(Quand sept princesses résident dans un si petit château…)
D’emblée, il convient de reconnaitre qu’on parle d’un Premier ministre qui vient en complément d’un Conseil Présidentiel, aux compétences politiques et expériences technocratiques diversifiées, avec les capacités tant d’un responsable exécutif efficace que celles d’un coordonnateur d’actions gouvernementales pleinement focalisé sur les objectifs à atteindre et les échéances à se fixer raisonnablement pour délivrer l’ultime marchandise, un retour à l’ordre constitutionnel axé sur des élections crédibles. Tout détour ou retard ne pourront être qu’à tout le moins, préjudiciable pour la finalité qui consiste à redonner à l’ensemble de la population les conditions minimales de base pour prendre en charge sa destinée en s’assurant de pouvoir « prévenir », en attendant de se donner les moyens de pouvoir « guérir ».
De là peut et doit partir les germes du retour à la confiance et de l’espérance. Mais si par bonheur - nous nous efforçons d’être optimiste - le pays accepte d’avaler l’absinthe amère de l’hydre de Lerne, qui faut-il choisir comme docteur pour nous le faire gargariser. Quel premier ministre pourrait diriger Haïti dans ces sombres circonstances et réussir à freiner la descente aux enfers. Dans cet imbroglio constitutionnel pour, au moins, donner une semblance de légitimité à la nouvelle équipe gouvernementale, quel genre de caractère faudrait-il avoir ? Sur quel pied faudrait-il qu’il danse ? Comment tenir les avirons et/ou le gouvernail de ce bateau où personne ne fait confiance à personne ? Voilà une série de questions qui doivent être de la plus haute priorité, lesquelles demeurent, malgré tout, sans réponse à date. Nous ne voulons pas nous ériger en grand connaisseur de la politique haïtienne, mais nous nous contenterons de répondre scientifiquement à la plus pressante des questions : qui choisir comme premier ministre pour sauver notre Haïti agonisante ?
Rappelons que selon la loi mère, le premier ministre dispose de l’Administration Centrale d’État et dirige l’action gouvernementale. Son pouvoir réglementaire lui permet de proposer des règlements d’application destinés à assurer l’exécution des lois et le bon fonctionnement de l’administration publique. En revanche, le service public poursuit des finalités liées à l'ordre et la régulation, la protection sociale et sanitaire, l'éducation et la culture, l'économie et la sécurité, etc. Aussi variés soient-ils, les agents du service public sont soumis à trois grands principes : i)- la continuité du service public, ii)- l'égalité devant le service public et iii)- l'adaptabilité (ou mutabilité) de celui-ci. Le premier ministre a la tête de tout ce beau cortège, donne le ton. Voici donc la sphère légale de travail dans lequel un chef de gouvernement haïtien devrait évoluer.
Dans le cas d’Haïti, l’administration publique souffre d’une carence grotesque en matière de qualité des services fournis et d’une cécité d’égalité devant le fournaiture de service adéquat et efficient (Le concept de ‘’Qui est servi quoi’’). A dire vrai, au moment où l’on parle cette Administration Centrale n’existe plus. Le premier ministre à venir doit s’en forger « une de raison » et a pour devoir de débloquer la situation « avec autorité et non autoritarisme » en commençant par offrir des moyens de survie (services de base), les yeux bandés, à cette population qui a tant souffert ces dernières années et qui refuse avec raison de ne plus croire au père Noel. Qui nous faut-il ?
Un Winston Churchill coulé à la Martial Célestin.
(La conciliation de l’autorité étatique et technocratique avec une approche anthropologique qui privilégie la protection de la vie).
A.- Un Winston Churchill moderne, ou un jeune lion
Sir Winston Churchill Leonard Spencer, populairement appelé le vieux lion, était un militaire sorti du “Royal Military College” de Sandhurst, qui a fini sa carrière dans les arènes politique de la Grande Bretagne. Homme de conviction, de caractère, il devint en mai 1940, Premier Ministre d’Angleterre et se tînt à ce moment-là debout entre Hitler et le reste de l’Europe. Il refusa catégoriquement de traiter avec le IIIème Reich. Les Britanniques le considéraient comme le dernier rempart encore debout en Europe de l’Ouest. (Jenkins, Roy (2001). Churchill. London : Macmillan Press, a major biography.)
