« Professionnels des sciences de la santé en Haïti : défis, enjeux et perspectives »

INTRODUCTION En ce 21e siècle, les besoins en ressources humaines diversifiées et qualifiées demeurent un véritable défi pour Haïti.

Evans Vladimir LARSEN, MD
16 mai 2023 — Lecture : 19 min.

INTRODUCTION

En ce 21e siècle, les besoins en ressources humaines diversifiées et qualifiées demeurent un véritable défi pour Haïti. A côté des nombreuses crises sociales et politiques traversées par le pays, entraînant une vague d’émigration de professionnels qualifiés, un déficit de reproduction de certaines compétences est constaté, associé à l’absence de l’émergence d’autres compétences essentielles.

Pour aborder cette problématique, en lien avec le domaine de la santé, une analyse des provisions juridiques a été effectuée. Il en ressort, au travers du décret du 17 novembre 2005, la mise en évidence des attributions du ministère de la santé publique et de la population (MSPP), notamment celles d’assurer la régulation et le contrôle de toute action publique ou privée relevant de ses domaines de compétence; d’enregistrer et de contrôler les titres de professions médicales et paramédicales et de s’assurer de l’adéquation de l’exercice de toute profession ou activité en relation avec la santé; de s’assurer de la disponibilité et de la qualité des ressources humaines requises pour l’application des politiques et plans de santé [1].

Par voie de conséquence, le MSPP s’est donc doté d’un instrument, la Direction de Formation et de Perfectionnement en Sciences de la Santé (DFPSS), chargée de s’assurer du contrôle des curricula du personnel prestataire de soins, de la validation du développement de cursus de formation de base adapté à l'application de la politique de santé et des normes tant internationales que régionales en vigueur dans le domaine de l'enseignement médical et paramédical ; de l’élaboration et de la diffusion des normes de pratiques professionnelles et le suivi de leur application par le personnel des différents types de structures sanitaires ; ainsi que de la réglementation de la pratique professionnelle dans le domaine de la santé en établissant les normes et procédures en matière de formation continue et d'accréditation des professionnels de la santé aussi bien que veiller à leur application [2]. De ce qui en découle, la DFPSS détient un lourd héritage qu’il faudra gérer, de reconstituer et, de ce fait même, optimiser en vue d’aménager une dynamique de régulation propre à une institution régalienne.

Dans l’évolution de la pratique moderne de la médecine par rapport à l’approche contemporaine prônant une santé globale pour un développement sociétal durable, la formation et la disponibilité de professionnels en sciences de la santé en Haïti doivent être abordées de manière plus large. Au vu des responsabilités de cette direction et des controverses dans la compréhension de plus d’un autour de ces professionnels, il s’avère pertinent qu’un éclairage didactique soit effectué afin de contribuer à une meilleure approche de cette problématique. Aussi, nous nous proposons, à travers ce texte, d’en préciser le concept, de présenter une classification générale des professionnels de la santé, de rappeler les catégories existant dans le pays, de jeter un regard sur la production, enfin de réaliser une analyse situationnelle et de proposer des perspectives.

PRÉCISION CONCEPTUELLE

Les sciences de la santé se définissent comme étant, des études ou des pratiques de différentes spécialités ayant pour objet la santé des individus. Plus précisément, elles ont pour but de permettre l’appropriation de connaissances au travers de nouvelles découvertes et de nouveaux traitements, de comprendre et de soulager toutes sortes de maladies ainsi que la souffrance humaine.

Aussi, les techniques modernes des soins de santé mobilisent un nombre croissant de professionnels de haut niveau, sous forme d'équipe interdisciplinaire. Ils sont appelés des professionnels de la santé ou professionnels en sciences de la santé par le fait qu'ils interviennent d'une manière ou d'une autre dans l'administration des soins et services.  Il s'agit, dans ce cadre-là, d'un concept assez global et large. La profession de la santé est une profession dans laquelle une personne exerce ses compétences, émet son jugement ou, fournit un service lié au maintien aussi bien à l'amélioration de la santé des individus ; il peut aussi s’orienter vers le traitement des individus blessés, malades, souffrant d'un handicap ou d'une infirmité [3].

CLASSIFICATION GLOBALE

La description proposée ci-dessus amène à considérer globalement deux catégories de professions dans ces champs: les professions médicales et les professions paramédicales.

