Quand la plume du journaliste Claudy Junior Pierre subit l’assaut  du Directeur de la résidence hospitalière à l’HUEH

Dans mon Terre-Neuve natal il est formellement interdit de solliciter voire prendre la parole, même accordée, une fois que le « Grandèt » aura dit son mot.

Par Dr Elysee Louissaint
30 juil. 2024 — Lecture : 8 min.

Dans mon Terre-Neuve natal il est formellement interdit de solliciter voire prendre la parole, même accordée, une fois que le « Grandèt » aura dit son mot. Mais au constat des différentes acrobaties réalisées pour modifier le processus d’admission en résidence hospitalière au mépris des règles et lois en vigueur je me trouve dans l’obligation morale de verser quelques mots dans ce débat de mauvais goût pour tous ceux qui aspirent à frapper les portes d’entrée de la spécialisation en Médecine dans les hôpitaux universitaires financés par le budget de la République.

In limine litis, il convient de préciser que ces lignes me sont inspirées par la Lecture en ligne d’une mise au point publiée dans les colonnes de Le Nouvelliste sous la plume du Dr Rodolph Malebranche : « Les vrais problèmes de la résidence hospitalière ». Le titre est évocateur et insinue l’existence d’autres problèmes non rangés dans la catégorie de vrais par l’actuel  Directeur de la Résidence Hospitalière à l’HUEH et ancien Ministre de la Santé Publique et de la Population sous le mandat duquel le premier concours classant pour l’entrée en spécialité de Médecine a été réalisé en 1995 suite au rapport de nombreuses irrégularités liées à l’appréciation trop peu académiques des postulants par de nombreux chefs de service des différents hôpitaux universitaires du pays. Disons-le clairement: les critères académiques n’étaient pas les premiers éléments à retenir pour l’admission dans un service. Les rapports de proximité avec les chefs bénéficiaient de la préséance au point que la petite histoire d’admission au Service d’Obstétrique et de Gynécologie de l’HUEH nous met au parfum d’un postulant 2eme lauréat de sa promotion qui a dû retourner dans sa commune d’origine avec ses rêves de devenir Obstétricien-Gynécologue parce qu’il était incapable de nouer au goût du chef de service les nœuds de sa cravate. A la maternité Isaïe Jeanty et Leon Audain, il y une phrase qui nous faisait tous rire à sa simple évocation « le marronnage n’est jamais payant » du Dr Roger Lafontant car rappelant l’histoire d’un Médecin (celui qui nous contait le récit) admis parmi les cinq lauréats sur une cohorte de 10 postulants alors qu’il était classé septième suite à l’examen réalisé au service. L’intervention de la femme du président de l’époque a dû rétablir la normalité au profit du mieux classé, soit le 5ème. Notre vénéré Médecin de Service a dû malgré lui vider les lieux avec promesse d’être admis l’année prochaine moyennant le port du BLEU lors des traditionnels Te deum. Je tairai volontairement maintes histoires trop peu compréhensibles de ce modèle de recrutement par les chefs de chaque service pour lequel certaines des autorités académiques opérationnelles se battent avec la dernière Energie. Pour avoir été le premier, après avoir  lu sur les réseaux sociaux grâce probablement à une fuite planifiée la note/proposition de recrutement de l’HUP signée des trois Responsables a dénoncé sur le groupe des Professeurs ce stratagème concocté pour poursuivre la fragmentation de la Résidence Hospitalière au mépris des normes en vigueur (loi sur la Résidence Hospitalière et règlements de la Résidence Hospitalière dans les Hôpitaux publics financés par le budget de la République) je suis dans l’obligation de ne pas observer un silence pesant face à cette mise au point de mon estimable aîné qui relate une certaine vérité. Il convient aussi de rappeler qu’une nouvelle note explicative émanant des dirigeants de l’HUP était publiée moins de 48 heures après mais cette fois-ci signée pour le Directeur Exécutif par le Directeur médical. Les informations de coulisse laisseraient croire que c’est à la suite d’un rappel officieux à l’ordre des responsables par les autorités stratégiques du MSPP. Donc la note publiée était bien dans son contexte.

