Le débat centré sur le rejet des minorités issues des immigrants latinos, caribéens, africains, slaves, grecs, russes résurgit-il dans l’actualité politique? La déclaration en date du 11 janvier 2018 à l’encontre des immigrants haïtiens, salvadoriens et africains assimilés à des ressortissants de « pays de la merde » n’est qu’un simple appendice dans l’histoire des politiques migratoires américaines. Le rebondissement tient lieu lors du premier débat de la présidentielle du 10 septembre 2024 entre les candidats Donald Trump et Kamala Harris quand des immigrants haïtiens ont été associés par M. Trump à de mangeurs de chats, de chiens et de canards et par là étiquetés de criminels et d’indésirables à Springfield, dans l'État américain d’Ohio. Déjà le président Thrump a fait résonner son projet d’interdire aux enfants des sans papiers l'accès aux États-Unis, nés sur le sol américain, en optant pour le jus sanguini dans ces cas. Ce qui renvoie à des situations d’apatridie.
La portée restrictive des politiques migratoires aux États-Unis se maintient et reste dominante, indépendamment du courant politique lié au parti au pouvoir. C’est le cas de la proposition 187, en 1996, sous l’administration du démocrate Bill Clinton, qui a exclu drastiquement les immigrants des avantages sociaux spéciaux : medicaid, food stamp, sauf les services d’urgence. Quant à John Kerry(démocrate), il avait proposé à l'élection présidentielle de 2004 le « Dream act « faveur des procédures de naturalisation automatique des jeunes sans papiers qui ont vécu et étudié aux États-Unis ; un projet auquel le nouveau président d’alors (Georges W. Bush ) s’était opposé. Paradoxalement, le même président républicain Georges W. Bush a initié la loi Bush ou « Comprehensive migration « pour régulariser la situation de 12 000 000 de sans papiers recensés aux États-Unis, qui n’a pas été adoptée dans une chambre à majorité de démocrates. Dans la même lignée des politiques anti-migratoires et policières, en 2006, nous avons assisté à la déportation de l97 000 personnes dans plusieurs régions du monde, dont 95% seulement en Amérique latine et dans la Caraïbe (GARR, 2008). Ce qui s'était poursuivi drastiquement dans la cadre de la présidence de Barack Obama 2008-2012. La présidence de Donald Trump de 2016-2020 a planté davantage le couteau dans la plaie comme championne des politiques anti-migratoires. Si le successeur de Trump, en l’occurrence Joe Biden, a pris des mesures palliatives dans la promotion de politiques humanitaires en matière de migration, le focus anti-migratoire se maintient.
Pour un réveil de conscience collective des minorités raciales, il a fallu la réaction du président républicain Donald Trump en date du 11 janvier 2018 pour promouvoir les immigrants norvégiens comme les bienvenus. A se rappeler qu’il s’agit d’un discours qui assure la promotion d’une migration sélective de gens de la race caucasique jugée, dans une vieille tradition, comme étant une catégorie supérieure. L’ancien président Trump a récidivé dans ses postures exclusivistes le 10 septembre 2024.
Dans l’histoire migratoire américaine, l’image de l’étranger eut été généralement dépréciée, à l’exception de l’intermède 1965-1996 qui a marqué un changement de politique migratoire circonscrit à un pluralisme culturel. Il est un fait que l’éloge de l’immigrant blanc en provenance de l’Europe de l’Ouest et du Nord eut été l’orientation dominante des politiques migratoires aux États-Unis. Entre-temps, les populations natives et les Afro américains n’ont pas eu gain de cause en termes d’intégration sociale ; ils sont autant discriminés que des immigrants globaux. Durant les deux grandes phases de la globalisation économique(1870 et 1970-qui se poursuit avec comme repère l’année 1990-), les immigrants de pays autres que anglosaxon ont été accueillis comme étant des « indésirables bienvenus, « ce pour les besoins du capital. Les législations dictées, par la suite, en ont témoigné, soit l’acte d’Exclusion de 1882 contre les Chinois, l’acte de 1924 revisé jusqu’en 1965 avec la promulgation de l’immigration reform act qui constitue une grande réforme dans les politiques migratoires en promouvant la diversité. Malgré tout, des dispositions spéciales étaient encore préjudiciables pour l’accès de certains groupes. Par exemple, les Haïtiens,Guatémaltèques et Salvadoriens fuyant des dictatures étaient marginalisés dans leur traitement, prétextant qu’ils étaient des réfugiés économiques.