Les professions médicales concernent celles pouvant exercer des actes médicaux à proprement parler et ayant le droit de prescription. Normalement celles-ci sont bien circonscrites. Cela sous-entend que l’habilitant[1] ne doit pas dépasser le cadre de compétence de la profession. C’est le cas du médecin, du pharmacien, du chirurgien-dentiste, du vétérinaire, de la sage-femme.

De nos jours, les champs de compétences de cette catégorie sont répertoriés à travers les branches qui représentent les domaines d’expertise des différentes professions médicales, à savoir:

  • Les branches de la médecine ; médecine générale, allergologie, anesthésie-réanimation, oncologie, cardiologie, dermatologie, endocrinologie, gériatrie, hématologie, hépato-gastro-entérologie, infectiologie, médecine interne, médecine physique et de réadaptation, médecine d’urgence, néphrologie, neurologie, pédiatrie, pneumologie, psychiatrie, rhumatologie, toxicologie
  • Les branches de la chirurgie : chirurgie générale, chirurgie cardiothoracique, chirurgie maxillo-faciale et stomatologie , chirurgie orthopédique et traumatologie, chirurgie pédiatrique, chirurgie plastique, chirurgie vasculaire, chirurgie viscérale et digestive, chirurgie dentaire, gynécologie-obstétrique, neurochirurgie, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie, urologie
  • Les branches de la pathologie : anatomie pathologique, biochimie clinique, biologie interventionnelle, biologie médicale, biologie de la reproduction, cytologie pathologique, génétique biologique, hématologie biologique, immuno--pathologie, médecine légale, microbiologie médicale, thérapie cellulaire, thérapie génique, transfusion
  • Les branches de l’imagerie médicale diagnostique et thérapeutique : échographie, médecine nucléaire, radiologie conventionnelle, mammographie, radiologie vasculaire, radiologie interventionnelle, radiothérapie
  • Autres branches : épidémiologie, maïeutique, médecine du sport, médecine du travail, pharmacie, radiobiologie, santé publique, soins palliatifs

Les professions paramédicales sont celles qui ne sont pas exercées par un médecin, un pharmacien, un dentiste, un vétérinaire ou une sage-femme,

