La naissance des piquets, avec Jean Jacques Acaau au19e siècle
Les masses populaires, elles aussi, avaient leurs revendications. Elles avaient supporté presque seules tout le poids de la guerre de l’indépendance. Mais pour assurer le ravitaillement du pays en armes et munitions et garantir son indépendance, il fallait produire pour exporter. Les responsables du nouvel Etat ont alors maintenu les mêmes structures coloniales au détriment des cultivateurs. Les codes ruraux de Dessalines, Christophe, Pétion, Boyer ont tous maintenu le caporalisme agraire.
Or l’accès à la propriété par le morcellement des grands domaines et le droit de travailler leurs lopins en toute liberté, sans aucune contrainte avaient été depuis l’affaire Moyse la toile de fonds des revendications des cultivateurs. Goman et les paysans des montagnes de Jérémie ont pris le maquis après l’assassinat de Dessalines au nom de ces termes. L’historien Le Pelletier de Saint-Remy résume en ces termes la situation. ''Ce noyau africain résolument groupé autour d’un chef de sa couleur sur cette terre du sud qui fut le cœur et le centre de la puissance des sangs- mêlés, ce n’était autre chose qu’une protestation armée et permanente de la race noire contre la domination métisse".
Les concessions faites par Pétion furent vite abandonnées par son successeur. La politique agraire visait à reconstruire les grandes propriétés par l’expropriation des parcelles déjà existantes. Quant aux masses, elles voulaient un déplacement de la propriété à leur profit étaient mécontentes du code rural de 1826 qui leur rappelait par trop le régime antérieur de 1804
Elles avaient aussi d’autres revendications : Quelles sont les revendications des gangs armés aujourd'hui ? Aucune
Elles étaient conscientes de l’exclusivisme dont elles étaient frappées et de la nature de l’Etat qui les opprimait et les exploitaient. L’historien V.Schoelcher, en visite en Ayiti, a montré du doigt l’intention de l’oligarchie de tenir le peuple écarté de l’instruction, en dénonçant, dans le journal le patriote du 15 mars de 1842 « le système machiavélique qui compte sur l’ignorance des peuples comme moyen de sécurité ».
Dans la république de l’Ouest, l’instruction était une affaire de caste. Les masses, par la voix de leur leader, Jean Jacques Acaau réclameront leur droit à l’instruction. Etant donné que Pétion, Boyer, Rivière Herard ont été des hommes de couleur, elles crurent trouver une piste de déblocage à leur situation en réclamant un noir à la présidence. Cependant elles purent poser le problème avec réalisme en établissant l’équation : « Neg rich se mulat, mulat pov se neg », montrant ainsi que les exploiteurs sont de toutes les couleurs. Elles se montrèrent méfiantes vis-à-vis du leadership de Salomon.
Elles se montrèrent une nette compréhension du mécanisme d’exploitation dont ils étaient victimes, qui fixaient des prix dérisoires pour leurs denrées et qui leur faisaient acheter au prix fort les produits importés. Elles réclamaient de meilleurs prix pour leurs denrées et des prix abordables pour l’aune de toile, les instruments aratoires et autres produits importés. La troisième phase dans la crise de 1843-1844 a été marquée par la personnalité de Jean Jacques Acaau qui cristallisa le mécontentement populaire et se fit proclamer « Chef de l’armée souffrante et des Réclamations populaires ».
Le but politique et social du mouvement était :
1-Amoindrir ou supprimer la prépondérance politique des hommes de couleur, mettre un noir a la présidence (But politique)
2- Déposséder certains citoyens réputés riches et partager leurs biens et une partie des biens de l’Etat entre les propriétaires (But social et économique)
Pour Madiou, ce mouvement est l’inauguration de la guerre à la grande propriété. Il avait un contenu révolutionnaire et allait résister pendant quatre ans aux assauts de l’Armée
Louis Joseph Janvier signalait la conscience claire des Piquets qui, par une sorte d’inspiration économique, réclamait la terre aux paysans. Ce mouvement des Piquets (les hommes d’Acaau portaient des armes faites de piques, de bois pointus, de quelques fusils etc) a une signification profonde : Elle marque une des étapes de la lutte des classes dans l’histoire
La Proclamation au peuple et à L’Armée
Louis Jean Jacques Acaau, général en chef des réclamations de ses concitoyens.
