbial que la liberté d’expression et d’opinion constitue le socle de la démocratie américaine qui est perçue comme la plus aboutie dans le monde. Si l’on se base simplement sur la sacro-sainte garantie de liberté d’opinion aux États-Unis d’Amérique, il est évident que la question en haut de page ait vieilli et/ou ait vécu avant même qu’elle ne soit posée. L’idée reçue a cela de bon, qu’elle dure dans la conscience au moyen de propagande et de matraquage médiatique ; mais lorsqu’on la questionne, elle paraît bien évasive dans ses réponses mythologiques ou formolées. Nous allons quand même tenter de soutenir notre interrogation par des arguments qui se rapprochent de la vérité, du moins à ce but que nous visons. Avant de dérouler les faits réels ou supposés, nous voulons interpeller la conscience des uns et des autres sur les incohérences du discours dominant dont les manipulations et les affabulations qu’il comporte sont faites pour dénaturer la vérité, et non pour la rechercher et l’affermir. Encore que le discours toxique et haineux conduit souvent à des crises sociales violentes, même à des guerres : la guerre apporte le deuil, mais ne ramène personne au monde des vivants. A bon entendeur, salut !
Le 8 novembre 2016, le candidat Donald Trump est élu président des États-Unis dans une élection qui l’opposait à sa concurrente démocrate Hillary Clinton qui jouissait d’une bonne presse. Selon les archives de l’époque, les médias américains soutenaient Hillary Clinton à 76% contre 5% pour Donald Trump parce qu’il était perçu comme un candidat atypique et politiquement incorrect. Personnage de caractère difficile, Trump est très mal vu dans la presse d’opinion dans un monde où la perception joue un rôle important dans l’appréciation de l’individu. Voici un échantillon représentatif selon un document du prestigieux hebdomadaire Courrier International du 9 novembre 2016 :
« Le président Donald Trump. » Ces mots inattendus ouvrent les éditoriaux de la presse américaine, incrédule d’avoir à les employer. « Des mots que nous espérions ne jamais écrire », note The Washington Post. Qui étaient encore hier « impensables pour des dizaines de milliers d’Américains et une grande partie du reste du monde », ajoute The New York Times. « Président Trump, il faudra désormais s’y faire », renchérit le Los Angeles Times, le grand quotidien de la côte ouest, dans un éditorial que sa direction pensait aussi ne jamais devoir écrire. Comme le rappelle The New York Times, les mots « Donald Trump président » sont aujourd’hui le seul horizon des États-Unis. À quoi ressemblera ce futur ? Les journaux sont dans l’incertitude. « Nous ne savons pas », avoue The New York Times. Ni qui il est exactement, ni comment il exercera ses fonctions, ni encore ce qu’il fera du plus grand arsenal nucléaire du monde. « Diriger un pays n’est pas la même chose que prendre le contrôle d’une entreprise », abonde le Los Angeles Times. « Trump ne peut pas simplement virer les gens qui ne sont pas d’accord avec lui. »
The Washington Post veut espérer que « Trump sera un meilleur président que nous ne le craignons ». Pourtant, ajoute le journal de la capitale, « nous ne pouvons pas prétendre être optimistes. » Comme l’écrit le Times : « Nous savons que Trump est le moins préparé des candidats élus de l’histoire contemporaine. Nous savons que par ses mots et ses actes il s’est montré inapte par tempérament à diriger une nation diverse de 320 millions de personnes. (…) Nous savons qu’il ment sans remords. ». « Cataclysme, gouffre, incertitude »… Les médias américains rivalisent de formules catastrophistes. Car Trump à la tête du pays, « c’est encore pire que vous ne le pensiez », estime un chroniqueur de Slate, un média qui, pourtant, est resté confiant dans la victoire de la candidate démocrate jusque tard hier. Hillary Clinton avait traité un jour les partisans de Trump de « bande de pitoyables » (déplorables), rappelle son confrère du très conservateur Wall Street Journal. Ces derniers ont réussi à transformer l’insulte en arme de combat et, aujourd’hui, ils ont gagné, poursuit-il. « Ils vont transformer l’Amérique et secouer le monde. »
Au bout du compte, et bon an, mal an, Donald Trump a exercé la présidence américaine du 20 janvier 2017 au 20 janvier 2021. Il est certes considéré comme un personnage conflictuel, mais, en sa qualité de président, il n’a pas moins gardé la splendeur et le prestige des États-Unis d’Amérique. Sous le mandat de Trump, les États-Unis n’ont pas pris une seule ride comme première puissance économique, comme première puissance militaire et comme première démocratie du monde. Le capitalisme américain, dont la monnaie officielle (le dollar) domine en valeur le marché mondial, se maintient aussi bien sous l’administration démocrate que sous l’administration républicaine. En politique étrangère, il faut le dire, le président Donald Trump n’est pas un va-t-en-guerre comme son successeur le président Joe Biden qui se trouve dans un bourbier de deux fronts de guerre : il arme l’Ukraine contre la Fédération de Russie depuis le 22 février 2022 ; il arme également Israël contre la Palestine depuis le 7 octobre 2023. Deux situations de guerre réelle qui peuvent déboucher respectivement sur une déflagration mondiale dans le cas de la guerre russo-ukrainienne, sur une déflagration régionale dans celle israélo-palestinienne. Le président démocrate Joe Biden bénéficie pourtant des faveurs de la rédaction des grands journaux et des médias télévisés aux États-Unis, lesquels s’en accommodent de sa sénilité.
En réalité, le président Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche dans les mêmes conditions que les autres présidents américains avant lui. Il a dirigé les États-Unis dans la plus pure tradition américaine. Les deux partis gouvernants (républicain et démocrate), qui règnent sans partage sur l’Amérique, sont les fidèles serviteurs des classes possédantes étasuniennes qui façonnent et pérennisent le capitalisme américain. En matière de production et de redistribution des richesses, les deux communautés noire et indienne reçoivent les mêmes mauvais traitements tant sous l’administration républicaine que sous celle démocrate. Noirs et Indiens subissent sans fin les inégalités sociales qui s’érigent en système dans la société américaine d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Vu sous cet angle, on s’aperçoit que la résorption des inégalités, ce n’est pas demain la veille, sans oublier l’exploitation sans frein des classes ouvrières américaines par les classes capitalistes : des rapports sociaux toujours inégaux qui se perpétuent dans le système. Voilà donc, grosso modo, des phénomènes que la presse étasunienne devrait dénoncer au lieu d’en faire un masque sous lequel elle se cache avec son discours trompeur. Telle est notre attitude par rapport à la question posée.
Jean-Marie Beaudouin
Octobre 2024 ; coifopcha@yahoo.fr