Haïti, entre carnage et désillusions

Nous sommes samedi, il est 6 hres 30,  je me couche dans mon petit coin préféré.

Par Clément II BENOIT
28 août 2023 — Lecture : 3 min.

Nous sommes samedi, il est 6 hres 30,  je me couche dans mon petit coin préféré. Là où je me suis habitué, depuis février 2010, à siroter le va-et-vient du vent. Et me requinquer d'énergie et de belles  promesses. Samedi a toujours été un jour calme pour capter au max la folie d'écrire, ou de renouer par téléphone, certains liens amicaux ou familiaux.  

Dimanche était ce jour où l'on renforce ses prédispositions à la tranquillité d’esprit. Où l'on est parfois contraint de croire que la pureté est à portée de main.

Le temps a filé. Tout devient revêche. Les jours ne portent plus leurs couleurs de jadis.  Ils sont tous marqués du sceau de la détresse et de la mort qui nous hantent tous.

La mort traine son courroux dans toutes les artères de Carrefour-Feuilles, à l'avenue Magloire Ambroise, à la rue Capois, à bas peu de chose, à Pacot, à l'avenue N. Nul n'est à l'abri. Il était  9 h30 quand une balle s'est affaissée  dans un manguier de notre cour. De peu je pourrai atteindre!

J’ai passé toute la nuit à imaginer ma vie en train de se volatiliser, à penser à ma famille, à mes frères et sœurs qui sont plus près du gouffre.

J'ai aussi pensé aux fidèles d'un pasteur connu sous le nom de  Marco. Ils se sont rendus, en milieu de journée, à Canaan, pour déloger un redoutable gang armé. Je les regardais, affolés et mal orientés, sur les réseaux sociaux avec des machettes, des bâtons etc… Pasteur Marco,  êtes-vous sérieux? Où est passé votre Cherubin qui a tant chassé des démons? Sans vouloir vous offenser, vos fidèles, auraient-ils été pris dans une boucle temporelle, avec le Canaan de Moïse en tête? Là encore, j'oserais vous culpabiliser. Vous connaissez tant d'anges et de démons ayant pris siège après l'exode. Vous devriez savoir au moins où et quand asseoir votre droit de cité.

A voir des femmes et des hommes, jeunes et vieux,  périr avec tant de naïveté au cœur, on ne peut qu'admettre que nous sommes en proie à tout. Même à notre étroitesse d'esprit.  La police est peut-être en congé. Elle aurait intercepté cette foule maladroitement armée. Notre Marco devra se faire une image. On attend encore les petits coups de redressement de la justice.

Tout va mal. Trop de caïds, trop d'armes, trop d'apatrides. L'idée de fédérer les gangs a été un petit jeu devenu trop cruel. Malheureusement, c'est la masse qui en souffre réellement. La mort d'un homme ou d'une femme n'est que du chien écrasé. Dois-je encore me plaindre pour ces êtres humbles oubliés à même le sol comme des chiens sans maitres. 

Nous sommes pris. Nous mourrons tous. Jacques Roumain n'aurait vraiment pas eu sa place. Quand aurons-nous le salut du feu purificateur ou la bénédiction de la pluie de l'arrière-saison?

Les promesses des politiciens, pasteurs et prêtres font tellement attendre, que la bêtise des simples d'esprit ne fait que les soustraire, pour avoir trop cru, du lot des opprimés.

Rappelons-nous que les prouesses de la première République noire sont ineffables. Et, ensemble, faisons la belle unité pour une Haïti digne de son rang et de sa primauté en tant qu'instigatrice du nouvel humanisme qui hantera encore longtemps les instigateurs de la maudite discorde.