Les artistes ont chanté la dernière chanson de Mikaben

Publié le 2022-11-07 | lenouvelliste.com

Pendant environ trois semaines, les Haïtiens, partout à travers le monde, ont célébré la vie de Mikaben. L’artiste s’en est allé en pleine gloire, le 15 octobre 2022, sur la scène de l’Accor Arena, devant près de 15,000 personnes présentes ce soir-là et des milliers d'autres sur les réseaux sociaux, après une performance extraordinaire avec ses idoles de toujours : Carimi. Une réunion qui avait trop traîné et qui rentrera dans les annales de l’industrie musicales haïtienne.

Ici et ailleurs, les hommages à Michaël Benjamin étaient à la dimension du choc. L’artiste a provoqué une vague d’amour dans tous les cœurs haïtiens comme personne avant lui. Entre témoignages et musique, ce dimanche 6 novembre 2022, une multitude d’artistes ont chanté pour lui une dernière fois.

Après l’hymne national américain et la Dessalinienne joués par le saxophoniste Keanu Yarima, c’est Nathalie Fanfan, très jeune artiste de la famille Fanfan, qui ouvre les prestations avec une interprétation de « Take me to the King » de Tamela Mann. Sa voix est tremblante et emplie d’émotions. Le public bon enfant l’a encouragée tout au long de la chanson. Elle a pleuré. Est sortie de la scène. Est revenue. La chanteuse a lancé l'hommage avec émotion.

Sous la houlette des maîtres de cérémonie, James Pierre et Elizabeth Guérin, l’après-midi s’est déroulée dans une ambiance sereine, joyeuse et amicale. Pour une question de capacité, le public a été divisé en plusieurs groupes. Les artistes, la famille, les amis proches se tenaient dans l’auditorium de la salle principale et les autres participants pouvaient tout suivre sur des écrans géants dans deux autres salles adjacentes ou encore dans la cour préparée pour l’occasion. Même si dame pluie s’est invitée dans la célébration et a provoqué du retard dans la programmation, les fans de Mika sont restés pendant presque quatre heures pour célébrer sa vie.

C’est un Harold Saint-Louis aka Ti Harold, sobre, profond, égal à lui-même, qui chante « You raise me up » de Josh Groban, en second lieu. La salle se tait, se remplit de cette voix douce et juste qu’offre le musicien. Plus tard, après les premiers témoignages, Olivier Duret, ami de longue date de Mika, occupe la scène pour chanter « Si m te gen zèl », chanson composée et écrite par Mikaben, parue sur l’album « Mika » en 2004. Au fil des ans, elle deviendra l’une des chansons phares de la carrière de Mikaben. « Se premye fwa m monte yon sèn pou m chante yon mizik Mika san Mika. M te toujou vle pou m dèyè l, ap chante avè l, men jodiya m oblije chante san frè m », lance Olivier la voix cassée au début de sa prestation. Très vite, il est rejoint par Gabriel, le fils de Mika, qui l’encourage tout le long de sa prestation.

Durant toute la célébration, un seul band, créé pour l’occasion, accompagne tous les artistes sur scène :  Edouard Esdras, à la basse, Michel Anthony Felucien au 1er Keyboard, Andrew Barrow à la guitare, Harold St Louis, l’un des directeurs musicaux, au 2eme Keyboard et Johnbern Thomas à la batterie et autre directeur musical, en plus d’être le coordinateur de la bande. Plusieurs de ces excellents musiciens avaient l’habitude d’accompagner Mikaben lors de ses performances. Et pour tout harmoniser, une chorale composée de Gaetan Jesn César, Jerry Jean Julien, Saida Prospère et Wadeline St Juste, Max Jeune-Gens, Midley Joseph Keren Louis donnaient le ton. Chilet Denis et Jean Raymond Leconte s’occupaient de la sonorisation et grâce à eux il n’y a eu aucune demande de « moniteur » de la part d’aucun artiste.

J-Perry s’est ensuite accaparé de la scène dans une belle prestation de « Un jour à la fois », que toute la salle a repris en chœur. « Mika ou te idòl mwen », termine-t-il, sobre, simple, et tout à fait dans le moment. 5 h 45 p.m., une dizaine d’artistes investissent la scène du Miramar Cultural Center. On pressent un moment fort. Roody Rood Boy, T-Jo Zenny, Richard Cavé, Sarah Jane Rameau, Tifane, Roberto Martino, Misty Jean, Darline Desca, Shabba, James Germain, Olivier Duret, Lionel et Mélodie Benjamin, BelO, MacD, Danae, Medjy, pour ne citer que ceux-là chantent « Ayiti Se », pour rendre hommage à Mikaben. La communion est sincère, mémorable. Le public chante, fait flotter les mini-drapeaux offerts à l’entrée, crie son amour pour Mikaben et Haïti. L’artiste, depuis son départ n’a fait qu’unir tous les Haïtiens. Un rare exploit. La soirée aurait pu se terminer ainsi, mais c’était sans compter la surprise que Lionel Benjamin, frère et manager de Mika avait réservée au grand public.

Un touche-à-tout, un passionné de la musique, un musicien qui maîtrisait toutes les tendances, qui excellait dans l’art d’accoucher des chansons qui marquaient le temps. De son vivant, Mikaben fut un artiste complet qui a collaboré avec presque tous les artistes du milieu haïtien, dans toutes les tendances. Et juste avant de s’effondrer sur la scène du Accor Arena ce 15 octobre, Mika s’apprêtait à offrir à son public « Tout Glwa pou ou », une chanson à caractère évangélique, qui sera disponible sur toutes les plateformes d’écoute en ligne dans les deux prochaines semaines. Blouses blanches, certains ne pouvant plus contenir leur larmes, prenant appui l’un sur l’autre comme une vraie famille, les artistes ont chanté la dernière chanson de Mikaben.

Plus de deux mille personnes pour la plupart vêtus de blanc avaient investi le Miramar Cultural Center pour célébrer la vie de Michaël Benjamin. La famille et les amis proches portaient quant à eux du noir avec une touche de jaune, qui était la couleur préférée de l’artiste. Les roses jaunes, le bicolore, et les posters 3D géants de Mika ont suffi pour apporter une touche de couleur à la cour.

Mikaben a tout donné à sa communauté, à son pays, à sa culture. Si son passage sur cette terre doit nous apprendre au moins une chose, c’est de ne jamais rien faire à demi-mesure. Toujours tout donner, tout le temps, à tout ce qu’on aime. Pour Mikaben l'amour de sa vie c'était la musique. La musique à mort jusqu'à son décès.



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