« La Résidence hospitalière de l’abandon à la banalisation » je ne sais pas trop ce que ça véhicule comme contenu mais ce que je peux relater c’est que ce groupe de travail est bel et bien constitué et a eu plusieurs réunions mais sans la participation du Vice-Doyen de Médecine comme première personnalité académique à la FMP et la Vice-Doyenne de Pharmacie (cf. Lettre ouverte du Vice-Doyen de Médecine au Doyen de la Fac). A eux trois, ils symbolisent le Décanat lieu d’adoption de toutes les décisions stratégiques devant engager l’avenir de la Fac même si le dernier mot revient à l’assemblée des Professeurs suivant les règlements en vigueur à la Fac. Le Dr Malebranche comme fin lecteur et procédurier sait pertinemment que la réalité stratégique d’une telle décision de recrutement du groupe de travail mis en place par le Doyen et du Doyen seul. Administrativement, l’ensemble des membres du groupe de travail relèvent de la hiérarchie du MSPP et le Doyen de la hiérarchie du Rectorat de l’UEH qui avait mis un arrêt momentané à ce processus de fragmentation initié par le Doyen de la section de médecine de Limonade d’alors.  

DONC la décision de mettre un terme à ce mode habituel de recrutement de résidents en vigueur relève uniquement et strictement d’une décision de la direction générale sur instructions du Ministre du MSPP et du Décanat de la Faculté de Médecine et non d’une commission de travail mis sur pied pour les besoins de la cause. Même si on doit admettre que ce groupe de travail d’acteurs de la chaine opérationnelle est une très bonne initiative pour la résidence hospitalière. Mais que chaque Bourrique braie dans son pâturage : à la chaine stratégique ses prérogatives, à l’opérationnelle les siennes. L’histoire de recrutement de résidents en spécialités de ces 15 dernières années regorgent de trop de subjectivités pour déléguer cette étape aussi décisive de la vie d’un médecin en apprentissage pour la confier à la seule sagacité d’un chef de service. Durant mon bref passage comme faisant fonction de Chef de Service à la Maternité Isaïe Jeanty et Leon Audain en 2013, j’ai vu de mes yeux vus des résidents admis en résidence hospitalière sans être inscrits au concours au détriment d’autres inscrits et de deux Boursiers de l’Etat n’ayant pas la proximité requise avec les Chefs. J’ai dû naturellement intervenir avec une énergie herculéenne devant cet abus flagrant pour porter le Directeur d’alors à se ressaisir. A l’HUP je suis informé, bien avant ma venue au 3eme cycle, de la situation deux résidents non admis dans un service suite à la publication des résultats du concours organisé pour la rentrée qui ont pu trouver des mains de médecins de service puissants pour les imposer dans la cohorte admise au service et cela au détriment d’autres mieux classés, et à l’HUEH dans différents services la reproduction du même scénario est actée. Il était temps de mettre un terme à ce spectacle honteux et dégradant qui nous déshonore et la liste d’attente élaborée pour combler les places restées vacantes en Résidence hospitalière s’inscrit dans cette logique même si elle érode certains privilègesEt c'est surtout là que le bât blesse COMMENT DEMANDER à une faculté d’organiser un concours et confier la responsabilité aux services de décider qui ils veulent recevoir en vertu de critères très peu objectifs ??? au nom de quelle logique ?? Que fera-t-on de la liste d’attente ?? Je n’ai jamais vu une entreprise où les modalités de recrutement sont définies par les employés pour imposition au patron. Le MSPP nous aura permis de tout voir. Le premier devoir de toute institution de l’Etat est d’appliquer et de faire appliquer les dispositions légales en vigueur. Et d’assumer l’initiative de donner un coup de jeunesse à ces lois et règlements en suivant la voie tracée, au cas où ces lois subissent l’usure du temps. Le Dr Malebranche a bien décrit la méthodologie appliquée par le groupe des Chefs de service et responsables de Formation des différentes structures hospitalières pour justifier cette velléité de retourner au modèle ante de recrutement qui, du point de vue théorique, présenterait de nombreux avantages mais se heurte en pratique à pas mal de nos comportements tendant à favoriser ceux qui revendiquent une certaine proximité avec les puissants du moment. Heureux ceux et celles qui dans ce processus peuvent faire une déclaration sur l’honneur : Je déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt.