  • Les Aides-soignants ou préposés aux bénéficiaires
  • Les Aides médico-psychologiques ou psychologues ;
  • Les ambulanciers : gère le transport de blessés, malades, parturientes (femmes enceintes) à des fins de soins ou de diagnostic, sur prescription médicale ou en cas d'urgence médicale ;
  • Les brancardiers : prennent en charge les patients qui ne peuvent se déplacer seuls, depuis leur chambre ou l'accueil d'un établissement hospitalier jusqu'au bloc opératoire, le service radiologie, le laboratoire... Ils sont garant de leur sécurité ;
  • Le diététicien : assure la prise en charge de l'alimentation ;
  • L'ergothérapeute : s’occupe de la réadaptation fonctionnelle par l'activité manuelle
  • Les infirmiers  : dispensent des soins de nature préventive, curative ou palliative, visant à promouvoir, maintenir et restaurer la santé. Ils contribuent à l'éducation à la santé et à l'accompagnement des personnes ou des groupes dans leur parcours de soins en lien avec leur projet de vie ;
  • L'inhalothérapeute: effectue la prise en charge des soins cardio-respiratoires (ventilation mécanique, aérosolthérapie, assistance à l'anesthésie, épreuves évaluation de la fonction pulmonaire, etc.) ;
  • Le Préparateur en Pharmacie Hospitalière :réalise la  dispensation des médicaments aux services cliniques et rétrocession au public, approvisionnements, pharmacotechnie, contrôles, conduites des opérations de stérilisation, préparations magistrales et hospitalières, reconstitution des cytotoxiques ;
  • Le Préparateur en Pharmacie travaillant en pharmacie d'officine. Dispensation des médicaments, approvisionnements (livraisons, réceptions), préparations magistrales ;
  • Le masseur-kinésithérapeute : traitement par massages, mobilisations, physiothérapie, gymnastique médicale, rééducation et réhabilitation ;
  • Le manipulateur en électroradiologie médicale: procède à la réalisation des examens d'imagerie médicale  diagnostique (radiographies, scanners, IRM, TEP-Scanner, scintigraphies, électrologie etc.) et thérapeutique (radiothérapie) ;
  • Le technicien de biologie médicale: Réalise les analyses de biologie (biochimie, hématologie, sérologie, hormonologie, hémostase, bactériologie, mycologie, virologie, parasitologie).
  • L'opticien : il réalise des équipements optiques pour améliorer la vision (lunettes correctrices, lentilles de contact, systèmes grossissants etc.) ;
  • L’optométriste : il fournit les premiers soins de la vue, que ce soit pour l’examen de la vision ou pour le traitement de pathologies mineures.
  • L'orthopédiste-orthésiste : Il réalise sur mesure des appareillages externes à but thérapeutique ;
  • L'orthoprothésiste : Il conçoit et réalise sur moulage des prothèses et des orthèses ;
  • L'orthophonie : contribue à la rééducation de la parole et du langage oral et écrit, kinésithérapie de la sphère Oto-rhino-laryngologique (ORL) (déglutition, larynxlangue, trompe d'Eustache respiration...), éducation ou rééducation de la communication chez les sourds, les patients atteints d'Accident Vasculaire Cérébral (AVC), de démences, des troubles de l'attention, etc. ;
  • L'orthoptie : gère le traitement des troubles de la vision binoculaire ;
  • Le Pédicure-Podologue : assure le traitement des pathologies liées au pied ;
  • La psychomotricien : s’occupe de la prise en charge des fonctions perceptives, cognitives et motrices ;
  • Les secours paramédicaux (Paramédics, en Amérique du Nord) ;
  • Les Activités physiques adaptées (APA) : participent à la prise en charge par la pratique adaptée d'activité physique (activité physique adaptée) en vue de l'amélioration de l'état général de santé des populations en situation de handicap physique, mental ou social ;
  • Le tabacologue : aide à l'arrêt tabagique, prévention du tabagisme et formation des intervenants en santé. Selon ses études d'origine (médecin, psychologue, sage-femme, infirmier, masseur-kinésithérapeute, membre d'une association de prévention, etc.) il peut prescrire ou seulement conseiller des produits d'aide à l'arrêt ;
  • L'assistant en logistique en milieu hospitalier : Il intervient en soutien du personnel infirmier, au sein d’une unité de soins et/ou du service d’urgences, pour améliorer le confort des patients et réaliser des tâches d’assistance des patients. Il réalise également des tâches administratives inhérentes au fonctionnement des services précités et prestées au sein de ceux-ci.

Néanmoins, dans certains pays, la tendance est à la médicalisation des professions d’infirmières et d’aides médico-psychologiques. Cela se fait à travers une formation post-graduée de deuxième ou de troisième cycle.

CLASSIFICATION EN HAITI

Les professions médicales existant en Haïti toutes branches confondues sont les suivantes : Médecin généraliste ; Médecin de famille ; Dentiste ; Cardiologue ; Endocrinologue ; Psychiatre ; Ostéopathe ; Pédiatre ; Gynécologue-obstétricien ; Gériatre ; Pneumologue ; Chirurgien général ; Chirurgien thoracique et vasculaire ; Chirurgien pédiatrique ; Chirurgien neurologue ; Chirurgien plasticien ; Urologue ; Anesthésiologiste ; Orthopédiste et Traumatologue ; Oto-Rhino-Laryngologiste (ORL) ; Dermatologue ; Gastro-entérologue, hépatologue ; Ophtalmologiste ; Médecin urgentiste ; Interniste ; Néphrologue ; Radiologue ; Neurologue ; Néo-natologue ; Hématologue ; Oncologue ; Rhumatologue ; Vétérinaire ; Pharmacien ; Sage-Femme

Tandis que pour les professions paramédicales s’y trouveront : infirmier(e) de ligne ; infirmier(e) anesthésiste ; infirmière en santé mentale ;  infirmière en bloc opératoire ; assistant en logistique en milieu hospitalier (auxiliaire-infirmière) ; aide médico-psychologique (psychologue) ; ambulancier ; brancardier ; diététicien ; masseur-kinésithérapeute (physiothérapeute) ; manipulateur en électroradiologie médicale (technicien en radiologie) ; technicien en biologie médicale (technologiste médical) ; technicien de laboratoire (formation plus courte durée) ; préparateur en pharmacie d’officine ; optométriste (professionnel chargé de prévenir, détecter et résoudre les problèmes visuels)