Mais voyez- vous, Winston était surtout connu pour avoir participé à de nombreuses réformes sociales comme l'établissement du salaire minimum, la création des pensions et du chômage, la création de la sécurité sociale, la limitation de la journée de travail, etc. Winston était aussi pragmatique. Très sûr de lui et croyant à sa cause, ce leader pouvait psychologiquement communiquer avec son peuple pour maintenir le bon moral. Ce qui représente un attrait fort en leadership pour maintenir le bon ton et l’ordre dans les rangs d’une population en détresse qui fait face à la terreur et aux calamités de toutes sortes. Mais d’une politique réaliste, Churchill a été avant tout l'homme des situations. Disait-il : “Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, du travail, de la sueur et des larmes”.
A l’instar d’un Churchill, le premier des ministres à venir, compte tenu de la situation qui sévit en Haïti, a le devoir primordial d’y rétablir l’ordre social, restaurer l’état et établir un climat de sécurité. Pour se faire, une effective force armée devra être mis au service du pays. Il doit démontrer, à travers des action concrètes, sa volonté de combattre jusqu’au dernier soupir les gangs qui sèment la terreur sur toute l’étendue du territoire. Il devrait se tenir comme le dernier rempart entre les gangs et la population terrorisée et désespérée sous les assauts répétés du banditisme et du terrorisme.
Ce premier ministre doit être un stratège qui sache quand mettre la politique de côté et se coiffer de son panache de commandeur. Il doit user de sa ténacité et son caractère pour prendre la tête de la mêlée politique et s’imposer comme politique au profit du plus grand nombre. Il doit être le guerrier protecteur de la veuve et l’orphelin. Car, durant ses six premiers mois de gouvernance, il n’aura rien d’autre à offrir aux criminels que « du sang, du travail, de la sueur et des larmes ». Il doit incarner Winston Churchill. Dans le cas contraire, il sera un chef de gouvernement insignifiant, régnant sur un fief inexistant, avec des bandits de grand chemin comme vassaux et collabos...
A.- Un Martial Célestin de la « sagesse des pleurs » et un patriarche respectable.
Martial Lavaud Célestin est né à Ganthier le 4 octobre 1913. Il fit des études de Droit et de sciences économiques à la faculté de Droit de Paris. En 1936, il décroche sa licence. En 1950, Martial Célestin commença une carrière de diplomate à l’ambassade d’Haïti à Paris jusqu’en 1953. En février 1988, l’homme de lettres, Me. Martial Célestin, est nommé premier ministre sous le gouvernement du président Lesly François Saint-Roc Manigat. Il est resté seulement quatre mois comme chef du gouvernement. Il était le tout premier ministre du tout premier gouvernement constitutionnel d’Haïti après 29 ans de dictature. Il a perdu le poste à la suite d’un coup d’état militaire contre le président d’alors, le professeur chevronné Lesly Manigat.
Ce qui est d’intérêt chez Martial c’est son patriotisme et ses compétences des affaires de l’état. Il était un grand connaisseur de l’Administration Publique pour y avoir trainer sa bosse et aussi parce que modelé à la bonne école. Tant expérimenté que technocrate, Me Célestin a su, au lendemain de sa nomination, présenter un cabinet ministériel à la nation ainsi que sa politique générale, en bonne et due forme, malgré les pressions de l’heure.