Citoyens et Soldats,
Je dois à mes citoyens un compte - rendu fidèle de la cause de la contre - révolution qui surgit, des évènements qui l’ont accompagnés, et du but auquel elle aspire
Assez longtemps courbés sous le joug avilissant du despotisme, nous attendions du temps le remède à nos maux. L’éventualité de l’éducation nationale, le dépérissement de nos champs, le pays écrasé sous le poids d’une dette monstrueuse, son avenir abandonné au hasard, tout annonçait l’approche d’une crise politique : la lutte éclata, l’ancien gouvernement écroula, et la nation accepta tout d’abord les promesses solennelles de la révolution. Cependant, loin de marcher la voie de légalité, le nouveau pouvoir par des actes arbitraires dont nous nous croyons délivrés à jamais, a contristé nos cœurs
La population des campagnes, réveillée du sommeil où elle était plongée, murmura de sa misère, et résolut de travailler à la conquête de ses droits. Dans une assemblée solennelle, j’ai été revêtu du titre de chef des réclamations de mes concitoyens ; j’ai juré en présence de la divine providence, à tous les braves qui m’entouraient, d’être fidèle à leurs vœux. Un cri unanime applaudit à ce serment sacré. Quatre points principaux sont l’objet de la réclamation populaire ; le maintien de la constitution. Avec la constitution, l'agriculture sera respectée et honorée, le rappel des citoyens Salomon et leurs compagnons, l’abolition de la loi martiale, et le retour du 1er régiment dans ses foyers.
L’apparition d’un autre groupe armé, les zinglins
A l’avènement de Soulouque, la situation politique n’était pas des plus rassurantes. Les partis s’affrontaient : le parti bourgeois contrôlé par des anciens boyeristes : les frères Ardouin, Beaubrun et Celigny en tête ; à Port-au-Prince, un parti populaire qui recrutait ses partisans dans les quartiers populaires de la ville « Le parti zinglin », ayant à sa tête Maximilien Augustin, dit Bobo. Ce parti avait comme objectif principal de mettre un noir à la présidence. Il faut souligner également les tendances séparatistes du nord et la lutte sociale dans le sud, avec des leaders très influents, tels les Salomon, les Rameau aux cayes.
Soulouque au départ se montre très conciliant. Il garde les ministres de Riché. Mais il est méfiant et les propos de Celigny l’agacent, se vantant au palais de savoir faire et défaire les chefs d’Etat, ce à quoi Soulouque répond pas n’est pas une chemise que l’on peut changer à sa volonté
Des rumeurs persistantes de révolte dans le nord le décident à s’y rendre, en mission de pacification et il invite ses ministres à l’accompagner. Celigny objecte que, ministre de l’intérieur, sa présence est nécessaire à Port-au-Prince. Soulouque insiste. Celigny démissionne. Le président alors, éclate : « Ministre ou non, vous viendrez », et Celigny doit suivre le président.
Pendant l’absence de Soulouque, c’est la terreur à Port-au-Prince, entretenue par les zinglins et leur chef Bobo. De retour à Port-au-Prince, Soulouque fait arrêter le sénateur Joseph Courtois qui, dans son journal, avait dénoncé les provocations de Similien. Soulouque consent avec peine à lui faire grâce de la vie et à le laisser partir.
La nomination de Similien à la tête de la garde a été un rude coup pour le parti bourgeois, encore appelé Parti de L’ordre, c’est--à-dire le système établi qu’il ne faut pas toucher. Cette initiative montre la volonté de Soulouque de prendre ses distances en s’appuyant sur le parti populaire. En Avril 1848, c’est l’explosion. Le 9 de ce mois, au cours de la parade de la garde, on crie dans les rangs « Abas le ministère ! vive Soulouque », c’est là une initiative contre le ministère bourgeois. Soulouque cède et fait appel à des hommes nouveaux ; parmi eux Salomon jeune
Mouvement des cacos
Les féodaux militaires du nord, inquiets devant les représailles ordonnées par le gouvernement contre ceux qui avaient combattu Salnave en 1865, prennent l’initiative de le combattre, les armes à la main, en soulevant leurs métayers, leurs « de moitié », c’est-à-dire les paysans sans terre de la région du nord-Est qui travaillent pour eux suivant le système « de moitié ». Ces paysans en armes se donnent le nom de « Cacos ». Ainsi est né le cacoïsme.
