Mort de Romelson Vilcin: des journalistes dénoncent la brutalité policière 

Le journaliste Romelson Vilcin qui a collaboré  avec Jim Studio, Zenyèz TV et la Radio Génération 80, est décédé le dimanche 30 octobre 2022 suite à une blessure à la tête sur la cour du commissariat de Delmas 33 au moment où des journalistes et un groupe de militants protestaient contre l’arrestation de Robeste Dimanche, journaliste à la radio Zénith. Son décès a été acté à l’hôpital Bernard Mevs « plus de trois heures après sa blessure», a rapporté sur Magik9 le lundi 31 octobre Reynald Petit-Frère, membre du Collectif des médias en ligne (CMEL).

Publié le 2022-10-31 | lenouvelliste.com

Une situation de tension a régné au commissariat de Delmas 33, dimanche 30 octobre, au moment où des journalistes et militants politiques, furieux, organisaient un mouvement pour protester contre l’arrestation de Robeste Dimanche, journaliste de la radio Zénith. Romelson Vilcin, qui était venu témoigner sa solidarité au porte-parole du Collectif des médias en ligne (CMEL), a été blessé à la tête vers 11 heures 30. Le journaliste Reynald Petit-Frère qui était sur place au moment de l’incident indique que « Romelson Vilcin a été tué par balles dans la cour du commissariat de Delmas 33. Un policier qui a perdu le contrôle de son fusil mitrailleur a ouvert le feu en direction de Romelson pendant que d’autres nous bombardaient de gaz lacrymogène. Plusieurs autres travailleurs de la presse ont été brutalisés par les policiers », a-t-il dénoncé à l’émission Panel Magik, lundi 31 octobre. Raynald Petit-Frère annonce que le CMEL, de concert avec les autres associations de médias en ligne, ne donnera aucune couverture aux activités de la Police nationale d’Haïti jusqu’à nouvel ordre. « J’encourage nos confrères des médias traditionnels à emboîter le pas dans  cette stratégie de protestation », a-t-il dit.

Des images virales sur les réseaux sociaux montrent le corps immobile du journaliste allongé face contre terre avec son sac à dos, son bras droit recourbé, du sang coulant sur la partie gauche de sa tête.

La Direction générale de la Police nationale d'Haïti dit apprendre « avec beaucoup de peine, dans l'après-midi du dimanche 30 octobre 2022, la triste nouvelle de la mort du journaliste Romelson Vilcin, survenue à l'Hôpital Bernard Mevs par suite de blessures provoquées par une bonbonne de gaz lacrymogène, lors de l'intervention des forces de l'ordre pour contrôler une foule hostile pénétrant dans le commissariat de Delmas, en dépit de la diligence des policiers pour le transporter d'urgence à l'hôpital.»

« Dans cette pénible circonstance, le haut commandement de la PNH présente ses sympathies à sa famille, les membres de la presse, particulièrement ceux de Jim Studio, Zenyèz TV et la Radio de Génération 80, ainsi qu'à tous ceux et celles affectés par cette disparition inattendue. De même, il profite de l'occasion pour informer le public en général et les membres de la presse en particulier, que des instructions ont été passées à l'Inspection générale de la PNH en vue de diligenter une enquête autour de cet incident pour en déterminer les circonstances et fixer, le cas échéant, les responsabilités », a indiqué Frantz Elbé, directeur général de la PNH dans une note de sympathie rendue publique le 30 octobre.

« La Direction générale reste attachée à sa mission de garantir l'ordre, la sécurité et la tranquillité publique à travers la protection des vies et des biens et réitère son engagement envers la liberté de la Presse et le respect des droits humains», poursuit la note dont une copie a été acheminée à la rédaction du journal.

Intervenant sur Magik9 lundi, Robeste Dimanche, propriétaire de Ziltik Enfo, arrêté plus tôt dans la journée, dénonce avoir été brutalisé, roué de coups par des agents de la PNH. « J’ai été arrêté vers 9 heures 30 du matin par la patrouille 1-01177 de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) au niveau de Delmas 47. J’ai reçu des coups de fusils à plusieurs reprises et à plusieurs endroits, particulièrement à la tête. Les policiers n’ont pas voulu savoir qui j’étais. Après m’avoir embarqué, ils ont parcouru plusieurs rues de Delmas avant de décider de mon sort. Dans l’arrière du véhicule, l’un d’eux a suggéré de m’exécuter à Cité Soleil. Finalement, ils m’ont emmené au commissariat de Delmas 33 où j’ai passé plus de dix heures en garde à vue», a expliqué Roberte Dimanche qui annonce qu’il va porter plainte contre les agents de l’ordre.

Le ministère de la Culture et de la Communication "déplore le décès brutal" du journaliste Romelson Vilsaint survenu ce dimanche 30 octobre 2022, au commissariat de Delmas 33. « Le ministère de la Culture et de la Communication est confiant qu’une enquête sera ouverte pour déterminer les circonstances afin d’identifier et de poursuivre  l’auteur ou les auteurs de cet acte regrettable», a écrit le MCC sur Twitter.

L’Association des journalistes haïtiens (AJH) se dit consternée par la mort du journaliste après avoir reçu un coups de bonbonne de gaz lacrymogène lancé par des agents de l’UDMO. « L’Association des journalistes haïtiens condamne avec force les actes de répression et antidémocratiques du dimanche 30 octobre de la Police nationale d’Haïti contre la presse. Le comportement des agents de l’ UDMO dans l’enceinte du commissariat rappelle des périodes révolues de l’histoire récente d’Haïti», a dénoncé l’AJH dans une note.

« Ces cas de brutalité de la PNH surviennent quelques jours après des individus lourdement armés ont tenté, le mardi 25 octobre 2022 à Delmas 40B, d’assassiner le journaliste Roberson Alphonse », rappelle la note de l’Association, qui dénonce une fin d’octobre noire pour la presse haïtienne.

Jean Junior R. CELESTIN  celestinjunior30@gmail.com 
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