Dans ce nouveau jeu, le premier ministre sera choisi par le conseil présidentiel. (On espère que l’on tiendra compte de son passé qui témoignera sans aucun doute de son patriotisme). Notre premier ministre n’aura non plus à choisir son cabinet ministériel, encore les présidents du conseil le feront à sa place, ce qui rendrait sa tâche bien plus difficile qu’à l’accoutumée. Le nouveau chef de gouvernement devrait démontrer des aptitudes de bon gestionnaire par son habilité à développer un climat de travail serein et assidu, dans un temps record, avec ses coéquipiers ministres venant d’horizon politiques divers. Il doit aussi pouvoir, en peu de temps, établir une atmosphère de confiance et de cohésion entre ses nouveaux collaborateurs, qui sans nul doute ont tous leurs intérêts cachés,
À l’aune d’un Martial Célestin, il va devoir user de son leadership pour transcender bien d’inconvénients non prévus. Mais le plus important, ce monsieur doit pouvoir colmater les brèches de la machine administrative en un temps record pour lui permettre de prendre le taureau par les cornes et freiner l’hémorragie du chaos. Il doit faire un dépassement de soi pour créer le ciment qui adhèrera la voile des membres de l’équipe de laquelle il dépend pour la pleine réussite de cette aventure unique et combien périlleux. Cependant, Il devra faire montre de sérieux, de fermeté et d’honnêteté en établissant les règles démocratiques du jeu. Sa compétence (son leadership) sera rudement mise à l’épreuve dans la recherche d’un climat de bonne gouvernance dans le pays.
Le premier ministre doit s’attendre à des révélations inattendues de mauvais antécédents ou de gabegies commis par ses prédécesseurs, après avoir tenu un bilan ou un état des lieux. Ses actions se doivent de produire des effets immédiats. Et, il lui faut se garder de prendre des décisions qui favorisent l’impunité. Son meilleur allié sera la justice qu’il renforcera par le biais des institutions et qu’il évitera d’influencer au nom de la vengeance ou par appartenance politique.
En fait, la constitution amendée de 1987 fait de ce dernier le chef de la fonction publique et du gouvernement. Il doit pouvoir composer avec tous ceux qui sont de bonne volonté, facilitant le dialogue, pour débloquer la situation, sciant les cornes des gangs, isolant les corrompus et décomposant avec les incorrigibles. Une administration publique de circonstance supportée par un personnel militaire peut lui octroyer le confort nécessaire pour établir la paix et du même coup lui permettre de rendre à la population haïtienne le regain de sa dignité.
Compte tenu de la formule préconisée par les partis politiques influents du jeu et supporté par nos partenaires internationaux, pas besoin d’être le lauréat et récipient du prix Nobel de physique pour réaliser que le sort, de ce peuple malheureux, en est jeté. Nous sommes dans une grotte au lion. Comme les membres du gouvernement et du conseil présidentiel sont choisis dans la racaille politicienne, on peut présager que les choses pourront aller de mal en pis. Et, la sortie de ce gouffre infernal peut ne pas être pas pour demain. En fait, si les membres du conseil présidentiel doivent tous provenir de la politicaillerie haïtienne, le premier des ministres doit forcément être un technocrate venu de l’extérieur. Cela évitera au pays le dilemme de collusion aux prochaines élections. Un tel choix promouvra une pluralité philosophique et une divergence culturelle dans la recherche d’harmonie entre les fractions politiques. Cela donnera aussi une voix à la diaspora et multipliera la chance de neutralité dans les décisions à prendre au sein d’un gouvernement de salut, fragilisé et chevauché par sept présidents, sept princesses qui peuvent à tout moment se révéler récalcitrantes. En résumé, qu’il soit de gauche ou de droite, socialiste ou capitaliste, athée ou croyant, tout chef de gouvernement de l’heure doit démontrer ses prouesses de grand manitou ou de papa Legba à travers ses habilités de commandeur doublé d’un politique qui peut délivrer en peu de temps des services de base à la population qu’il est commandé à servir, tout en restant intègre et transparent.
Washington, le 25 mars, 2024
Me. Sylvio FRANCOIS, Juriste,
Maitrise en Administration Publique,
Politologue, Spécialiste en art militaire,
Expert en résolution de conflit
Missileman, U.S. Marines.
E-mail: sfrancois1er@gmail.com