Pour justifier le choix du prototype d’immigrant blanc, nous nous référons à un passage de Graham Taylor dans la 40e conférence sur l’immigration , à savoir « rien en commun n’ existe entre le Latino, le Slave, le Grec, le Russe et le Sémitique en les comparant avec l’Irlandais, l’Anglais, l’Écossais, l’Allemand, le Scandinave, le Hollandais et le Suisse avec qui nous partageons un langage et des antécédents historiques »(cahiers du cepode, 2009 :109). En ce sens, en dépit de l’ascension de groupes minoritaires, au prix de certains élans de démocratisation passagers (1965-1996), la politique migratoire tend à redevenir de plus en plus restrictive. Les États-Unis ont été une terre d’immigrants dont la majorité provient de l’Europe. Les autres groupes non européens, pour être incapables de subir l’assimilation de fait, ne sont pas considérés comme citoyens à part entière. Les médias servent généralement de canaux pour renvoyer une image négative de ces immigrants. Dans l’opinion publique générale, par exemple les Latino-Américains sont dépreciés aux États-Unis (Wilson and Gutterez, 1995). Ils sont considérés comme une menace contre la culture anglo-saxonne, de l’avis de Sheila L. Seshans (2001). L’immigration présente l’image de terreur et, en même temps, une réalité qui suggère la compassion. C’est le cas du Mexicain associé à la pauvreté et serait la cause de la crise économique et de la pauvreté aux États-Unis. Les immigrants sont sujets à des références telles que invasion, criminel, illégal, irrégulier à travers des images que présentent les presses. Le Colombien est perçu comme un criminel et associé à la drogue. Le Mexicain, dans la presse américaine, est aussi considéré comme un animal (Jose Luis Benavides, 2005). L’Africain-Américain est assimilé, lui, à un paresseux, et est moins valorisé par rapport aux Afro Caribéens (westindians).
Tout renvoie aussi aux visions faites de l’Amérique dans la perspective exceptionnaliste. Il est question d’un peuple choisi par Dieu pour une mission civilisatrice (Vallet et Grondin, 2004). Cependant l’approche partisane ramène le peuple à faire la part des choses; certaines fois prévaut la divergence. L’Amérique profonde ou authentique prônée par les républicains s’ oppose à l’étranger. L’assimilation est cruciale dans la culture de référence; l’immigrant est généralement perçu négativement alors que les Européens nordiques sont des groupes privilégiés. L’assimilation est appliquée aux nouveaux migrants de l’Europe du Sud et de l’Est qui sont des Blancs. Les Mexicains, Asiatiques et Africains ne sont pas concernés. C’est de « l’américanisation’ » qui se limite à l’adoption de l’idéal anglo-saxon. Malgré l’approche de Melting Pot, la question de l’assimilation reste déterminante, sinon c’est de la déviance du groupe incapable de s’adapter. Ainsi, les Américains accueillent favorablement des peuples d’autres cultures disposés à rejeter la leur et adopter la culture anglosaxonne dominante. La nation est assimilée aux gens des classes moyennes de la race blanche. L’on comprend alors la rédemption de ces classes pauvres, soient des Blancs comme base sociale du candidat républicain Donald Trump. Ce discours dominant tend à éveiller et interpeller des couches pauvres issues de classes blanches dans des régions désindustrialisées du midwest en particulier dans laquelle se trouve l’État d’Ohio.
Tout se joue autour de l’idée de l’existence d’une identité américaine exceptionnaliste. Ce qui crée un équilibre fragile entre exceptionnalisme et multiculturalisme. Il revient généralement aux candidats aux présidentielles de faire la part des choses en insufflant l’idéologie américaine. L’exceptionnalisme réaffirmé dans la rhétorique présidentielle est déterminante pour la façon dont le peuple américain se conçoit en tant que nation et peut expliquer pourquoi l’idée d’une nation impérialiste est refoulée. Il est courant d’évoquer la question que les États-Unis soient une nation d’immigrants ; l’idée qui a la paternité du président John Fitzgerald Kennedy. Ceci n’est pas évident ; en même temps qu’on prône l’idée d’une nation d’immigrants, de l’autre, on souligne combien les nouveaux immigrants sont fondamentalement différents des Américains et peuvent représenter une menace à leurs valeurs (Vallet Elisabeth,2017). La rhétorique présidentielle peut contribuer à la formation de l’identité américaine et, en ce sens, les élections présidentielles constituent un lieu de réaffirmation de cette identité tout en optant pour le candidat qui représente l’Amérique. Peut-on dire aisément dans le contexte dans lequel se construit l’identité américaine – non comme catégorie immuable- que le peuple américain partagerait les visées du racisme ?
Bibliographie
-Sous la direction de Elisabeth Vallet et David Grondin, les élections américaines, Presses universitaires du Québec, Canada 2004
-Hancy Pierre, » les immigrants caribéens et la politique migratoire des USA « in cahiers du cepode no 1, 1re année, septembre 2009 pp101-121
-Pallassama R. Balgopal, social work practice with immigrants and refugees, Colombia university press, New York, 2000.
-Hancy Pierre, « Immigrant and immigration issues covered by newspaper on 2006”, drafts of research paper, the Findlay University, OHIO, USA, june 2007.
Hancy PIERRE
Professeur Travail social et Migration
The University of Findlay, OHIO,vUSA (2006-2007)