Tout au long d’une bonne partie de son histoire, Marmelade a été toujours une zone stratégique et de haute signification dans la lutte contre l’esclavage à Saint-Domingue. En décembre 1793, jusqu’en 1802 avant son enlèvement par les hommes du Général Leclerc, Toussaint Louverture y établissait son quartier général. En plus de cela, il représentait un lieu de résistance contre l’éventuel retour des Français après l’indépendance au lendemain de 1804, ce qui est justifié par la construction du fort Jalousiere situé dans la troisième section de Platon ( zone Corail) compté parmi tant d’autres construits dans le pays par le père fondateur de la nation haïtienne, Jean Jacques Dessalines pour consolider l’indépendance nationale acquise au prix du grand sacrifice .
D’entrée de jeu, depuis le 19 mai 1859, sous la présidence de Fabre Nicolas Geffrard, une loi rattachait déjà la commune de Marmelade dans le ressort du Tribunal civil des Gonaïves. Plus tard, la loi du 31 août 1906 sous le gouvernement de Nord Alexis, celui qui a pu réaliser le procès de la consolidation, l’arrondissement de Marmelade a été relevé au point de vue politique, judiciaire, administratif et financier au département du Nord et une loi de la même année soit celle du 16 septembre 1906 prescrivant que les affaires de toute nature déjà pendantes devant le Tribunal civil des Gonaïves continuent à être jugées par cette dernière juridiction. Le 26 mai 1909, sous le gouvernement d’Antoine Simon, une loi abrogeant les précédentes a fait relever à nouveau Marmelade du département de l’Artibonite du point de vue militaire, judiciaire et administratif.
En effet, l’Arrondissement a une superficie de 108,94 km2 et sa population est estimée à 38 057 habitants réparties comme suit : 17 028 dans la première section Crète-à-pins dont 9 379 en milieu urbain et 7 649 en milieu rural, 12 765 dans la deuxième section Bassin ou Billier, 8 264 dans la troisième section de Platon, selon les derniers recensements de I'HSI réalisés en 2015. Il a donné naissance à de grandes personnalités, dont des généraux qui se sont distingués dans la guerre de l’indépendance haïtienne, citions entre autres André Vernet, général de l’armée indigène et signataire de l’acte de l’indépendance et Augustin cerveaux, général brigade de l’armée indigène, etc.
Elevé également pour la première fois de son histoire au rang de circonscription électorale aux termes des dispositions de l’article 137.1 du décret électoral du 02 mars 2015, l’arrondissement de Marmelade a pu élire son premier député au parlement à la 50eme législature en se détachant de St Michel de l’Attataye avec lequel il partageait depuis longtemps une seule et même circonscription. Ainsi, il ne fait l’ombre d’aucun doute que Marmelade a été toujours une référence et une zone de grande réputation non seulement en raison de ces climats tempérés, ses productions vivrières, l’hospitalité de ses habitants mais aussi de l’atmosphère de paix qui y régnait toujours. Et paradoxal que cela puisse paraître, il constitue une grande réserve paysanne en dépit des mutations qui s’opèrent dans le pays en termes d’urbanisation. Car ces trois Sections communales Crête-à-Pins; Bassin (ou Bilier) et Platon ne sont pas urbanisées et seul le centre-ville et ses environs subissent une certaine transformation urbaine. Par sa position géographique, Marmelade représente la tête de l’eau. Presque toutes les rivières d'importance du Pays y prennent naissance.
Jusqu’en 1992, il n’y avait qu’un seul établissement secondaire au niveau de Marmelade sous l’appellation « Collègue Christ Roi’ ». Celui-ci fonctionnait avec seulement les classes de septième et 8eme année dont les cours ont été dispensés par les professeurs Jean Wisly Elvariste , Diogène Anold et tant d’autres sous le leadership du père Georges, curé de la Paroisse d’alors. A cause de cela , la majorité des élèves qui voulaient continuer leurs études après le certificat d’études primaires étaient obligés de se rendre dans le villes les plus proches soit au Cap-Haitien ou aux Gonaïves. Mais à partir de l’année 1993, grâce à leur patriotisme , plusieurs cadres de Marmelade qui se trouvaient à l’extérieur de Marmelade dont Herald Préval, François Jean Pierre, Serge Adolphe, Elysée Joseph acceptaient volontiers de retourner au bercail pour servir la communauté natale en fondant le Lycée Augustin Cerveaux en mémoire de ce grand Marmeladien qui a combattu dans la guerre de l’indépendance nationale.
De plus, face aux différentes contraintes qui s’imposaient à ce projet d’envergure, les initiateurs ont dû s’assoir avec les professeurs et responsable du Collège Christ Roi en vue de parvenir à un consensus pour un seul établissement puisqu’à cette époque il n’y avait pas beaucoup de ressources humaines qualifiées disponibles sur le terrain. Chemin faisant, les résultats des discussions ont permis la fermeture définitive dudit Collège au profit du Lycée avec transfert automatique des élèves et professeurs vers ce dernier établissement. Si le projet a été bien accueilli par la communauté, c’était un véritable calvaire et imbroglio pour ces professeurs pionniers qui ont enseigné de 1993-1995 dans un lycée sans structure de base et reconnaissance légale. Ce n’est qu’en 1995, après de nombreuses démarches, que le ministère de l’Education nationale acceptait de le légaliser et de nommer du même coup les professeurs sans tenir compte des arriérés de travail pour les deux premières années.
