"Il ne faut pas sous-estimer l'épidémie de choléra en Haïti ", prévient le Dr Louise Ivers

L'épidémie de choléra, réputée pour sa grande contagiosité, continue de montée en puissance en Haïti. La branche panaméricaine de l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU s'alarme du nombre de cas suspects de choléra qui a presque doublé en une semaine, soit 7 201 cas suspects cette de semaine. Dans une entrevue exclusive accordée au Nouvelliste, le Dr Louise Ivers, directrice de la faculté "Global Health Institute" de Harvard, directrice exécutive du "Massachusetts General Hospital Center for Global Health", livre une analyse très profonde sur l'évolution de cette épidémie en Haïti.

Publié le 2022-11-11 | lenouvelliste.com

Les experts du ministère de la Santé publique et de la Population et ceux des organisations non gouvernementales œuvrant dans la santé en Haïti s'accordent à dire que les chiffres communiqués dans le bulletin de la direction d'épidémiologie sont inférieurs aux chiffres réels découlant notamment de la transmission communautaire. Aucun système de surveillance n'arrive à capter avec exactitude tous les cas dans une épidémie. Cependant, avec plus de 6 304 hospitalisations en un mois et quelques jours, même en considérant les chiffres officiels, il y a de quoi s'alarmer de l'évolution du choléra en Haïti.

"Je ne dirai pas qu'Haïti a failli dans la gestion de cette nouvelle épidémie. Je sais qu'il y a des gens qui font de leur mieux en vue de combattre cette épidémie. Cependant, il est clair que l'épidémie de choléra n'est pas sous-contrôle, les cas augmentent jour après jour, et le plus inquiétant est la distribution des cas témoignant d'une épidémie qui se propage sur tout le territoire national touchant de plus en plus de départements", analyse le Dr Louise Ivers.

Le Dr Louise Ivers a travaillé à titre de chef de mission de l'organisation Zanmi Lasante (Partners In Health) lors de l'épidémie de choléra en 2010. Survivante du tremblement de terre, elle a dirigé une importante réponse humanitaire et de santé publique, résultant en un accès accru aux services humanitaires de base pour les personnes déplacées et au traitement du VIH et de la tuberculose. En reconnaissance de ses efforts en Haïti, le Dr Ivers a été honorée en tant que diplômée émérite 2011 de "l'University College Dublin" (l'UCD), en tant que récipiendaire de la médaille Bailey K. Ashford de l'American Society of Tropical Medicine and Hygiene et, avec Paul Farmer et Ophelia Dahl comme Bostoniens en 2010.

Si elle tire la sonnette d'alarme sur l'évolution de l'épidémie du choléra, c'est parce qu'elle est convaincue "qu'avec la reprise des activités dans le pays, la propagation du choléra sera plus rapide et touchera plus de départements à mesure que les gens se déplaceront d'un endroit à un autre."

"Il ne faut pas sous-estimer l'épidémie du choléra en Haïti. Même si vous avez toutes les expertises, vous aurez quand-même besoin de ressources pour faire face à une épidémie. Il ne faut pas  sous-estimer la capacité de cette maladie à tuer les enfants, les jeunes et même ceux qui sont en état de bonne santé apparente", prévient la spécialiste en maladies infectieuses avant de proposer une approche communautaire basée notamment sur la vaccination contre le choléra.

"Nous devons aller vers les communautés bien équipées, avec les ressources humaines adéquates tout en utilisant les professionnels de santé communautaire dans la réponse, croit-elle. Nous devons apporter des matériels comme sérum oral, savon, aquatabs pour la purification de l'eau."

S'agissant de la vaccination, elle soutient l'idée qu'un plan de réponse doit inclure la vaccination contre le choléra. "Haïti a une expertise dans l'utilisation de vaccin pour combattre le choléra. En 2012 après la première flambée, cela a été même une manière innovante de lutter contre le choléra. Haïti a été l'un des premiers pays à utiliser avec succès le vaccin contre le choléra. Beaucoup de recherches ont été menées pour prouver l'efficacité du vaccin. À partir de l'expérience haïtienne, des millions de vaccins ont été utilisés en Syrie, au Liban avec beaucoup de succès contre les épidémies de choléra", analyse le Dr Louise Ivers qui a mené avec son équipe une campagne de vaccination de masse contre le choléra et a ensuite publié un article en 2015 montrant que l'intervention et la distribution de vaccins de PIH protégeaient contre le choléra. Elle croit qu'il est temps de redoubler d'efforts pour lutter contre le choléra par des actions concrètes comme des points de lavage des mains et l'accès à l'eau traitée dans les zones les plus reculées du pays.



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