LA PRODUCTION

Six catégories de professionnels font partie de l’horizon principal de la formation en sciences de la santé [4]. Ceci s’explique par le fait que les institutions académiques publiques et privées vont surtout s’investir à en produire régulièrement pour alimenter le marché local. Ces derniers reçoivent une formation universitaire de niveau licence : médecin ; pharmacien ; chirurgien-dentiste ; sage-femme ; infirmier ; technologiste médical. Un regard sur les quatre dernières années permet de bien établir la tendance de leur production. Le tableau ci-dessous présente l’effectif annuel pour chaque catégorie déployée en service social. Néanmoins, suivant le décret du 7 mai 1981, tous les diplômés boursiers de la FMP-UEH sont astreints au service social [5] et, prenant appui sur ce texte, tous les médecins diplômés d’une université reconnue locale ou étrangère y sont également astreints ainsi que les autres catégories de professionnels de la santé issues d’une institution académique publique.

Tableau # 1 : Représentation de l’effectif de professionnel de la santé en service social par catégorie et par année fiscale

Catégories

Exercice fiscale

Professionnel en service social

2018-2019

2019-2020

2020-2021

2021-2022

Médecins

901

776

736

980

Infirmières

345

321

235

325

Dentistes

27

58

21

30

Pharmaciens

41

56

44

40

Technologistes médicaux

44

119

52

66

Sages Femmes

0

62

22

35

Total

 1358

 1392

1110

1476

Source : archives du service de bourses et de la formation continue (DFPSS)

Comme annoncé dans le paragraphe précédent, ces chiffres établissent la tendance, mais sont loin de représenter la réalité de la production. D’une part, tous les nouveaux diplômés en santé n’intègrent pas le service social : c’est le cas des infirmier(e)s diplômés des institutions académiques privées reconnues qui obtiennent leur permis d’exercer après avoir réussi aux examens d’état (830 en moyenne / an), des diplômés en odontologie de l’UNAP[2] (6 en moyenne / an) et des pharmaciens de l’UNDH[3](18 en moyenne / an [6]. D’autre part, en dehors de ces cas spéciaux, il faut signaler le cas des nombreux jeunes qui reçoivent une formation dans les différents domaines sus-cités dans des institutions académiques non reconnues par le MSPP perdant temps et argent en attendant que le système de régulation étatique soit renforcé et autonome pour mettre un frein à ces dérives institutionnelles républicaines. 

 Les catégories susmentionnées ne sont pas les seules dans lesquelles le pays produit des professionnels. En effet, il existe d’autres catégories de professionnels évoluant à côté de ces professionnels de la santé. C’est le cas des : auxiliaire-infirmières ; aides médico-psychologiques ; ambulanciers ; brancardiers ; techniciens en radiologie ; techniciens de laboratoire; préparateurs en pharmacie d’officine ; optométristes.

