Je ressens rarement autant de plaisir à délivrer un discours de circonstance. C’est que les occasions comme celle d’aujourd’hui sont uniques dans ma vie professionnelle dont le parcours est un lieu médian entre l’intérêt pour les questions académiques et l’obligation de résultats du praticien. C’est ce sentiment qui me traverse l’esprit au moment de recevoir le Doctorat Honoris Causa que me décerne l’Institut des Sciences, des Technologies et des Etudes Avancées d’Haïti (ISTEAH).
Mes premiers propos sont pour remercier l’Institut de me compter parmi les récipiendaires de cette haute et prestigieuse distinction. C’est un honneur que je veux mériter au mieux en amplifiant qualitativement et quantitativement les activités qui motivent la décision du Conseil de Gestion de l’Institution de me distinguer aujourd’hui. J’adresse un remerciement particulier au Président de ce Conseil, le Professeur Samuel Pierre dont Je salue les nombreuses contributions à la formation et à la recherche, les contributions bénévoles à la mise en place du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement. La dernière contribution en date remonte à sa brillante participation aux journées scientifiques du Fonds dont la première édition s’est tenue les 25 et 26 mai de l’année en cours.
Ces journées scientifiques constituent la dernière des activités de production de connaissance que j’ai eu l’opportunité de gérer. C’est le résultat d’un travail d’équipe dont le succès revient d’abord, à la vision et à l’engagement du Conseil d’Administration de la BRH dont je fais partie ; ensuite, aux longues journées et soirées de travail de collaborateurs assidus, passionnés et bénévoles.
Finalement, je salue avec beaucoup d’enthousiasme ce public sélect que vous formez et à qui j’ai le grand honneur d’adresser ce discours. Je voudrais singulariser : Le président Samuel Pierre, le Président et les membres de la CORPUAH, le corps professoral, les récipiendaires , le personnel administratif et les étudiants de l’ISTEAH, les universitaires d’horizons divers, les diplômés, des membres de ma famille qui m’accompagnent pour la circonstance, Kerchy, Jean Sébastien, Marie Orphée et Paul Moïse, d’autres membres de ma famille qui nous suivent en ligne, les amis et collègues dont M. Georges Henry fils le Gouverneur Adjoint de la Banque Centrale, M. Hancy Pierre Louis, ancien Gouverneur Adjoint de la BRH, Dr Comeau, qui ont fait spécialement le déplacement pour l’événement, les collègues dont mes pairs du CA qui sont en ligne, les internautes en général, les journalistes.
Madame, Monsieur,
L’émotion que je ressens cette après- midi me ramène à 28 ans en arrière au moment où j’ai dû me résoudre à respecter l’obligation de réintégrer les rangs de la Banque Centrale par rapport à l’envie manifeste que j’avais de poursuivre des études de troisième cycle au terme de mes études de second cycle en Économie et Finance à l’Université de Montréal. La seule consolation que j’avais fut de retourner travailler à la Direction de la Monnaie et l’Analyse Economique qui foisonnait d’une intense ambiance de réflexions où la rigueur des arguments ne cédait en rien à la faisabilité des politiques publiques qui s’y attachaient.
J’ai une pensée spéciale ce matin pour les collègues avec qui j’ai vécu ces moments, heureux quoique ardus, de prise de décisions où il fallait souvent ramener à la raison des faits la rigueur des curiosités théoriques selon une double démarche académique et praticienne. Ce qui porte à penser que l’optimalité en matière de politiques publiques tient à la fois du savoir et du savoir faire. C’est ce à quoi je convie, obstinément, les générations plus jeunes de décideurs pour les conduire à situer le compromis toujours utile entre le corset des paradigmes et la flexibilité de l’éclectisme. Le premier amplement acquis à une logique de cohérence interne bâtie autour de modèles dépouillés de scories. Le second nécessairement acquis aux impératifs de cohérence externe par rapport à une réalité mouvante et multiforme.
La raison de cette obstination est simple : adapter les modalités de décisions à des conditions, généralement, de second ordre. Cette raison participe pourtant de cette complexité qui trouve son pendant dans le sujet même de sa démarche et qui n’est autre que l’humain en société. Vous voudrez bien me passer la redondance ! Ce sujet que mes penchants d’économiste réduiraient aux dimensions du capital humain mais dont je me garde de dépouiller des attributs, ENTRE AUTRES, psychologiques et sociaux qui en font l’être que nous sommes. Je me permets de faire ce saut de l’humain au capital pour mettre l’accent sur les besoins urgents et massifs (en quantité et en qualité) de formation académique, scientifique, technique, éthique et technologique, dans une société en proie à une forte décroissance économique par tête d’habitant.
Le caractère urgent et massif de ces besoins en font une situation préoccupante. Il s’agit de faire vite et bien dans un domaine qui ne s’accommode point de génération spontanée. Mais ce ne sera pas la quadrature du cercle si l’on y met le niveau nécessaire de volontarisme individuel, collectif et institutionnel. L’impact déjà profond des activités de l’ISTEAH en témoigne. La création de cette institution en 2013 fut une pierre importante dans cet édifice visant à l’élargissement de ce creuset de savoir et de savoir-faire de haut-niveau nécessaire à la réalisation des objectifs de croissance et de développement inclusif. Une démarche incontournable dans un environnement où l’économie de la connaissance fait repousser régulièrement les limites où intervient la décroissance de la productivité marginale.
La société haïtienne, disais-je récemment, a raté les révolutions industrielles qui ont précédé l’actuelle. Il s’agit de ne pas rater cette dernière, paradoxalement plus accessible aux sociétés, comme la nôtre, plus proche de la nature, en raison de l’ouverture d’esprit que préconise la connaissance approfondie des phénomènes quantiques. C’est pour cela qu’il faut agir vite pour enrayer la misère et empêcher que les phénomènes de pauvreté ne détruisent totalement cette proximité avec la nature et nous fassent perdre cette forme de dotation naturelle.
Si la théorie de la croissance endogène consacre le rôle des effets cumulatifs du savoir dans la dynamique du savoir-faire technologique, elle n’exclut point l’existence de raccourcis dans ce processus d’accumulation. Je suis parmi ceux qui croient fermement qu’Haïti est capable de s’engager dans un tel processus pour sortir de l’impasse actuelle dont la manifestation économique s’apparente à une trappe à la croissance nulle sur les quarante dernières années. C’est ce crédo qui guide l’action de ma principale institution d’appartenance professionnelle, la BRH et de son Institut de formation dont je coordonne les activités dans le domaine de la formation du capital humain parce que le mandat statutaire qui mobilise l’essentiel des ressources d’une banque centrale ne s’exécute pas en apesanteur par rapport à la société, encore moins dans l’état actuel de notre société en attente d’un choc vertueux qui ne viendra surement pas de l’extérieur.
En attendant, consolidons l’existant tout en travaillant à l’éclosion de jours meilleurs. Nous devons continuer à former, à comprendre (car qui veut enseigner et former ne doit jamais cesser d’apprendre, nous devons continuer à encadrer et accompagner nos étudiants, à créer et favoriser l’émergence de modèles inspirants, à promouvoir la production et la recherche scientifiques pour la compréhension des phénomènes de société et la construction d’outils d’aide à la décision pour des solutions optimales.
Permettez-moi, Mesdames, Messieurs, de terminer mes propos en vous remerciant de votre attention et en remerciant à nouveau L’ISTHEA de cette distinction honorifique que je dois aussi à l’abnégation et au professionnalisme de nombre de collègues dont j’ai eu la chance de croiser le chemin.
Je vous remercie