Le journal officiel « Le Moniteur » du 12 février 1870 donne l’explication suivante au mot « cacos » : « Nom donné par les Espagnols aux esclaves révoltés de Saint- Domingue qu’ils aidaient. Ils les baptisent pour les rendre un objet d’horreur à leurs propres esclaves. Ce nom était synonyme de ''brigand, méchant, bandit'' ».
Le 22 avril 1868, des hauts gradés de l’armée de Salnave, alors en guerre contre les cacos, réunis au trou, demandent, dans un acte, la mise en veilleuse de la constitution et la dictature en faveur de Salnave. C’est l’acte du trou.
L’opposition composée du secteur commercial, de la bourgeoisie, du secteur religieux, des grands propriétaires terriens du nord répond par la formation de « Comités de Salut Public » à Saint-Marc, à Léogane, à l’Anse-a-Veau, à Pétion-Ville, au cayes. C’est l’extension de la guerre civile qui, pendant deux ans, achève la débâcle économique du pays. A Port-au-Prince, une révolte « des jeunes gens de la société » échoue.
Charlemagne Péralte et les Cacos.
L’application de la loi martiale, le système corvée, la convention, la constitution. D’après Roger gaillard, le terme cacos vient du mot « Tako » cacos, un oiseau qui mange des anolis. Durant la guerre civile qui oppose les cacos contre Salnave, les cacos considèrent salnave comme des anolis qu’ ils vont manger. L’une des grandes figures de la résistance des cacos contre les Américains furent Charlemagne Péralte. Sur demande des Américains, il fut révoqué. Vexé, il retourne à Hinche, sa ville natale où il prit des armes. En 1917, il fut arrêté et condamné à cinq ans de prison aux travaux forcés. En 1918, il se sauve et s’éparpille à travers les mornes pour organiser la résistance. Il fut trahi par ses propres frères d’armes et tué le premier novembre par les Américains
Les tontons macoutes
En juillet 1958, à la suite d’une tentative de coup d’Etat, le parti de l’Unité Nationale met en place une milice paramilitaire : les « Volontaires de la Sécurité Nationale(VSN) surnommée les tontons macoutes, créée le 29 juillet 1958. Autoritaire, Duvalier multiplie les actes d’arrestation et de condamnation à mort. Le Parti de l’Unité Nationale (PUN) est un parti politique haïtien d’extrême droite fasciste, qui fut le parti unique du pays sous la dynastie des Duvalier, dictature familiale autocratique dirigée par François Duvalier dit « papa Doc », de 1957 à 1971, puis par son fils Jean Claude Duvalier dit « Bébé Doc » de 1971 à 1986. Les tontons macoutes avaient pour enjeu de protéger le pouvoir des Duvalier par tous les moyens.
Les Attachés
Le Centre de ressources et d’information du service d’immigration et de naturalisation des Etats-Unis ( united states immigration and naturalisation service-INS) a publié un bref document fournissant une autre description des attachés (Etats-Unis 30 avril 2002). Selon ce document, les attachés étaient « rattachés » à des unités militaires, nombre d’entre eux étant recrutés par des chefs de section de l’armée pour aider à garder sous contrôle les régions rurales reculées. Le document signale que les attachés étaient des auxiliaires « quasi-officiels » des unités militaires, et certains d’entre eux recevaient un entrainement militaire officiel et une arme, alors que d’autres étaient des informateurs ou « voyaient simplement leurs trafics protégés par l’armée. Le document conclut que dans les faits le terme« Attaché » désignait tout civil collaborant avec l’armée.
On peut constater que les groupes armés avaient plus ou moins une connotation politique, ils se battaient pour le peuple contre un mauvais gouvernement ou contre le peuple pour un gouvernement.
Sources : Période, après l’indépendance jusqu’à François Duvalier, Wesner Emmanuel
Individu et Société, introduction à la sociologie, 2eme Edition.
Email : lutherbazelaissygrin@gmail.com
Luther Bazelais Sygrain, politologue