République dominicaine : « C’est la panique générale pour les Haïtiens », alerte Edwin Paraison

Pour l’instant, les Haïtiens qui vivent ou qui souhaitent rentrer en République dominicaine, doivent s’attendre à des tracasseries en termes de contrôle migratoire, indique Edwin Paraison de la Fondation Zile. C’est une situation extrêmement difficile, dit-il. 

Publié le 2022-11-16 | lenouvelliste.com

En République dominicaine, les Haïtiens en situation irrégulière ne peuvent pas respirer. La Direction générale des migrations, suite à une disposition du président Luis Abinader, a intensifié les mesures contre l’afflux d’immigrants haïtiens en terre dominicaine. « Coin après coin, la disposition du président Luis Abinader s'est fait sentir dans les rues de la capitale, où on voit de plus en plus des camions gardés par plusieurs agents migratoires, dans lesquels  se trouvent des centaines d'Haïtiens qui ont été arrêtés en flagrant délit sur le territoire dominicain », a constaté, mardi, le journal dominicain Listin Diaro. 

Selon Edwin Paraison, président de la fondation Zile qui réside en République dominicaine, d’un côté, cette situation fait suite à la visite d’un haut fonctionnaire du département d’État américain en République dominicaine qui a offert un don de 21 millions de dollars au gouvernement dominicain pour la gestion des groupes minoritaires, parmi lesquels les Dominico-haïtiens qui sont devenus des apatrides à cause de l’arrêt 168-13. 

« Cela a eu un grand écho dans le secteur des nationalistes qui ont estimé que c’est inacceptable. Ils considèrent que c’est une façon pour les États-Unis de dévier le flux migratoire haïtien vers les USA, pour que la République dominicaine les reçoit », explique Paraison sur Magik 9, mardi 15 novembre 2022. 

D’un autre côté, souligne le président de la Fondation Zile, l’appel du haut-commissaire des Nations Unies pour les droits humains pour stopper la déportation des Haïtiens à cause de la situation interne insoutenable du pays a jeté de l’huile au feu. « Une déclaration publique a été formalisé, la Présidence a envoyé des correspondances à toutes les instances concernée. Prallèlement, un décret est publié qui concerne les invasions de terrain en vue de déloger ceux qui occupent des terrains illégalement », explique Edwin Paraison. 

Cette énième chasse aux Haïtiens en terre voisine suscite de nombreuses réactions dans l’opinion publique en République dominicaine. « D’un côté, il y a les nationalistes qui applaudissent et de l’autre, il y a un groupe traditionnellement solidaire aux Haïtiens qui réagissent par la signature d’un document pour dénoncer la disposition du gouvernement », indique Paraison. 

Cette situation s’explique aussi par la conjoncture pré-électorale en République dominicaine. « Parler d’Haïti est une question éminemment politique en République Dominicaine. A chaque fois que les secteurs nationalistes font des sorties, le gouvernement est dans l’obligation de démonter qu’il a le contrôle de la migration sans prendre en compte la situation grave sur le plan sécuritaire en Haïti qui explique le flux migratoire vers la RD », explique Edwin Paraison qui ajoute qu’aucun acteur politique majeur en République dominicaine n'est ouvert à la migration haïtienne. 

« C’est la panique générale, et c’est pas normal », s’inquiète Edwin Paraison. « Pour l’instant, j’attire l’attention de ceux qui veulent rentrer ou qui vivent en République dominicaine que la situation est extrêmement difficile. Si quelqu’un vient, il doit s’attendre à des tracasseries en termes de contrôle migratoire tout dépendamment où il habite », alerte-t-il en faisant mention d’une sorte de profilage racial ciblant les Haïtiens. « Lorsqu’ils parlent de rapatriement et de contrôle migratoire, ce sont les Haïtiens qui leur montent à la tête », dit Paraison, ajoutant que dès qu’ils voient quelqu’un qui répond à un profil haïtien ce dernier est ciblé. 

Le président de la fondation Zile déplore le silence des autorités haïtiennes face à une situation pareille. « En dépit du fait que le gouvernement ne peut pas garantir la sécurité, il n’a pas de capacité de négociation. Leur silence traduit une grave irresponsabilité, une incapacité évidente en termes de négociations politiques », s’est offusqué Paraison. 



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