La crise sécuritaire désastreuse de la région métropolitaine de Port-au-Prince, une opportunité à saisir

Contexte et opportunité Contexte   Il est de toute évidence qu’Haïti traverse une crise sécuritaire profonde qui affecte tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens.

Le Nouvelliste
25 juin 2024 — Lecture : 6 min.

Contexte et opportunité

Contexte

  Il est de toute évidence qu’Haïti traverse une crise sécuritaire profonde qui affecte tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens. Cette situation est le résultat de facteurs historiques, économiques, politiques et sociaux complexes. La violence, l'instabilité politique et les défis économiques se combinent pour créer un environnement de grande insécurité.

Aujourd’hui, plus de la moitié de la région métropolitaine se trouve contrôlée par les gangs. Les gens fuient les quartiers, les habitations sont désertes et délabrées, les propriétés ne valent plus rien. L’urgence est de mise. En temps normal, en raison de son coût, il ne serait pas imaginable d’oser penser à une telle mesure. Car, il en coûterait une fortune pour son implémentation. Aujourd’hui, la possibilité en est offerte. Il faut la saisir.  L’abandon du territoire aux gangs est une aubaine pour un État qui sache saisir les opportunités. Il y a urgence.

 Toutefois, l’urgence ne signifie pas agir sans avoir de plan. Fort de cela, il est loisible pour tout initié à la gestion de la sécurité publique de voir en cette crise une opportunité de développement durable.

 Comme pour toute crise, en pensant à sa résolution, il s’agit d’avoir une approche adéquate, une réponse coordonnée, une récupération et une amélioration continues pour minimiser les impacts négatifs, renforcer la résilience et prévenir les futures crises. L’occasion est offerte de jeter les bases pour la prévention de la prochaine crise sécuritaire et écologique. De telles occasions se présentent rarement deux fois. L’autre dirait qu’il faut saisir la chance qui passe.

  Opportunité à saisir :

  La crise sécuritaire offre une seconde chance par rapport au tremblement de terre destructeur de 2010. Ce fut une opportunité ratée. Car, il n’y avait pas de temps pour concevoir un plan d’urbanisation et d’aménagement du territoire incluant la modernisation de la région métropolitaine, la gestion de la circulation des personnes, des biens, et la protection de l’environnement. Ainsi, cela n’a pas été fait. Au contraire, avec le déplacement des gens et le tohu bohu engendrés par ladite catastrophe, la région métropolitaine sinon le pays s’est effondré dans un amas de détritus favorable au développement des gangs et au développement des maladies endémiques. A titre indicatif, le choléra en a fait son lot de victimes.

 Aujourd’hui, bien que profondément préoccupante, la crise présente une opportunité unique pour repenser et réorganiser le pays. Tenant compte de la fragilité environnementale de l’aire métropolitaine, il n’est pas faisable de recourir aux exploitations minières et d’autres ressources qui nécessiteront des investissements importants et qui retarderont la résolution à court terme du problème.

 L’un des éléments clés de cette opportunité est le modèle de gouvernement de transition en place. Cette structure semble être l’entité idéale pour aborder de façon sereine la crise et venir avec des solutions durables voire irréversibles.

 Fondamentalement, par sa composition, (CPT/Premier ministre) il est l’expression d’un consensus qui a pu regrouper les éléments les plus disparates du pays.  Déjà, tous les secteurs vitaux (politique, idéologique, économique et sociale) du pays y sont représentés. Plus important, les personnalités qui y font partie présentent le profil de dirigeants désintéressés qui peuvent se retirer de la vie politique après leur mandat.

Dès lors, l’opportunité de faire de la zone métropolitaine momentanément sous le contrôle des gangs une expérience pilote de développement semble être à portée de main.

Pour ce faire, il s’agira de :

  1. Nationaliser les espaces momentanément occupés par les gangs sinon la région métropolitaine.

En plein 21e siècle, le Renforcement de la Présence de l'État haïtien s’impose. Cette mesure aura deux grandes conséquences. a) relever et perpétuer le nom d’HAITI, b) donner à l’Etat la latitude pour planifier sa Réorganisation axée sur la protection écologique, la prévention du crime et la protection des droits humains. Il s’agit de remettre l’Etat haïtien dans ses droits. Car, il est impératif de prévenir la reproduction de ces mêmes phénomènes (pauvreté, indignité, crime, et violation des droits humains) dans le futur.

2- Les bénéfices d’une telle mesure

Les bénéfices sont tellement énormes qu’on ne pourra pas les évaluer ici. A côté des retombées financières, fondamentalement, il s’agira de placer HAITI au rang des pays qui ont su contribuer à humaniser les relations entre les gens. A travers leur révolution, les Etats-Unis, la France et HAITI sont les trois symboles de l’expression du Siècle des lumières. Ce faisant, ladite région métropolitaine aura la vertu d’être transformée en un grand centre touristique, commerciale et culturelle.  Renforcer l'identité nationale et la fierté culturelle restent et demeurent des valeurs inestimables. Entre autres, pourquoi pas transformé la zone de la Croix-des-Bossales en un musée historique ?

 Avec la reprise du contrôle de ces espaces, leur réorganisation se fera sur la base d’une planification environnementale axée sur la prévention du crime et la protection de l’environnement. La zone pourra être transformée en une zone stérile qui s’étendra depuis Gressier jusqu’à l’Arcahaie sinon la côte des Arcadins.

  L’État pourra implémenter progressivement les multiples phases relatives à la résolution de la crise et permettre au pays non seulement de se relever économiquement mais également de se lancer à tous les niveaux.

3- Quid du coût et des ressources financières ?

 A première vue, il peut sembler être un big deal. Cependant, la réalité indique le contraire. Un pays comme Haïti, au vu de son histoire riche et unique, marquée par sa révolution, son indépendance, sa culture vibrante et sa situation géographique, ne doit pas se faire des soucis pour le coût de ses projets. Toutefois, cela peut se réaliser progressivement. Ce qui est important et urgent, c’est de trouver la première tranche.  Ce faisant :

Deux approches complémentaires nous paraissent probables :

  1. Sans vouloir réveiller les vieux démons de la remise de la dette de l’indépendance et celle du vol des devises du pays par les puissances expansionnistes, il s’agira pour le gouvernement de transition de lancer un appel à solidarité auprès des individus et pays dont Haïti à aider dans le temps (on ne parle pas de pays amis). Aussi, l’appel peut s’étendre aux Nations Unies.
  2. Au cas où la première approche ne porte pas résultat dans les cent (100) premiers jours, le pays aura à émettre des bons du trésor ouvert aux étrangers pour un certain montant dépendamment du coût de la mise en œuvre.

Pour le remboursement de l’argent, un plan touristique attractif va pouvoir générer des ressources financières et économiques suffisantes non seulement pour le remboursement du prêt mais également pour la multiplication des projets pilotes dans tout le pays.

Il ne fait point de doute qu’à travers des structures bien définies, l’État haïtien, haut de sa contribution à l’émergence de la culture mondiale, va et doit trouver les ressources financières nécessaires à réaliser la première étape de l’expérience pilote. Ainsi, dépendamment du résultat obtenu, l’expérience pourra s’étendre à travers tout le pays.  

Quesner STEPHEN

Juin 2024

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Master’s in criminology

Baccalauréat en Gestion de la Sécurité Publique.

904-616-2108