Alors que le lycée avait déjà pris une autre appellation au nom de « Claude J Préval ‘ » de regretté mémoire, un autre fils digne qui portait Marmelade dans son cœur, son âme et ses œuvres tant en Haïti qu’en Afrique où il a passé une bonne partie de ses carrières professionnelles d’agronome compétent et modèle, en 1995 une équipe composée des professeurs Isaac Prophète, Jean Winston Macajoux et tant d’autres qui se sont succédés ont rejoint la première cohorte pour faire fonctionner le lycée jusqu’à ce que certains d’entre eux aient été appelés à d’autres fonctions de l’Etat. Donc, en dépit des difficultés rencontrées, il faut reconnaitre que la création de ce lycée a permis à de nombreux jeunes de toutes les couches confondues de terminer leurs études secondaires et que bon nombre d’entre eux sont devenus actuellement de grands professionnels dans des domaines divers.
Si les années 2003- 2006 ont vu un lycée pro-actif qui a toujours donné 100% de réussite aux examens d’Etat (9eme année, rhéto, Philo) mais depuis un certain temps la situation se détériore, l’on assiste à une déperdition scolaire au niveau de l’arrondissement dont les causes restent à élucider pour un véritable redressement. Par compte, les derniers résultats de bacc unique 2022-2023 sont un exemple probant. Car d’après les données statistiques fournies par la Direction départementale de l’Education de l’Artibonite seulement 11 réussis sur 45 soit un taux de 24,44 %. Or, le développement de toute communauté dépend en grande partie de sa qualité de formation et aucun pays ne peut pas concevoir la croissance sans un système éducatif fort et valorisant.
Parallèlement, il faut admettre que l’arrondissement de Marmelade qui était jadis réputé pour la production du café, cacao, mangue, igname, haricot, orange, avocatier et élevage accuse un réel déficit et décroissance dans tous ces domaines au point que la vie en devient aussi chère que dans les centres urbains. Les causes sont nombreuses, d’abord l’exode de la main d’œuvre durant cette dernière décennie vers les pays de l’Amérique latine (Chili, Brésil, Mexique et dans les Caraïbes en jouent beaucoup, ensuite l’archaïsme de l’agriculture pèse encore plus dans la balance sans compter les produits non adaptés qui ont été introduits au niveau de la plantation contre le gré des paysans. De plus, ces derniers réalisent une agriculture de subsistance qui dépend des saisons de l’année. Il n’y a aucune parcelle de terre arrosée à Marmelade et les rivières qui traversent l’arrondissement se jettent inutilement dans la mer. Donc, la misère s’érige en maître et avec force dans le milieu. Qui pis est, il n’y a pas de services sociaux de base qui pourraient attirer les cadres après leurs formations universitaires à y retourner pour travailler. Ces derniers sont restés dans les grandes villes ou bien ils se rendent en dehors du pays. Tout cela constitue un manque à gagner pour l’arrondissement qui tend à devenir un désert.
Un autre fait auquel l’on ne doit pas faire fi c’est que l’arrondissement de Marmelade, contrairement à des écrits flous, imaginaires et des discours véhiculés, n’a jamais connu de développement et aucun indice n’ y est repéré en ce sens ; au contraire il est enclavé pour absence de route qui le relie à d’autres endroits du pays. Il n’y a pas d’électricité ni eau potable, pas de formation professionnelle pour les jeunes, les citoyens en âge de travailler sont au chômage ; pas un hôpital sérieux et équipé capable de prendre en charge les besoins de la population en matière de santé. Le seul centre de santé est pourvu d'équipements et n’est pas structuré. Cette situation rend la vie très précaire et fragile, car pour toute maladie qui presente la moindre complication les gens sont tenus de se rendre ailleurs. Très souvent ils rendent l’âme au cours de route.
Parallèlement, les paysans qui s’occupent essentiellement de l’agriculture vivent dans la misère abjecte. Donc, le niveau économique de la population devient très précaire. Il s’agit d’une communauté qui n’a bénéficié d'aucun projet de développement viable en dépit du fait qu’il a donné naissance à de grandes personnalités qui ont été au timon des affaires. Il faut toutefois reconnaitre que l'ancien président René Préval, fils de la commune, a tenté d'amorcer le développement de la commune en y implantant , de concert avec le maire d'alors Patrick Joseph, une école de msusique de référence, une école d'informatique pour les jeunes, un artelier de meubles en bambou, une usine à lait, une usine à jus et tant d'autres projets. Mais après le décès de l'ancien président René Préval, tous ces projets sont arrêtés et la commune est retombé dans l'oubli.