ANALYSE SITUATIONNELLE

Au prime abord, il est opportun de noter un déficit criant dans la production de professionnels paramédicaux (cadres intermédiaires) et dans les branches médicales de l’imagerie et de la pathologie, en particulier,  en Haïti. A ce constat, il faut ajouter, parmi celles qui existent, que le nombre est nettement en deçà des besoins pour une couverture territoriale du pays. Ceci s’explique par le fait que, d’une part, les structures de formation ne sont pas armées pour les former correctement. Et si certains professionnels poursuivent, malgré tout, dans un autre pays une formation complémentaire, les difficultés d’insertion à leur retour, liées au climat socio-politique délétère sévissant dans le milieu ainsi que les revenus perçus, les découragent à y rester, à y vivre et exercer pour le bien de la communauté. Une réalité qui concerne à la fois les professionnels tant dans les branches pratiquées couramment que celles désignées sous le vocable de rares. D’autre part, la tendance à ne pas valoriser les cadres intermédiaires font que le pays n’en produit pratiquement pas. Les institutions académiques s’acharnent à former surtout des professionnels de rang universitaire. Les professions nécessitant une formation de courte durée et de cycle court (3 mois, 6 mois, 12 mois, 24mois) ne sont pas promues. La plupart des professionnels existants sur le marché pour le niveau intermédiaire sont des autodidactes talentueux, ou des jobistes audacieux n’ayant aucune formation professionnelle certifiée. Or, si traditionnellement certaines professions du groupe paramédical sont considérées comme étant des métiers, par exemple : brancardiers, ambulanciers, technicien en radiologie, les exigences pour leur enrôlement relèvent plus des capacités physiques, manuelles, ou de formation en cours d’emploi, contrairement aux professionnels licenciés. De nos jours, la conception tend à être modifiée; en effet, la différence conceptuelle historique entre métier et profession renvoyait à l’exercice d’une activité́ manuelle, technique ou mécanique reposant sur un ensemble de savoirs et gestes professionnels incorporés à la personne alors que la profession s’assimilerait aux activités intellectuelles et savantes. Aujourd’hui, profession et métier mettent l’accent sur le savoir acquis, soit par l’apprentissage, soit par la formation. La pratique de métier se valorise et se modernise dans nos sociétés. Le métier réclame le statut de profession. L’exercice d’un métier ou d’une profession contribue au développement des compétences, il est un indicateur de socialisation professionnelle et un signe spécifique de reconnaissance sociale. Ainsi le développement de la formation continue, la formation en cours d’emploi et les organisations qualifiantes et recentrées sur leur cœur de métier et recourant à une gestion proactive de compétences professionnelles modifient la conception sociale et traditionnelle de la notion de métier [7]. Ce changement de paradigme nous impose à revoir nos représentations mentales et à nous réajuster. Aussi est-il important pour le pays non seulement de disposer en quantité de toutes les catégories de professionnels dont il a besoin ; mais pour chacune d’entr’elle, qu’un profil de compétences soit clairement défini afin de s’assurer que la formation réponde aux besoins qualitatifs du pays ; que la profession soit évaluée, certifiée et valorisée ; et que l’exercice de la profession soit réglementé et protégé. Ce sont là des conditions essentielles et fondamentales pour la protection de la communauté, surtout dans un domaine aussi sensible que la santé.

Par ailleurs, il est important de souligner deux particularités internationales. L’exercice clinique du métier de psychologue exige que la formation du niveau de licence soit complétée par une formation de deuxième ou de troisième cycle où ce professionnel se spécialise dans le diagnostic et la prise en charge des troubles mentaux. Ce qui optimise les interventions de ce dernier auprès des malades et protège la communauté de surcroit.

Il en est de même pour les sciences infirmières qui tendent à se médicaliser. Les infirmières ou infirmiers cliniciens spécialisés sont des infirmières ou des infirmiers autorisés : titulaires d'une maîtrise ou d'un doctorat en sciences infirmières ayant des connaissances et des compétences approfondies possédant de l'expérience dans une spécialité clinique (les infirmiers de bloc opératoire, les infirmiers anesthésistes, les infirmiers en puériculture, en santé mentale,  en cardiologie, en néphrologie). Actuellement, on retrouve des infirmières praticiennes (IP), au Canada, aux États-Unis, en Australie, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. Les américains sont les premiers à développer le rôle de l’infirmière praticienne au début des années 60, avec l’apparition des premières IP dans le but de contrer la rareté des soins médicaux dans les régions rurales [8]. Haïti suit aussi la tendance internationale et s’est lancée dans la formation d’infirmières praticiennes. Il sera important que notre législation envisage de les encadrer comme cela se fait partout pour que cette nouvelle catégorie de professionnel se développe.

PERSPECTIVES

La loi du 18 novembre 2018 portant reconnaissance et validation des acquis de l’expérience professionnelle [9]donne une fenêtre pour la prise en compte de tout un chacun dans le système d’emploi dans le pays. Elle définit les conditions et les étapes à franchir pour transformer les expériences professionnelles en diplôme et détermine les instruments technico-administratifs visant l’organisation du marché́ du travail et du secteur des métiers. Elle envisage la mise sur pied d’un répertoire des métiers et des emplois qui aiderait les étudiants finissants, qui sont à la recherche d’emploi et les jeunes en quête d’identification des filières d’apprentissage, à disposer d’informations sur les métiers pour mieux s’orienter dans leur choix professionnel. Ce cadre juridique utilisé à bon escient peut constituer un appui opportun aux institutions de l’enseignement supérieur et des centres de formation technique et professionnelle pour qu’ils puissent se structurer et canaliser leurs offres de programmes de formation destinés au grand public.

