La perfidie et l’hypocrisie se paient dans la durée ?

La bourgeoisie haïtienne et sa démocratie Une démocratie, au sens qu’elle est entendue et exercée en Occident, est fondée sur la liberté d’opinion et d’expression, le droit et le devoir des gens, et surtout sur l’organisation des élections dans les limites prévues par la loi constitutionnelle et la loi électorale étant donné que l’organisme électoral est doté de la personnalité juridique.

Le Nouvelliste
29 juin 2023 — Lecture : 7 min.

La bourgeoisie haïtienne et sa démocratie

Une démocratie, au sens qu’elle est entendue et exercée en Occident, est fondée sur la liberté d’opinion et d’expression, le droit et le devoir des gens, et surtout sur l’organisation des élections dans les limites prévues par la loi constitutionnelle et la loi électorale étant donné que l’organisme électoral est doté de la personnalité juridique. Cet ensemble de conditions et d’évènements s’exerce à l’intérieur de l’État de droit qui admet et garantit aussi la liberté des religions ou la liberté de conscience et donc un État laïque, concept très prisé dans les démocraties occidentales. « Ou tande bèf, ale wèkòn », bèl pwovèb lakay. Dans ces pays-là, dits démocratiquement avancés, le droit des gens signifie le droit et les privilèges de la bourgeoisie possédante qui fait et défait les gouvernements au moyen de sa presse ; yo kite yon ti rès lasibab qu’ils servent aux masses comme de l’os on jette au chien.

La liberté d’opinion signifie la liberté gwo zouzoun ak gwo zotobre : les maisons carcérales sont bondées de gens pour des délits de toute nature ; pour la plupart, ils proviennent des classes populaires. On y organise des visites guidées, mais on n’a jamais montré les prisonniers politiques. Il y en a pourtant plein. Ainsi, la liberté d’expression fait figure de caisse de résonnance de la propagande bourgeoise. Les résultats des scrutins sont l’affaire de la grande presse capitaliste. Et la laïcité dont on parle à grand renfort de propagande, n’est qu’un quolibet : 95 pour cent des subventions vont dans les coffres de la religion chrétienne dominante. La balance de 5% restante est distribuée aux religions juive, musulmane, etc. Dans ces États modernes dotés de gratte-ciel comme vitrine du monde capitaliste, la propagande est si forte que les pauvres d’Occident n’existent pas par la magie de l’occultation et la marginalisation. Telle est notre attitude au sujet de la démocratie occidentale et chrétienne.

En Haïti, la démocratie était encore faible avant la dictature duvaliériste. Le président François Duvalier (22 septembre 1957 – 21 avril 1971), avec sa clique opportuniste, confisqua la démocratie haïtienne titubante durant environ trente années consécutives. Il fut un produit naturel de la bourgeoisie traditionnelle : ses cabinets ministériels avaient été composés essentiellement d’éléments bourgeois issus de l’univers intellectuel et technique du pays national. Aussi les masses populaires et paysannes furent la grande inconnue et la grande victime du régime hégémonique des Duvalier, père et fils.Y compris la nomenclature traditionnelle qui sert sous tous les gouvernements. Les quelques critiques émises à son encontre l’étaient pour la consommation des âmes naïves : le combat des communistes haïtiens n’était pas le leur, et la nature idéologique de classe n’avait aucun intérêt pour la droite haïtienne dont le sentiment se rattache à la morale chrétienne. C’était comme pour dire aux communistes : « timari pap monte, timari pap desann ». Elle [la droite] est enfermée dans un état permanent de paralysie mentale.

La critique selon laquelle le Docteur François Duvalier dérivait vers l’extrême droite, nous paraît bien farfelue ou sans consistance : dans le concept extrême droite, il y a le mot « droite » qui signifie la droite politique : la droite professe le capitalisme et l’impérialisme, l’extrême droite et le fascisme les professent également. Les nuances sont une institution bien trompeuse en matière de mise en mode capitaliste. De même la gauche philosophique est galvaudée depuis des temps immémoriaux au point qu’on ne se sent plus confortable d’être traité de gauche : la social-démocratie et ses courants d’expression (Partis socialistes, des sociaux-démocrates, etc.) sont une véritable escroquerie intellectuelle. Non seulement leurs membres adoptent l’économie de marché et participent moralement et matériellement à l’effort de guerre contre le communisme soviétique et contre la Fédération de Russie actuelle, mais encore se montrent plus chrétiens que les fossiles du Vatican. Alòs nan kisa yo di tèt yo se gòch ? Excepté, selon que nous savons, les classes capitalistes dominantes n’ont pas besoin de remorqueurs, ni d’agents hybrides : fè dyòb sibreka w epi pase nan kès. Nous espérons que la jeunesse militante d’ici appréciera ces brefs mots et fera attention aux agents intellectuels et courtiers politiques qui se font passer pour ce qu’ils ne sont pas.

