Relations haïtiano-dominicaines : Le contentieux autour du patrimoine collectif de la Rivière Massacre

Dans la conjoncture actuelle,  outre la léthargie que connait l’Etat haïtien dans la préservation  de la paix publique,  surgit un cuisant dossier diplomatique entre Haïti et la République Dominicaine.

Le Nouvelliste
14 sept. 2023 — Lecture : 4 min.

Dans la conjoncture actuelle,  outre la léthargie que connait l’Etat haïtien dans la préservation  de la paix publique,  surgit un cuisant dossier diplomatique entre Haïti et la République Dominicaine. Il s’agit de l’opposition de l’Etat dominicain à un travail de canalisation pour irriguer 3,000 hectares de terre dans la partie haïtienne, dans la plaine Maribahoux plus précisément,  à partir de la rivière Massacre qui est un patrimoine commun. Les tensions datent déjà de 2021 quand le président haïtien d’alors devait construire le barrage de Marion dans la  région du nord-est. Ce qui était l’objet d’arrangement entre les deux Etats dans une entente momentanée, apparemment précaire si l’on considère l’embrasement dans les relations entre les deux Etats en question par rapport à la construction d’un canal jugé préjudiciable aux intérêts dominicains en termes politique et environnemental.

Nous avons suivi les échanges houleux de l’ordre de polémiques et d’hostilités de part et d’autre autour de ce dossier qui met en cause l’exploitation d’une ressource stratégique par l’une des parties signataires du Traité de Paix, d’Amitié et d’arbitrage entre la République dominicaine et Haïti du 20 février 1929. Ce Traité a été prévalu à travers des positionnements de membres de la société civile haïtienne et d’anciens sénateurs de grand nord que ceux des autorités dominicaines notamment. Les autorités haïtiennes sont timides jusqu’à date. Elles devaient participer à une rencontre avec les officiels dominicains dans les présents moments.

Nous voudrions dans le présent article mettre en exergue l’importance des ressources stratégiques dont sont dotées Haïti par rapport à celles de la République dominicaine de la perspective du capitalisme-monopoliste. Le nouveau dossier de la rivière Massacre est d’une portée technique, stratégique et écologique qui peut être renversée au regard des intérêts politiques et économiques des uns ou des autres. Avant toute autre considération, il est de bon ton d’approprier la rivière Massacre comme le patrimoine commun des peuples dominicain et haïtien. En effet, cette rivière  prend sa source du Pic Gallo en République dominicaine dans la cordillère centrale. Puis, elle suit le tracé septentrional de la frontière  entre Haïti et la République dominicaine, située dans le département du nord-est et après avoir touché les terres haïtiennes reprend le cours de la République dominicaine tout en étant alimentée  par les eaux de la rivière de Capotille, de la rivière Gens-de-Nantes  et de la rivière Lamatry. Elle se jette dans la Mer des Caraïbes après avoir traversé la partie dominicaine. D’où la nécessité de médiation continue entre les deux Etats pour préserver ce patrimoine collectif dans une perspective de développement durable.

Il y a lieu au-delà des interprétations des uns ou  des autres, des émotions et les épreuves de forces militaires dans leur parade dans les zones frontalières, il conviendrait de situer le contentieux de la frontière haitiano-dominicaine enfoncé dans l’arbitrage des Etats Unis en pleine période d’occupation militaire de l’ile. Ce problème refait surface à chaque soubresaut de l’économie capitaliste dans ses crises cycliques. C’est  dans cette lignée que s’impose la mise en contexte qui suit. Ce, pour dépasser les perspectives du Traité de Paix, d’Amitié et d’Arbitrage entre la République dominicaine et Haïti du 20 février 1929 abusivement évoqué par les uns ou les autres, à  tort ou à  raison, mais dans le déni des acteurs des  intérêts l’instigateur qui furent les occupants américains. Pour le moment, nous nous limitons au contexte tout en espérant comparer et apprécier les différents traités de Paix, d’Amitié et d’Arbitrage existant de 1867 à 1936.

Il est un fait que le projet d’intégration entre la République d’Haïti et la République dominicaine issu du Traité du 9 novembre 1874 a été avorté en 1900, celui de la Confédération caribéenne érodé. Depuis lors c’est l’effritement dans les relations soldées par le rebondissement de conflits alimentés dans le cadre des menées des puissances impérialistes émergentes. Les Etats Unis étaient alors en avant-garde. Les premières manifestations de la crise consistaient en des disparités associées au projet de globalisation capitaliste qui mettait la jeune nation haïtienne à la remorque. Dans ce contexte, les ressources stratégiques sont dévalorisées pour donner plutôt le champ libre qu’à l’exploitation de la main d’œuvre haïtienne.

Les investissements du grand capital international n’avaient pas en ce sens priorisé le territoire haïtien sinon Cuba, Hawaï, les Philipines, les nouveaux Etats indépendants de l’Amérique centrale (lesdites Républiques bananières), République dominicaine. Les petits paysans se sont dépossédés de leurs terres qui constituent leur principale ressource stratégique pour s’émigrer par centaines de milliers. Aucun revirement ni  réajustement de la politique de développement des Etats Unis et d’autres puissances capitalistes n’a été encore noté en faveur d’Haïti. A quoi sert une opération d’exploitation des eaux de la Rivière Massacre pour l’irrigation des terres agricoles en Haïti? Aucun intérêt ne s’est manifesté de la part de l’Etat haïtien pour garantir le bien être de la population dans des politiques de promotion et de production agricole dans le cadre d’une coopération horizontale avec la République dominicaine.

L’heure n’est pas à la ” diplomatie de parade” par analogie et ironie à la “diplomatie des affaires”. Car des deux côtés de la frontière c’est l’exhibition des hommes  et femmes politiques dans leur opportunisme, en profitant du volontarisme des petits paysans qui rêvent de changement dans leurs conditions de vie et leur dignité de peuple libre. C’est la parade des militaires dominicains mobilisés pour créer la dissuasion et la peur ! C’est la parade d’un corps armé qui s’occupe des aires protégées par contre décriée dans l’opinion publique! C’est la parade dans les débuts de valses  diplomatiques des officiels haïtiens dans leur représentation fossilisée et asséchée dans l’absence du pouvoir législatif et la léthargie du pouvoir judiciaire.

Hancy PIERRE, spécialiste en Relations Internationales