Quant au non-recrutement de Résidents pour 2023-2024 dans les hôpitaux universitaires publics, c'est à l’actif du service social qui a démarré très tard car il est clairement stipulé dans le décret du 7 Mai 1981 réglementant le service social dans ses articles 3 et 7.

Article -3 Dès la publication du présent décret, tous les médecins diplômés de chaque promotion seront astreints, sans exception, à un service social qui se fera, durant une année complète, soit du 1er octobre au 30 Septembre, dans n’importe quel Etablissement de Santé ou localité située en dehors des limites de la capitale (article 04 pour l’aménagement d’un service social orienté vers les populations suburbaines et rurales.

Article 07- À l’expiration de leur service social et sur rapport circonstancié des Administrateurs de Districts ou du Directeur Régional dont ils relèvent, les Médecins ont droit à la licence qui les habilite à exercer la Médecine sur toute l’étendue du territoire de la République.

Le médecin qui n’a pas accompli son année de service social n’aura pas droit à cette licence.

 Et la grève à l’Hôpital universitaire Justinien et celle de près de 6 mois à l’HUEH et ….

Article 13-La détermination du nombre de postes de résidence pour chaque spécialité se fera par les soins de la Direction générale de la Santé publique, en accord avec les Directeurs Médicaux et les Chefs de service intéressés.

Le Dr Malebranche a bien raison quand il parle de Résidence à double vitesse mais elle l’est dans un système de soins à plusieurs vitesses qu’il nous faut un jour ou l’autre adresser dans l’intérêt de la Population.

Le devoir de réserve m’impose l’obligation de seulement relater que la résidence à l’hôpital Universitaire de Mirebalais bénéficie d’un financement de l’aide publique au développement avec un exercice fiscal différent de celui de la résidence hospitalière dans les Centres et Hôpitaux universitaires bénéficiant du budget de l’Etat (1er octobre au 30 Septembre). A chaque financement ses exigences. Il faut tout intégrer dans son contexte.

En définitive la mise sur pied de ce groupe de travail composé de chefs de service et de Formation des différents Hôpitaux bien que nécessaire s’inscrit prioritairement dans une dynamique de fragmentation généralisée de la Résidence Hospitalière en couverture d’une tentative très peu inspirée d’Octobre 2023 pour réaliser dans l’incognito un concours dans le Nord programme pour le 30 octobre 2023 alors que celui de la FMP l’était pour le 15 octobre du même mois. Un heureux hasard dû au non-respect caractérisé de la méthodologie tracée pour un tel processus a entrainé le report du concours fixé à Port-au-Prince, question de laisser du temps à la Direction Générale du MSPP et du Décanat de FMP de concerter pour un concours respectant les normes établies. L’approche la plus intelligente serait de profiter de ce groupe de travail pour recueillir les informations nécessaires à l’élaboration d’un plan stratégique pour la Résidence hospitalière en ayant bien en tête le souci d’avoir un budget consolidé. Quant à Mirebalais, il affiche les avantages et les inconvénients de son développement relatif. Vouloir se mettre à son niveau, c’est bien ; mais tous les spécialistes de la Santé Publique savent qu’introduire dans ses structures des services qu’on n’a pas les moyens de continuer à fournir est la pire des décisions à adopter par un staff de managers responsables. L‘avenir que nous rêvons tous doit se construire en ne négligeant aucun paramètre.

Dr Elysee Louissaint

Médecine Générale /Obstétrique-Gynécologie

Professeur à la Faculté de Médecine et de Pharmacie et Faculté d’Ethnologie (UEH)

Dernier Directeur du Troisième Cycle des Etudes Médicales/Coordonnateur du DESS-MGSS

Membre de l’Union des Médecins Haïtiens (UMHA).