Concomitamment, le décret du 7 août 2020  relatifs aux ordres professionnels et de métiers en Haïti représente un instrument pour la valorisation, l’organisation et la protection des corps de métiers [10] aux bénéfices de toute la société. Il est donc encourageant que les pouvoirs publics, dans le but de protéger les consommateurs, adoptent des textes pour encadrer ou règlementer l’exercice des métiers et des professions. D’après les textes en application actuellement, la DFPSS est le pont entre le MENFP[4] et le MSPP pour l’enseignement supérieur sauf pour ce qui concerne les vétérinaires[5].  Il est temps que les professions de santé particulièrement soient encadrées pour limiter les dérives de toute sorte. Notre plaidoyer aujourd’hui s’articule autour de la définition d’une politique publique axée sur la formation de cadres intermédiaires et le renforcement des capacités de chaque professionnel de la santé  ainsi que l’ouverture vers l’intégration et le développement de nouvelles capacités dites rares dans le pays.

CONCLUSION

Qu’ils soient politiques, humains ou d’ordres purement techniques, les grands défis du 21-ème siècle charrient des problèmes complexes et inédits aussi bien à l’échelle mondiale que sociétale. Le volume des connaissances et de ce fait des compétences s’accroît de manière exponentielle. Il s’avère donc essentiel qu’Haïti puisse s’adapter à ce dynamisme de production et de reconversion des compétences nécessaires à son développement car l’obsolescence s’applique désormais à tout ce qui vit et croît.

Face à la menace croissante de déperdition des ressources humaines, au manque d’implication des leaders dans l’innovation pédagogique et technique, aux crises toujours urgentissimes qu’il faut sans cesse gérer au lieu d’être anticipées, la société haïtienne perd l’opportunité de modeler le citoyen dans ses dimensions patriotiques et professionnelles. Le concept de professionnalisation est galvaudé au profit des égo et ambitions. Il est plus que temps que la stratégie de politique verticale soit mise au rencart pour une approche transversale des axes visant la restructuration du tissu économique et social du pays.

Il est évident qu’il faut des compétences pour gérer les services de santé et participer ainsi au développement sanitaire du pays. Il n’en demeure pas moins que la valorisation des professions intermédiaires de santé exige un nouveau regard pédagogique facilitant l’intégration de ces dernières dans la production des professionnels. C’est une étape importante qui pourrait nous rapprocher de ce changement de paradigme tant souhaité. Cette démarche contribuerait d’une part, à inventorier et recycler ces cadres intermédiaires et, d’autre part, elle servirait de jalon pour construire un véritable chantier pédagogique empreint de responsabilité sociale et ancré dans un respect de l’autre visant l’équité sous toutes ses formes. En optant pour cette stratégie hiérarchisant les professions dans un cadre juridique global, la société haïtienne pourrait atteindre une vision holistique épousant des modes de vie favorables à la santé, propulsant un environnement salubre et des services appropriés de prévention et de traitement ; tout cela contribuant au but ultime de développement économique et social pour tous.

Evans Vladimir LARSEN, MD,

Professeur au Département d’OBGYN de l’Université́ d’État d’Haïti

Directeur de la Direction de Formation et de Perfectionnement en Sciences de la Santé (DFPSS/MSPP)

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

[4] Document sur les profils de compétences en sciences de la sante. MSPP-DFPSS-2019

[5] Décret du 7 mai 1981 astreignant les boursiers de la FMP-UEH au service social 

[6] Rapport consolidé de 2018-2022. MSPP-DFPSS

[7] De LESCURE E. (2013). « Métiers et Professions », Dictionnaire des concepts de la professionnalisation, pp 189-192.

[8] https://aipsq.com/infirmieres-praticiennes-specialisees/historique/a-l-internationale

[9] La loi du 18 novembre 2018 portant reconnaissance et validation des acquis de l’expérience professionnelle

[10] Décret du 7 août 2020  relatifs aux ordres professionnels et de métiers en Haïti


[1] Le professionnel en question

[2] Université Autonome de Port-au-Prince

[3] Université Notre Dame d’Haïti

[4] Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle

[5] Professionnels de la santé s’occupant des animaux