Les tentatives d’un projet d’appui à la production et à la commercialisation du café, du bambou et des fruits initient avec l’appui de l’international dont le Taiwan n’ont pas connu de succès. Ainsi, comme fils avisé de la commune qui regarde les choses avec un regard prospectif sommes-nous en mesure de le confirmer sans crainte d’être démenti. Car, si nous acceptions pour définition, le développement comme un processus visant l’accroissement et le bien-être d’une communauté, il va sans dire que cet arrondissement a toujours vécu en marge de tous les indicateurs de croissance économique et parallèlement de nombreux paysans ont été dépossédés de leurs terres sans une réelle compensation.
Ce qui parait crucial et étonnant, Marmelade terre d’hospitalité connait, depuis quelques mois, une véritable décentes aux enfers tant des criminels de grands chemins y opèrent sans s’inquiéter. En plus des bœufs et des têtes de bétail des paysans qui sont volés par des chevaliers de nuit de manière délibérée mais la situation devient gravissime et prend une forme vraiment nauséabonde, car en un temps record plusieurs immeubles logeant des entreprises des paisibles citoyens de la communauté et des véhicules ont été passés sous les flammes par les bandits qui restent à maîtriser pour être transférés derrière les verrous. Cette situation a créé une véritable panique au niveau de la communauté et chez tous les fils et filles dignes qui vivent à l’extérieur de Marmelade, la terre du souvenir inoubliable.
Actuellement la population ne sait à quel saint se vouer, car l’Etat qui a l’impérieuse obligation de garantir la propriété privée au regard de l’article 36 de la Constitution haïtienne de 1987 et protéger les vies et les biens se fait absent à tous les niveaux. Devant un tel drame, qu’est ce qui doit être fait pour freiner cette hémorragie ? Est-ce que l’Etat ne devrait pas se réveiller pour rétablir le statuquo ante ? Quel type d’intervention qui doit se faire pour aider la population à connaître une certaine croissance et l’empêcher de s’exiler ? Que faire pour renforcer les capacités des acteurs qui sont sur le terrain ? Quels sont les actions prioritaires à entreprendre pour mettre Marmelade sous les rails du développement ?
Comme nous l’avons dit plus haut, Marmelade est un arrondissement à grande réserve paysanne. Ce qui sous-tend que la majorité de la population vit dans les milieux ruraux, ce que les sociologues ruraux appellent « Sociétés de petit format » ou tout le monde connait tout le monde. Dans ce cas, il est facile de contrôler et d’identifier les actions de chaque individu tout en respectant son droit à la vie privée. D’où le devoir impérieux pour chaque citoyen de s’engager dans cette lutte constante afin d’identifier les entrants et sortants dans la communauté et de leur rapporter aux instances légales.
Ainsi, l’Etat devrait donner un apport particulier à la mairie pour promouvoir un pôle développement endogène dans cette zone et de mettre en valeur les sites historiques comme le FORT JALOUSIERE qui représente un monument historique extraordinaire dans la troisième section de Platon. Il doit également désenclaver l’arrondissement de Marmelade en aménageant au moyen de l’asphalte ou béton armé les tronçons route Marmelade-Dondon, Marmelade-St Michel de l’Attalaye, ce qui sera très bénéfique pour les usagers des départements du Nord et Nord-Est et du Centre et même pour toute la République dans le cadre du développement régional.
Pour la relance économique, l’agriculture doit être repensée d’une autre manière, il faut empêcher aux paysans d’être trop dépendants de la clémence de la nature. Donc, il va falloir capter les rivières et les eaux pluviales en vue de promouvoir l’agriculture sans oublier la création d’une banque communautaire pour les prêts liés l’agriculture et le financement des petites et moyennes entreprises. Mais en plus des fonds qui proviendront de l’Etat pour les grands projets, les dignes fils et filles de l’arrondissement vivant tant en Haïti que dans la diaspora doivent retourner un peu de leur savoir à la communauté qui leur a vu naître. Nous devons nous unir pour apporter sans désemparer nos contributions dans quelques domaines précis telles l’éducation, la formation professionnelle des jeunes et le reboisement au niveau des sections communales.
En ce qui concerne la sécurité, il va falloir en toute urgence s’adresser au directeur général de la Police nationale d’Haïti pour renforcer les capacités du commissariat et le doter des moyens de travail. Parallèlement, s’adresser au Conseil Supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ) non seulement pour réhabiliter l’espace logeant le Tribunal de Paix qui est en piteux état mais aussi renforcer le tribunal par d’autres juges qui ne sont pas du milieu pour pouvoir faire de l’équilibre dans la prise des décisions. Enfin, Marmelade doit rester la terre de l’hospitalité et de résistance dans le respect des droits de l’homme. Donc, toutes les personnes impliquées dans des actes de banditisme de quelque nature que ce soit doivent être traduites par devant la justice. Cessons toute forme de justice informelle et expéditive en violation du droit national et des conventions internationales signées et ratifies par Haïti. Mais l’heure est la vigilance citoyenne pour épurer notre communauté de tout intrus qui vient semer la panique et troubler le sommeil des honnêtes gens.
Noé Pierre Louis MASSILLON
Digne Fils de Marmelade
Diplômé en Sociologie
M .A en Etudes Judiciaires
Doctorant en droit Pénal
Juge à la Cour d’Appel de Port-au-Prince.