En guise de conclusion de ce qui vient d’être dit, nous concevons la démocratie comme une quête de dignité qu’il faille en respecter en en appliquant les règles et les conventions établies, aux fins de la faire entrer dans les habitudes, dans les mœurs comme dans les traditions. Il faut en effet la modeler chaque jour, y mettre du courage, de la détermination et de la patience aussi. La démocratie suppose de l’action permanente opposée à l’inaction qui conduit forcément à prendre le chemin de la facilité. C’est ce que nous croyons avoir observé depuis la renaissance de la démocratie post-dictature le 7 février 1986. Ou du moins nous avons remarqué de l’action, mais seulement pou « dechouke » ou pour changer par la force tel ou tel gouvernement qui ne plaît pas à la bourgeoisie possédante.

Révolution de palais qui n’a aucune influence sur le drame national dont les symptômes sont les fléaux de l’analphabétisme et l’illettrisme endémiques, l’absence d’une politique agraire innovatrice capable de repenser la production agricole dans le but de satisfaire la consommation nationale et l’excédent des produits serait destiné à l’exportation comme cela se pratique dans les pays où l’agriculture est très développée, et auprès desquels la bourgeoisie marchande s’approvisionne en denrées pour revendre sur le marché national. Pourtant les terres cultivables existent, les moyens techniques existent et la main-d’œuvre préexiste. Également la crise séculaire de la santé publique, dans laquelle nos campagnes et nos agglomérations suffisamment sauvages sont un désert médical dans nos capitales provinciales et dans la Capitale. Sont ici des préalables à l’instauration durable de la démocratie, mais, chez nous, l’organisation rationnelle de l’État cède à la facilité comme la norme générale.

Le professeur Leslie François Manigat fut le président de la République sous ladite renaissance ; il exerça du 7 février au 20 juin 1988. Nous présumons que si les circonstances contextuelles lui permettaient d’accomplir son mandat jusqu’à terme, alors ç’aurait été un bon commencement. Il fut déposé par un coup d’État sans aucune raison valable. La récidive se répète deux fois contre le président le plus populaire Jean-Bertrand Aristide (7 février – 30 septembre 1991 & 7 février 2001 – 29 février 2004). Son retour en octobre 1994 peut-être considéré comme un couac : à preuve, il avait à nouveau dû prendre le chemin de l’exil contre son gré et contre la loi constitutionnelle qui garantit son mandat présidentiel. Si l’erreur est humaine, il faut prévoir un système pour corriger les erreurs.

Ainsi va le drelin-drelin de la démocratie haïtienne dont l’essieu qui supporte la locomotive s’arrête dangereusement sur la route, tard dans la nuit encore. Allusion à la situation d’insécurité aggravante qui prévaut dans le pays après l’assassinat horrible du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, dont le mandat arrivait à terme le 7 février 2022. Il exerça du 7 février 2017 au 7 juillet 2021, il lui restait sept (7) mois pour accomplir son mandat de 5 ans selon la loi. Les récidivistes s’en tiennent à l’action débridée, sans tenir compte de la notion échéance.

Nous nous permettons d’avancer ceci : Les coups d’État militaire ou les coups de force comme les coups d’État parlementaire ne sont pas un hasard dans notre histoire politique d’hier et d’aujourd’hui, mais ils sont l’aboutissement des complaintes de la bourgeoisie dominante. Ou encore la conséquence des inconséquences de la droite politique dominante, des syndicats patronaux, de la classe intellectuelle traditionnelle, des organisations de la société civile. Il n’est pas besoin de mentionner l’Église dominante :  c’est elle qui a éduqué et formé nos élites par sa formation gelée et émasculée, elle a toujours été hostile à la révolution des esclaves haïtiens au sujet de qui elle tient des critiques glaciales :  « Votre Dessalines [le héros de l’indépendance contre la France], il est en train de brûler en enfer pour les crimes qu’il a commis. », Votre Dessalines [le héros de la guerre de l’indépendance contre la France], il est en train de brûler en enfer pour tous les crimes qu’il a commis Votre Dessalines [le héros de la guerre de l’indépendance contre la France], il est en train de brûler en enfer pour tous les crimes qu’il a commis Votre Dessalines [le héros de la guerre de l’indépendance contre la France], il est en train de brûler en enfer pour tous les crimes qu’il a commis Votre Dessalines [le héros de la guerre de l’indépendance contre la France], il est en train de brûler en enfer pour tous les crimes qu’il a commis  tel est l’enseignement que les Sœurs & Frères de l’Instruction chrétienne donnent à nos enfants. (Voir Œuvres complètes de François Duvalier, pour la citation).

La colère émotionnelle et irrationnelle n’augure que la colère sans lendemain. Aux membres de la droite réunie, inclus sibrekasosyalis : il s’avère que les élections régulièrement organisées et le respect des résultats du scrutin sont un gage dans la durée pour la démocratie. Prêtez-y une attention soutenue. Telle est notre attitude vis-à-vis de la droite haïtienne réunie, dont la pensée qui précède l’action est à la fois impolitique et absurde.

Jean-Marie Beaudouin

Juin 2023 ; coifopcha@yahoo.fr